‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 14 sur 393 · NOTICE. XVII · texte numérisé non relu

NOTICE. XVII

le voit pas, il ne le distingue pas de la populace ignorante et à jamais incapable. Reste la bourgeoisie, qui fait la tête de ce peuple, et qr'il voit déjà ambitieuse, habile, insolente, égoïste et repue, gouvernant le royaume par la personne des commis et secrétaires d'État, ou usurpant et singeant par les légistes une fausse autorité souveraine dans les parlements. Quant à la noblesse dont il est, et sur laquelle seule il compte pour la générosité du sang et le dévouement à la patrie, il s'indigne de la trouver abaissée, dénaturée et comme dégradée par la politique des rois, et surtout du dernier : en accusant même presque exclusivement Louis XIV, il ne se dit pas assez que l'œuvre par lui consommée a été la politique constante des rois depuis Philippe-Auguste, en y comprenant Henri IV et ce Louis XIII qu'il admire tant. Il s'indigne donc de voir « que cette noblesse française si célèbre, si illustre, est devenue un peuple presque de la même sorte que le peuple même, et seulement distingué de lui en ce que le peuple a la liberté de tout travail, de tout négoce, des armes même, au lieu que la noblesse est devenue un autre peuple, qui n'a d'autre choix que de croupir dans une mortelle et ruineuse oisiveté, qui la rend à charge et méprisée, ou d'aller à la guerre se faire tuer à travers les insultes des commis des secrétaires d'État et des secrétaires de 5 intendants. » Il la voudrait relever, restaurer en ses anciens emplois, en ses charges et services utiles, avec tous les degrés et échelons de gentilhomme, de seigneur, de duc et pair. Les pairs surtout, en qui il a mis toutes ses complaisances, et dont il fait la clef de voûte dans le vrai système, lui semblent devoir être (comme il l'ont jadis été, selon ui) les conseillers nécessaires du Roi, les copartageants de sa liouveraineté. Il n'a cessé de rêver la-dessus, et il a sa recontitution de la monarchie française toute prête. Certes, si un rince était capable d'entrer dans quelques-unes de ces vues à fois courageuses, patriotiques, mais étroites, hautaines et trospectives, il semble que c'ait été le duc de Bourgogne tel u'on nous le présente, avec ce mélange de bonnes intentions, 'efforts sur lui-même, d'éducation laborieuse et industrieuse/ principes et de doctrine en serre-chaude. On ne refait point îistoire par hypothèse. Le duc de Bourgogne n'a pas régné, et monarchie française, lancée à travers les révolutions, a suivi 1 tout autre cours que celui qu'il avait rêvé de lui faire prene. Quand on lit aujourd'hui Saint-Simon, après les événements complis et en présence de la démocratie débordante et triom- .ante (quelles que soient ses formes de couronnement et de omphe), on se demande plus que jamais avec doute, ou plutôt se dit sans hésiter sur la réponse •

I Saint-Simon i. à

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