‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 271 sur 393 · ANTHRAX DU ROI · texte numérisé non relu

ANTHRAX DU ROI

sions par reprises. Il affecta de se laisser voir tous les jours, et de travailler dans son lit presqu'à son ordinaire. Toute l'Europe ne laissa pas d'être fort attentive à un mal qui ne fut pas sans danger. 11 dépêcha un courrier au duc de la Rochefoulcauld, en Angoumois, où il étoit allé passer un mois dans sa belle maison de Verteuil, et lui manda sa maladie et son désir de le revoir, avec beaucoup d'amitié. Il partit aussitôt, et sa faveur parut plus que jamais. Comme il ne se passoit rien en Flandres, et qu'il n'y avoit plus lieu de s'y attendre à rien, le Roi manda aux maréchaux de Villeroy et de Boufflers de renvoyer les princes dès que le prince d'Orange auroit quitté l'armée, ce qui arriva peu de jours après.

Ce fut pendant le cours de cette maladie que la paix de Savoie devint publique, et que le Roi régla tout ce qui regardoit la princesse de Savoie et les deux otages jusqu'aux restitutions accomplies. Monsieur de Savoie, qui n'ignoroit rien jusque des moindres choses des principales cours de l'Europe, compta que les ducs de Foix et de Choiseul ne l'embarrasseroient pas. Le premier n'avoit jamais songé qu'à son plaisir et à se divertir en bonne compagnie; l'autre étoit accablé sous le poids de sa pauvreté et de sa mauvaise fortune ; tous deux d'un esprit audessous du médiocre, et parfaitement ignorants de ce qui leur étoit dû, très-aisés à mener, à contenter, à amuser, tous deux sans rien qui tînt à la cour et sans considération particulière, tous deux enfin de la plus haute naissance et tous deux chevaliers de l'ordre. G'étoit précisément tout l'assemblage que Monsieur de Savoie cherchoit. 11 voyoit qu'on vouloit ici lui plaire dans cette crise d'alliance : il fit proposer au Roi ces deux ducs, et le Roi les nomma, et leur donna à chacun douze mille livres pour leur équipage et mille écus par mois.

Le comte de Brionne, chevalier de l'ordre, et grand écuyer en survivance de son père, fut nommé pour aller, de la part du Roi, recevoir la princesse au pont Beauvoisin, et Desgranges, un des premiers commis de Pont-

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