‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 162 sur 393 · D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

D'ALLEMAGNE

tous les ans. Je m'arrêtai six jours à Strasbourg, où je fus conseillé de prendre le Rhin jusqu'à Philisbourg. Je pris, pour moi et le peu de gens que je menois, deux redelin? attachés ensemble, qui sont de très-petits bateaux longs e étroits, forts légers, et d'autres pour ce qui me suivoit. Je couchai au Fort-Louis, où j'arrivai de bonne heure, el que j'eus loisir de visiter en arrivant. Rouville , qui en étoit gouverneur, m'y reçut avec beaucoup de politesse et bonne chère ; et le lendemain, j'allai coucher à Philisbourg, où des Bordes, gouverneur, me logea et me fit bonne chère et force civilités aussi. Là je trouvai grande compagnie de gens qui alloient joindre l'armée, entre autres le prince palatin de Birkenfeld, capitaine de cavalerie dans Bissy, extrêmement de mes amis.

Le lendemain nous partîmes pour aller joindre la cavalerie, campée à Obersheim, sous Mélac, lieutenant général; l'infanterie étoit sous Landau, avec les maréchaux et tous les officiers généraux. Dès que je fus arrivé, j'allai chez Mélac, qui me vint voir te lendemain. Je reçus la visite de tout ce qu'il y avoit de brigadiers et de mestres de camp, et d'une infinité d'autres officiers , et je leur fis aussi la mienne, c'est-à-dire aux premiers. Ce camp, si voisin du Rhin, ressemb^it par sa tranquillité à un camp de paix; mais bientôt toute notre cavalerie alla passer le Rhin sur le pont de Philisbourg, et joindre de l'autre côté l'infanterie, qui y étoit déjà avec tous les généraux, et ce fut là que j'allai pour la première fois d'abord chez les deux maréchaux de France. J'allai aussi voir Yillars, lieutenant général et commissaire général de la cavalerie , qui la commandoit, et à mon loisir les principaux officiers généraux.

Je me trouvai avec Souastre dans la brigade d'Harlus, qui fermoit la gauche de la seconde ligne. G'éloient deux très-honnêtes gens et fort sociables. Souastre étoit gendre de Montbron, chevalier de l'ordre, et seul lieutenant général de Flandres, qui avoit été fort à la mode, et qui se tenoit nresciue toujours dans son gouvernement de

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Cambrày. Harlus étoit un vieil officier de distinction, gaillard et pourtant sachant fort vivre : il avoit une charge d'écuyer du Roi, et iJ étoit frère aîné de Vertilly, major de la gendarmerie, aussi fort galant homme.

La veille de la Saint-Jean , dînant chez moi avec les marquis de Grignan, d'Arpajon et de Lautrec, et plusieurs officiers, nous apprîmes que les ennemis paroissoient sur les hauteurs en assez grand nombre : nous étions campés le cul dans le Necker, à la petite portée de canon d'Heidelberg, et nous en apprîmes la confirmation au quartier général, où nous courûmes. On donna divers ordres, et sur le minuit l'armée se mit en marche.

Barbezières étoit devant avec un assez gros détachement, pour les reconnoître au plus près qu'il pourroit, mais avec défense de rien engager. Les petits détachements qu'il poussa devant lui s'approchèrent si près des ennemis, qu'ils furent obligés de se . reployer sur Barbezières, qui les blâma de s'être indiscrètement avancés. Au jour, qui commençoit à se faire grand, il se reconnut fort inférieur à eux, qui venoient à lui, et il envoya demander du secours au maréchal de Lorges. Ce général, qui ne vouloit rien entamer sans savoir bien ce qu'il faisoit, fut fort fâché de cet engagement, envoya soutenir Barbezières, et lui manda de se retirer. Ce secours trouva les pistolets en l'air, mais les ennemis, qui n'étoient là qu'en détachement, et qui crurent notre armée tout proche, ne suivirent plus Barbezières que mollement, qui fit sa retraite aisément.

Cependant l'armée continua sa marche en forme de croissant, en faisant de longues haltes. Elle arriva vers une heure après-midi fort proche du village de Roth, et fort proche aussi des ennemis, qui occupoient les hauteurs de Weisloch, fort entrecoupées de haies et de vignes, dont le revers nous étoit inconnu. Le village de Weisloch étoit sur la crête, un peu en penchant et vers notre droite, et au bas de ces hauteurs il y avoit un ruisseau dont les bords étoient assez mauvais. 11 vint un faux avis, et qui

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