PRINCE DE CONTI GAGNE SON PROCÈS
M. le prince de Conti gagna tout d'une voix son procès contre M,ue de Nemours, à l'audience de la grande chambre, c'est-à-dire la permission de prouver que M. de Longueville étoit en état de tester lorsqu'il fit son testament en sa faveur, à quoi lui servit beaucoup son ordination postérieure à l'ordre de prêtrise parles mains du Pape; et ce jugement préliminaire emportoit le fond, supposé les preuves. J'étois dans la lanterne, avec M. le prince de Conti, Monsieur le Duc et M. de la Rocheguyon, assis sur le banc, et devant nous le peu des premiers officiers de ces princes qui y purent tenir. Toute la France en hommes remplissoit la grande chambre. Le plaidoyer, déjà commencé en une autre audience, remplit celle-ci. Il fut très-éloquent, et tout de suite suivi du jugement. Jamais on n'ouït de tels cris de joie, ni tant d'applaudissement : la grande salle étoit pleine de monde qui retentissoit; à peine pûmes-nous passer. M. le prince de Conti se contint fort, mais il parut fort sensible et à la chose et à la part générale qu'on prenoit pour lui. On ne laissa pas dans le monde d'appeler un peu de ce jugement, sans se soucier pourtant de Mme de Nemours, à qui le choix de son héritier ne laissa pas de faire grand tort. La colère qu'elle conçut de cette décision est inconcevable, et tout ce qu'elle dit de plaisant et de salé contre sa partie et contre ses juges. Ce ne fut encore que le commencement de leurs combats.
Cet hiver fut fertile en mariages. Barbezieux les commença : il épousa la fille aînée de d'Alègre, qui fit à cette occasion une fête aussi somptueuse que pour l'alliance d'un prince du sang. 11 étoit maréchal de camp, il en espéroit sa fortune, il eut tout le temps de s'en repentir.
Celui de M. de Luxembourg fut fort avancé avec Mmc de Seignelay. C'étoit une grande femme, très-bien faite, avec une grande mine et de grands restes de beauté. Sa hauteur excessive avoit été soutenue par celle de son mari, par son opulence, sa magnificence, son autorité dans le conseil et dans sa place, dont il avoit bizarrement tenté de se faire un degré à devenir maréchal de France; mais
devenue veuve elle brûloit d'un rang et d'un autre nom, quoiqu'elle eut plusieurs enfants. Le rare fut que M. de Chevreuse, qui avoit marié sa fille à M. de Luxembourg, qui en étoit veuf sans enfants, et Cavoye, le plus grand favori de M. de Seignelay, furent les entremetteurs de affaire, que M. de Luxembourg rompit fort malhonnêtement parce qu'il la voulut rompre, les habits achetés et tous les compliments reçus. 11 eut lieu de s'en repentir. Tous deux ne tardèrent pas à trouver ailleurs. M. de Luxembourg épousa Mlle de Glérembault, riche et unique héritière, et fort jolie, mais dont la naissance étoit légère : son nom étoit Gillier; elle étoit fille de Clérembaulf, qui, étant dans les basses charges chez Monsieur, donna dans l'œil de la comtesse du Plessis, dame d'honneur de Madame, en survivance de la maréchale du Plessis, sa belle-mère, et veuve du comte du Plessis, premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, en survivance du maréchal du Plessis, son père, qui avoit été gouverneur de Monsieur. Le comte du Plessis fut tué devant Arnheim, en Hollande, en 1672, à trente-h, t ans, trois ans avant la mort de son père, et laissa un fils unique, qui devint duc et pair parla mort du maréchal son grand-père, et qui fut tué sans alliance devant Luxembourg, en 1684, ce qui fit duc et pair le chevalier du Plessis, son oncle, qui prit le nom de duc de Choiseul. Nous avons vu plus haut l'étrange raison qui l'empêcha d'être maréchal de France. La comtesse du Plessis s'appeloit le Loup, et étoit fille de Bellenave et riche. Amoureuse de Glérembault, elle l'épousa, et, pour le rapprocher un peu d'elle, eut le crédit de le faire premier écuyer de Madame. L'un et l'autre la quittèrent, et vécurent dans une grande avarice et fort dans le néant. Ils voulurent garder leur fille, et M. de Luxembourg se mit chez eux.
Mme de Seignelay, outrée de ce qui venoit de lui arriver,
trouva un mari qui lui donnoit un rang, et de meilleure
maison que M. de Luxembourg. Aussi ne le manqua-
t-ellc pas; et le? Matignons, ses oncles, se cotisèrent pour
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brusquer cette affaire. Ce fut avec M. de Marsan, frère de Monsieur le Grand. Gavoye, si intime de feu M. de Seignelay et de feu M. de Luxembourg, piqué du procédé avec Mu,e de Seignelay, en fit la noce chez lui à Paris, où il y eut fort peu de monde.
