CAUSES DE SA PARTIALITÉ
Luynes, qu'après sa réception au Parlement en cette qualité, pour avoir un titre public, qu'il n'avoit cédé qu'à l'ancienneté de Luynes, et ne s'étoit pas voulu contenter de la simple cession du duc de Luynes, parce que Cet acte particulier de famille pouvoit aisément ne se pas représenter dans la suite. Cette idée, que M. de Chevreuseavoit lors, et qu'il a toujours sourdement conservée, jointe au mariage de sa fille aînée avec le fils aîné de M. de Luxembourg, l'égara de son intérêt de duc de Luynes commun avec le nôtre, et l'unit à celui de M. de Luxembourg, et, avec lui, M. de Beauvillier, qui tous deux n'étoient qu'un même cœur et un même esprit. Diroit-on, de personnages d'une vertu si pure et toujours si soutenue, que l'humanité, qui se fourre partout, avoit mis, entre eux et M. de la Rochefoucauld, une petite séparation, qui ne contribua pas à leur faire trouver bonne la cause qu'il soutenoit. Ce dernier, au plus haut point de faveur, mais destituée de confiance, et naturellement jaloux de tout, ne pouvoit souffrir que l'une et l'autre, de la part du Roi, fût réunie dans les deux beaux-frères. Leur vie, leur caractère, leurs occupations, leurs liaisons et les siennes, tout étoit entièrement ou opposé, ou pour le moins très-différent.
Entre ces deux sortes de faveurs, le premier président ne balança pas à trouver celles des beaux-frères préférables. 11 y joignoit celles de Noailles et de Villeroy, qui étoient grandes aussi, et tout l'éclat dont brilloit M. de Luxembourg. De tous ceux qu il attaquoit, aucun n'étoit en faveur que le seul duc de la Rochefoucauld ; les mieux avec le Roi, ce n'étoit que distinction à quelques-uns, et considération pour la plupart : ainsi, le choix du premier président ne fut pas difficile.
Talon, devenu président à mortier, flatté de voir M. de Luxembourg réclamer les parents de sa mère, oublia qu'il avoit été avocat général : il ne craignit point le blâme d'être contraire à soi-même, et après avoir parlé autrefois avec tant de force, dans la même affaire, contre M." de Luxembourg, comme avocat général, on le vit devenir le
sien, et travailler à sesfactums. Il fouilla les bibliothèques, rassembla les matériaux, présida à tout ce qui se fit, écrivit pour M. de Luxembourg, à visage découvert, et rien ne s'y fit que par lui.
Le célèbre Racine, si connu par ses pièces de théâtre; et par la commission où il étoit employé lors pour écrire Thistoire du Roi, prêta sa belle plume pour polir les fac tums de M. de Luxembourg, et en réparer la sécheresse de la matière par un style agréable et orné, pour les faire lire avec plaisir et avec partialité aux femmes et aux courtisans. Il avoit été attaché à M. de Seignelay, étoit ami intime de Gavoye, et tous deux l'avoient été de M. de Luxembourg, et Cavoye rétoit encore. En un mot, les dames, les jeunes gens, tout le bel air de la cour et de la ville étoit pour lui, et personne parmi nous à pouvoir • contre-balancer ce grand air du monde, ni même y faire aucun partage. Que si on ajoute le soin, de longue main pris, de captiver les principaux du Parlement et toute la grande chambre, par parents, amis, maîtresses, confesseurs, valets, promesses, services, il se trouvera qu'avec un premier président tel qu'Harlay à la tête de ce parti, nous avions affaire à incomparablement plus forts que nous.
Un inconvénient encore, qui n'étoit pas médiocre, fut la lutte d'une communauté de gens en même intérêt contre un seul qui conduisoit le sien avec indépendance et qui n'avoit besoin d'aucun concert. Le nôtre subsista pourtant fort au-dessus de ce qui se pouvoit attendre d'une si grande diversité d'esprits et d'humeurs, dans une parité de dignité et d'intérêt. M. de Bouillon, avec la chimère de l'ancien rang d'ancienneté d'Albret et de Château- Thierry," imita le duc de Chevreuse, et dès le premier commencement de l'affaire. Mais celui-ci se contenta de n'y prendre aucune part. Telle étoit notre situation, lorsque M. de Luxembourg l'entama.
Le premier pas fut de faire donner des conclusions au procureur général. La Briffe, maître des requêtes si brillant, se trouvoi' accablé du poids de cette grande charge,