‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 278 sur 393 · DANGEAU CHEVALIER D HONNEUR · texte numérisé non relu

DANGEAU CHEVALIER D HONNEUR

procurèrent celle du Roi. Il faisoit des vers, étoit bien fait, de bonne mine et galant : le voilà de tout à la cour, mais toujours subalterne. Jouant un jour avec le Roi et Mme de Montespan, dans les commencements des grandes augmentations de Versailles, le Roi, qui avoit été importuné d'un logement pour lui, et qui avoit bien d'autres gens qui en demandoient, se mit à le plaisanter sur sa facilité à faire des vers, qui, à la vérité, étoient rarement bons, et tout d'un coup lui proposa des rimes forts sauvages, et lui promit un logement s'il les remplissoit surle-champ. Dangeau accepta, n'y pensa qu'un moment, les remplit toutes, et eut ainsi un logement. De là, il acheta une charge de lecteur du Roi, qui n'avoit point de fonction, mais qui donnoit les entrées du petit coucher, etc. Son assiduité lui mérita le régiment du Roi infanterie, qu'il ne garda pas longtemps, puis fut envoyé en Angleterre, où il demeura peu, et à son retour acheta le gouvernement de Touraine. Son bonheur voulut que M. de Richelieu fît de si grosses pertes au jeu qu'il en vendit sa charge de chevalier d'honneur de Madame la Dauphine, au mariage de laquelle il l'avoit eue pour rien, et que son ancienne amie, Mme de Maintenon,lui fit permettre de la vendre tant qu'il pourroit et à qui il voudroit. Dangeau ne manqua pas une si bonne affaire : il en donna cinq cent mille livres, et se revêtit d'une charge qui faisoit de lui une espèce de seigneur, et qui lui assura l'ordre, qu'il eut bientôt après, en 1688. Il perdit sa charge à la mort de Madame la Dauphine, mais il avoit eu une place de menin de Monseigneur, et tenoit ainsi partout.

Madame la Dauphine avoit une fille d'honneur d'un chapitre d'Allemagne, jolie comme le jour, et faite rrvmme une nymphe, avec toutes les grâces de l'esprit et d*; corps. L'esprit étoit fort médiocre, mais fort juste, sage et sensé, et avec cela une vertu sans soupçon. Elle étoit fille d'un comte de Lovcstein et d'une sœur du cardinal de Furstemberg, qui a tant lait de bruit dans le monde, et qui étoit dans la nlus haute considération à la cour. Coh

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Lovestein étoient de la maison palatine , mais d'une branche mésalliée par un mariage qu'ils appellent de la main gauche, mais qui n'en est pas moins légitime. L'inégalité de la mère fait que ce qui en sort n'hérite point, mais a un gros partage, et tombe du rang de prince à celui de comte. Le cardinal de Furstemberg, qui aimoit fort cette nièce, cherchoit à la marier. Elle plaisoit fort au [loi et à Mmc de Maintenon, qui se prenoient fort aux figures. Elle n'avoit rien vaillant, comme toutes les Allemandes. Dangeau, veuf depuis longtemps d'une sœur de la maréchale d'Estrées, filles1 de Morin le Juif, et qui n'en avoit qu'une fille, dont le grand bien qu'on lui croyoit l'avoit mariée au duc de Montfort, se présenta pour une si grande alliance pour lui, et aussi agréable. Mlle de Lovestein, avec la hauteur de son pays, vit le tuf à travers tous les ornements qui le couvroient, et dit qu'elle n'en vouloit point. Le Roi s'en mêla, Mrae de Maintenon, Madame la Dauphine; le cardinal son oncle le voulut, et la fit consentir. Le maréchal et la maréchale de Villeroy en firent la noce, et Dangeau se crut électeur palatin.

G'étoit le meilleur homme du monde, mais à qui la tête avoit tourné d'être seigneur : cela l'avoit chamarré de ridicules, et Mme de Montespan avoit fort plaisamment, mais 2 très-véritablement, dit de lui qu'on ne pouvoit s'empêcher de l'aimer ni de s'en moquer. Ce fut bien pis après sa charge et ce mariage. Sa fadeur naturelle, entée sur la bassesse du courtisan et recrépie de l'orgueil du seigneur postiche, fit un composé que combla la grande maîtrise de Tordre de Saint-Lazare, que le Roi lui donna comme l'avoit Nerestang, mais dont il tira tout le parti qu'il put, et se fit b singe du Roi dans les promotions qu'il fit de cet ordre, où toute la cour accouroit pour rire avec scandale, tandis qu'il s'en croyoit admiré. Il fut de l'Académie françoise et conseiller d'État d'épée, et sa femme, la première des dames du palais, comme femme du chevalier d'honneur,

Il y a ainsi le pluriel dans le manuscrit. î. Saint-Simon a écrit : et mais.

346 COMTESSE DE ROUCY DAME DU PALAIS. f 1696 j

et n'y en ayant point de titrées. Mmc de Maintenon Tavoit goûtée ; sa naissance, sa vertu, sa figure, un mariage du goût du Roi et peu du sien, dans lequel elle vécut comme un ange, la considération de son oncle et de la charge de son mari, tout cela la porta, et ce choix fut approuvé de tout le monde.

La comtesse de Roucy, j'en ai rapporté la raison en parlant de la duchesse d'Arpajon sa mère. C'étoit une personne extrêmement laide, qui avoit de l'esprit, fort glorieuse, pleine d'ambition, folle des moindres distinctions, engouée à l'excès de la cour, basse à proportion de la faveur et des besoins, qui cherchoit à faire des affaires à toutes mains, aigre à merveilles jusqu'aux injures et fréquemment en querelle avec quelqu'un, toujours occupée de ses affaires, que son opiniâtreté, son humeur et sa malhabileté perdoient, et qui vivoit noyée de biens, d'affaires et de créanciers, envieuse, haineuse, par conséquent peu aimée, et qui, pour couronner tout cela, ne manquoit point de grand'messes à la paroisse et rarement à communier tous les huit jours. Son mari n'avoit qu'une belle, mais forte figure : glorieux et bas plus qu'elle, panier percé qui jouoit tout et perdoit tout, toujours en course et à la chasse, dont la sottise lui avoit tourné à mérite, parce qu'il na faisoit jalousie à personne, et dont la familiarité avec ••?? valets le faisoit aimer. 11 avoit aussi les dames pour lui, parce qu'il étoit leur fait, et avec toute sa bêtise un entregent de cour que l'usage du grand monde lui avoit donné. 11 étoit de tout avec Monseigneur, et le Roi le traitoit bien à cause de M. de la Rochefoucauld et des maréchaux de Duras et de Lorgcs, frères de sa mère, qui tous trois avoient fait de lui et de ses frères comme de leurs enfants, depuis que la révocation de redit de Nantes avoit fait sortir du royaume le comte et la comtesse de Roye, ses père et mère. Son graiiJ mérite étoient1 ses inepties, qu'on répétoit, et qui néanmoins se trouvoient quelquefois exprimer quelque chose.

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