‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 230 sur 393 · MARÉCHAL DE LORGES EN APOPLEXIE · texte numérisé non relu

MARÉCHAL DE LORGES EN APOPLEXIE

contre. Les décharges d'artillerie et de mousqueterie furent générales et réitérées, malgré toutes ses défenses. Toute la nuit le camp fut en feu et en bonne chère, et des tables et des feux de joie devant tous les corps. Le maréchal de Joyeuse ne s'étoit pas fait aimer ; il étoit de plus accusé d'avoir beaucoup pris, et d'avoir réduit la cavalerie et les équipages à une maigreur extrême, faute de fourrage, dans un pays qui en regorgeoit; et ce passage de lui à un général qui se faisoit adorer par ses manières et par son désintéressement causa cet incroyable transport de joie, qui fut universel.

Peu après ce retour, l'armée fut partagée pour la commodité des subsistances. Les maréchaux demeurèrent vers l'Alsace avec une partie , et Tallart mena l'autre vers la Nave et le Hondsrûck, où j'allai avec mon régiment. Je n'y demeurai pas longtemps que j'appris que M. le maréchal de Lorges étoit tombé en apoplexie, et sur-le-champ je partis pour l'aller trouver, avec le comte de Roucy et le chevalier de Roye , ses neveux , et une escorte que Tallart nous donna. Le mal eût été léger si on y eût pourvu à temps; mais il lui est ordinaire de ne se laisser pas sentir, et il n'y eut pas moyen de persuader le malade de se conduire et de faire ce qu'il auroit fallu : tellement que le mal augmenta au point qu'il en fallut venir aux remèdes les plus violents, qui, avec un grand péril, réussirent. Cependant arrivèrent les quartiers de fourrages, et en même temps Mmc la maréchale de Lorges à Strasbourg, qui n'avoit eu guère le temps de se reposer à Paris. Nous fûmes tous l'y voir et y demeurer, jusqu'à son départ avec Monsieur le maréchal pour Vichy. En même temps arrivèrent les quartiers d'hiver, et je m'en allai à Paris.

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