M. de Duras fit un grand mariage pour sa seconde fille. L'aînée avoit épousé, il y avoit quelques années, le duc de la Meilleraye, fils unique du duc Mazarin, mais qui n'avoit que des richesses avec sa dignité. 11 trouva pour l'autre, avec les grands biens, tout ce qu'il pouvoit désirer d'ailleurs : ce fut le jeune duc de Lesdiguières, ardemment désiré des plus grands partis, parce qu'il étoit luimême le plus grand parti de France. Sa mère, héritière des Gondi, étoit une fée solitaire qui ne laissoit entrer presque personne dans son palais enchanté, et que la maréchale de Duras sut pourtant pénétrer. Tout convenu dans un grand secret avec elle, qui étoit aussi la tutrice, il fut question des parents : le maréchal de Villeroy et Monsieur le Grand, qui étoient les plus proches du côté paternel, et la maréchale de Villeroy du maternel, firent grand bruit. Le maréchal et le père du jeune duc étoient enfants du frère et de la sœur, et la duchesse de Lesdiguières et la maréchale étoient filles aussi du frère et de la sœur. Mmc d'Armagnac étoit sœur du maréchal; lui et Monsieur le Grand étoient intimes. Il ménageoit depuis longtemps Mme de Lesdiguières, qui se servoit de son crédit à son gré. Plusieurs partis avoient manqué à Mlle d'Armagnac : ils vouloient celui-ci, bien que plus jeune qu'elle, et c'est ce qui les mit en si grand émoi. Pendant ce vacarme, tout fut signé, et par M. de la Trémoille, tuteur paternel, gendre du feu duc de Grequy, ami des maréchaux de Duras et de Lorges, et fils de leur cousin germain. Cela fiV taire tout à coup les autres, et le mariage se fit à petit bruit à l'hôtel de Duras, parce que M,ne de Lesdiguières ne voulut point de monde, encore moins les parents de mauvaise humeur. Il n'en coûta que cent mille écus de dot à M de Duras* encore en retint-il onze mille livres de
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rente pour loger et nourrir sa fille et son gendre. Il avoit marié l'aînée à aussi bon marché. La mariée étoit grande, bien faite, belle, avec le plus grand air du nonde, et d'ailleurs très-aimable, et l'âge convenoit entièrement.
Il s'en fit un autre, d'âge bien disproportionné, du duc d'Uzès, qui avoit dix-huit ans, et de lafille unique du prince de Monaco, sœur du duc de Yalentinois, gendre de Monsieur le Grand : elle avoit trente-quatre ou trente-cinq ans, et les paroissoit. Elle étoit riche. Sa mère étoit sœur du duc de Gramont. Il étoit lors dans les horreurs de la taille. M. de Valentinois n'avoit ni feu ni lieu que chez son beau-père, et il n'avoit pas lieu d'être bien avec sa femme ni avec les siens; M. de Monaco étoit à Monaco. La noce se fit donc chez la duchesse du Lude, veuve en premières noces de ce galant comte de Guiche, frère aîné du duc de Gramont, et elle étoit toujours demeurée fort unie avec eux tous. Mlle de Monaco avoit le tabouret, parce qu'au mariage de M. de Valentinois, en 1688, Monsieur le Grand avoit obtenu le rang de prince étranger pour M. de Monaco et pour ses enfants, à quoi ils n'avoient jamais osé songer jusque-là. La mère de M. de Monaco vint à Paris, pour le faire tenir sur les fonts de baptême par le Roi ei par la Reine sa mère. Son mari étoit mort sans que son père, qui vivoit encore, se fût démis. Elle s'appeloit la princesse de Mourgues. G'étoit M. d'Angoulême qui, étant dans son gouvernement de Provence, avoit fait avec ce même beau-père le traité de se donner à la France. Ce fut donc à la duchesse d'Angoulême, sa veuve, qu'elle s'adressa pour la présenter et la mener à la cour. Elle y fut debout, sans prétention ni équivoque; et après un court séjour, elle s'en retourna avec son fils, comblée des bontés du Roi et de la Reine. Mme d'Angoulême, chez qui ma mère a logé longtemps fille, et y a été mariée, le lui a conté cent fois; et c'est le père de ce prince de Monaco du traité qui le premier s'est fait appeler et intituler prince de Monaco : le père de celui-là et tous ses devanciers ne
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se sont jamais dits ni fait appeler que seigneurs de Monaco. C'est, au demeurant, la souveraineté d'une roche, du milieu de laquelle on peut, pour ainsi dire, cracher hors de ses étroites limites.
Le duc d'Albret, fils aîné de M. de Bouillon, épousa la fille du duc de la Trémoille. Il y eut d'autres mariages plus tard, dont il vaut autant finir la matière tout de suite.
Mme * la maréchale de Lorges maria une cousine germaine, qu'elle avoit auprès d'elle, au marquis de Saint-Herem, du nom de Montmorin, qui étoit fort de mes amis. Il avoit la survivance du gouvernement de Fontainebleau de son père, que le Roi prit en 1688 pour un homme de peu, quoique de très-bonne et ancienne maison et très-bien alliée, dont les pères avoient eu le gouvernement d'Auvergne, et qu'il ne fit point chevalier de l'ordre. M. de la Rochefoucauld, ami du bonhomme Saint-Herem, le détrompa; mais il n'étoit plus temps.
Villacerf épousa MUc de Brinon, sans bien; elle étoit Saint-Nectaire et lui Golbert : les noms ne se ressembloient pas. Son père et Saint-Pouange, son frère, étoient fils d'une sœur du chancelier le Tellier. Saint-Pouange faisoit tout sous M. de Louvois, et après sous Barbezieux. Ils avoient répudié les Colberts pour les Telliers, dont ils avoient pris les livrées et suivi la fortune; tous deux étoient bien avec le Roi, surtout Villacerf, avec confiance de longue main. G'étoit aussi un très-bon homme et fort homme d'honneur. Il eut les bâtiments à la mort de Louvois, et fut aussi un temps premier maître d'hôtel de la Reine. Son fils aîné avoit été tué à la tête d'un régiment qu'on avoit fait royal pour lui; celui-ci avoit servi à la mer quelque temps.
Lassay épousa à l'hôtel de Condé la bâtarde de Monsieur le Prince et de Mlle de Montalais, qu'il avoit fait légitimer. Elle étoit fort jolie et avoit beaucoup d'esprit. Il en eut du