‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 180 sur 393 · MONSIEUR DE NOYON MOQUÉ · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE NOYON MOQUÉ

effets de cette vanité feroient un livre. Il vaqua une place à F Académie françoise, et le Roi voulut qu'il en fût. Il ordonna même à Dangeau, qui en étoit, de s'en expliquer de sa part aux académiciens. Cela n'étoit jamais arrivé, et Monsieur de Noyon, qui se piquoitde savoir, en fut comblé, et ne vit pas que le Roi se vouloit divertir. On peut croire que le prélat eut toutes les voix sans en avoir brigué aucune, et le Roi témoigna à Monsieur le Prince et à tout ce qu'il y avoit de distingué à la cour qu'il seroit bien aise qu'ils se trouvassent à sa réception. Ainsi Monsieur de Noyon fut le premier du choix du Roi dans l'Académie, sans que lui-même y eût auparavant pensé, et le premier encore à la réception duquel le Roi eût pris le soin de convier.

L'abbé de Gaumartin se trouvoit lors directeur de l'Académie, et par conséquent à répondre au discours qu'y feroit le prélat. Il en connoissoit la vanité, et le style tout particulier à lui; il avoit beaucoup d'esprit et de savoir. Il étoit jeune et frère de différent lit de Caumartin, intendant des finances, fort à la mode en ce temps-là, et qui les faisoit presque toutes sous Pontchartrain, contrôleur général, son parent proche et son ami intime. Cette liaison rendoit l'abbé plus hardi, et se comptant sûr d'être approuvé du monde, et soutenu du ministre, il se proposa de divertir le public aux dépens de l'évêque qu'il avoit à recevoir. Il composa donc un discours confus et imité au possible du style de Monsieur de Noyon, qui ne fut qu'un tissu des louanges les plus outrées et de comparaisons emphatiques, dont le pompeux galimatias fut une satire continuelle de la vanité du prélat, qui le tournoit pleinement en ridicule.

Cependant, après avoir relu son ouvrage, il en eut peur, tant il le trouva au delà de toute mesure ; pour se rassurer, il le porta à Monsieur de Noyon, comme un écolier à son maître, et comme un jeune homme à un grand prélat, qui ne vouloit rien omettre des louanges qui lui étoient dues, ni rien dire aussi qui ne fût de son goût et qui ne méritât son approbation. Ce respect si attentif combla l'évêque : il

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