‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 201 sur 393 · ÉCHANGE DE GOUVERNEMENTS · texte numérisé non relu

ÉCHANGE DE GOUVERNEMENTS

l'amirauté de la province étoit unie, qui valoit extrêmement. Rien ne convenoit mieux à un amiral de France que de la réunir à lui, et que le gouvernement de cette vaste péninsule, bordée par la mer de trois côtés. Le Roi y pensa donc avec d'autant plus d'empressement, qu'il s'étoit engagé à Monsieur pour le premier gouvernement de province qui viendroit à vaquer, pour M. le duc de Chartres, et c'étoit une parole donnée à l'occasion du mariage de ce prince. M. de Chaulnes étoit vieux et fort gros; le Roi craignoit que la Bretagne lui échappât pour le comte de Toulouse par sa vacance, et résolut, pour la prévenir, le troc de ces deux gouvernements. Pour l'adoucir au duc de Chaulnes, qui y perdoit tout, et pour tirer le duc de Chevreuse, qu'il aimoit, de l'état fâcheux oùilavoit mis ses affaires, à force de s'y croire habile et de vastes projets qui l'avoient ruiné, le Roi voulut lui donner en même temps la survivance de la Guyenne, comme au neveu, à l'ami et à l'héritier du duc de Chaulnes, et de son même nom, à qui il avoit substitué tous ses biens par son contrat de mariage, c'est-à-dire au second fils qui en naîtroit, en cas que luimême mourût sans enfants; et il n'en a jamais eu.

Le Roi fit entrer un matin le duc de Chaulnes dans son cabinet, lui dora la pilule au mieux qu'il put, et toutefois conclut en maître. M. de Chaulnes, surpris et outré au dernier point, n'eut pas la force de rien répondre. 11 dit qu'il n'avoit qu'à obéir, et sortit incontinent du cabinet du Roi les larmes aux yeux. Il s'en alla tout de suite à Paris, et il éclata contre le duc de Chevreuse, qu'il ne douta point avoir eu toute la part et peut-être fourni au Roi une invention à lui si utile. La vérité étoit pourtant que le duc ni la duchesse de Chevreuse n'en avoient rien su qu'en même temps que M. de Chaulnes. . Celui-ci ne voulut pas voir son neveu ni sa nièce, et Mn,c de Chaulnes, si accoutumée à être la reine de la Bretagne, et qui y étoit aussi passionnément aimée, s'emporta plus encore que son mari. Ni l'un ni l'autre ne cachèrent leur douleur, tellement que je dis au duc de

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