TENTATIVE ÉCHOUÉE [1694 J
Jacques, où elle est morte, 22 août 1701, à soixante-dixsept ans et cinquante-trois de profession, que la Reine faisoit toujours asseoir, et par ordre du Roi, quand elle alloit aux Carmélites, comme duchesse d'Espernon, malgré toute l'humilité de cette sainte et spirituelle religieuse. Ainsi, le duché-pairie d'Espernon étoit éteint depuis 1661. Le premier et fameux duc d'Espernon avoit un frère aîné, tué, sans enfants, devant Roque-brune de Provence, qu'il assiégeoit, 11 février 1592, général de l'armée du Roi, à quarante ans, homme de la meilleure réputation et de la plus grande espérance. Ils avoient trois sœurs, dont les deux cadettes moururent mariées, l'une au frère du duc de Joyeuse, qui de douleur de sa mort se fit capucin, et c'est ce célèbre capucin de Joyeuse, dont la fille unique épousa le dernier duc de Montpensier, qui ne laissa qu'une fille unique, que le feu Roi fit épouser à Gaston, son frère, qui n'en eut qu'une fille unique , Mlle de Montpensier, morte fille en 1693, dont j'ai ci-devant parlé. L'héritière de Joyeuse, fille du capucin et de la sœur du premier duc d'Espernon, et veuve du dernier Montpensier, se remaria au duc de Guise, fils de celui qui fut tué aux derniers états à Blois, dont plusieurs fils morts sans alliance : le duc de Guise, dit de Naples, de l'expédition qu'il y tenta, mort sans enfants; le duc de Joyeuse, père du dernier duc de Guise, qui eut l'honneur d'épouser M,le d'Alençon, dernière fille de Gaston, en 1667, et qui mourut à Paris, en 1671, à vingt et un ans, ne laissant qu'un fils unique, mort en 1675, avant cinq ans; M1Ie de Guise, qui avoit fait ce grand mariage de son neveu, et qui a vécu fille avec tant de splendeur, et est morte à Paris, la dernière de la branche de Guise, 3 mars 1688, à soixantedix-sept ans; etl'abbesse de Montmartre. De cette sœur de M. d'Espernon aucun descendant n'en a réclamé la pairie. L'autre sœur cadette épousa le comte de B rien ne, depuis duc à brevet, fils du frère aîné du premier duc de Luxembourg Piney, et elle mourut sans enfants, et son mari le dernier de sa branche. Ainsi, nulle prétention.
] 1694] î)E La chimère despernon. iôl
Leur sœur aînée avoit épousé, 21 avril 1582, Jacq. Goth, marquis de Rouillac, grand sénéchal de Guyenne. Leur fils, Louis Goth, marquis de Rouillac, hérita de la terre d'Espernon. Il mourut en 1662, et laissa un fils, né en 1631, qui porta le nom de marquis de Rouillac, mais qui fut plus connu sous le nom de faux duc d'Espernon, parce inj'il en prit le titre après la mort de son père, qu'il se Faisoit donner par ses amis et par ses valets. C'étoit un iiomme violent, extraordinaire, grand plaideur, et qui eut des aventures de procès fort désagréables. Il se piqua d'une grande connoissance de l'histoire, et fit imprimer un ouvrage de la véritable origine de la dernière race de nos rois, qui trouva des critiques et des savants qui la réfutèrent. 11 n'eut jamais aucuns honneurs, ni ne put obtenir permission de porter ses prétentions en jugement. Il ne laissa qu'une seule fille et point de fils, et fut le dernier de sa branche. Cette fille se trouva avoir infiniment d'esprit, de savoir et de vertu ; elle se fit beaucoup d'amis et d'amies, et entre autres Mademoiselle, fille de Gaston, qui obtint du Roi de fermer les yeux à ce qu'elle se fît appeler Madame, comme duchesse d'Espernon , sans pourtant en avoir ni rang, ni honneurs, ni permission de faire juger sa prétention.
Ce procès de M. de Luxembourg la réveilla. Le cardinal d'Estrées étoit fort bien auprès du Roi, et toute sa maison étoit en splendeur. Elle s'adressa à lui et au maréchal d'Estrées, son frère, pour obtenir la permission du Roi de faire juger sa prétention en épousant le comte d'Estrées, vice-amiral, en survivance du maréchal son père. Le Roi y entra, et aussitôt MM. d'Estrées se mirent en grand mouvement; ils sentirent bien que la sœur d'un homme fait duc et pair, et non appelée par ses lettres d'érection au défaut de sa postérité, n'a nul droit d'y rien prétendre, mais ils espérèrent de nous épouvanter par leur bruit et leur crédit, et en même temps de nous séparer et de nous séduire. Ils briguèrent donc ceux qu'ils purent, et nous firent proposer de se départir de l'ancienneté et de
SAIXT-SliiON X. Il