TONNERUE ÉVÊQUE DE LANGRES
Paris, voilà ces Messieurs à le presser de jouer au billard, et lui à s'en défendre, comme un homme déjà battu et qui, depuis six mois de séjour à Langres, n'a vu que des chanoines et des curés. Quand il se fut bien fait importuner, il céda enfin. Il joua d'abord médiocrement, puis mieux, et fit grossir la partie; enfin il les gagna tout de suite, puis se moqua d'eux après avoir regagné beaucoup plus qu'il n'avoit perdu. Il avoit un grand désir de l'ordre, et de toutes façons étoit fait pour l'avoir, et mourut fort vieux sans y être parvenu.
Langres fut donné à l'abbé de Tonnerre, fils du frère aîné de Monsieur de Noyon. Il étoit aumônier du Roi, et servoit auprès de Monseigneur, qui, le lendemain au soir, s'en alla à Meudon, où les courtisans qu'il menoit avoient l'honneur de manger tous, et toujours avec lui. Quand son souper fut servi, et que l'abbé de Tonnerre eut dit le Benedicite, il lui dit de se mettre à table. L'abbé répondit modestement qu'il avoit soupe, car l'aumônier mangeoit devant à la table du maître d'hôtel. « Et pourquoi, Monsieur l'abbé? lui dit Monseigneur. Vous êtes nommé à Langres, et dès là vous savez bien que vous devez manger avec moi. Au moins, ajouta-t-il, n'y manquez plus de tout le voyage. » L'abbé de Tonnerre, après l'avoir remercié, lui dit qu'il n'ignoroit pas cet honneur et cette distinction des évêques-pairs, mais qu'il n'y avoit bontés ni amitiés qu'il ne reçût tous les jours de Monsieur d'Orléans, qui ne pouvant avoir cet honneur, étant évêque et premier aumônier, il seroit trop peiné de lui donner ce dégoût, lui n'étant encore que nommé et ayant demandé ^de continuer à servir dans sa charge d'aumônier jusqu'à l'arrivée de ses bulles. Il fut extrêmement loué de cette modestie et de cette considération pour Monsieur d'Orléans, et Monseigneur lui dit qu'il ne vouloit pas le contraindre, mais qu'il seroit le maître de se mettre à table avec lui toutes les fois qu'il voudroit.
M. et Mme la maréchale de Lorges arrivèrent de Vichy, et se pressèrent trop d'aller à Versailles, où ils furent reçus