MARQUISE DU CHATELET DAME DÛ PALAIS
La marquise du Châtelet étoit fille du feu maréchal de Bellefonds, et, comme Mme de Nogaret, avoit été fille de Madame la Dauphine. Elle avoit épousé le marquis du Châtelet, c'est-à-dire un seigneur de la première qualité, de l'ancienne chevalerie de Lorraine. Cette maison prétend être de la maison de Lorraine, et l'antiquité de Tune et de l'autre ôte les preuves du pour et du contre. Elle y a eu toujours les emplois les plus distingués, et porte les armes pleines de Lorraine, avec trois fleurs de lis d'argent sur la bande, au lieu des trois alérions de Lorraine, et depuis quelque temps ont pris le manteau ducal, de ces manteaux qui ne donnent rien, et que M. le prince de Conti appeloit plaisamment des robes de chambre. De rang ni d'honneurs ils n'en ont jamais eu ni prétendu. M. du Châtelet étoit un homme de fort peu d'esprit et difficile, mais plein d'honneur, de bonté, de valeur, avec très -peu de bien et de santé, et fort bon officier et distingué. Sa femme étoit la vertu même et la piété même, dans tous les temps de sa vie, bonne, douce, gaie, sans jamais ni contraindre ni trouver à redire à rien, aimée et désirée partout. Elle vivoit retirée avec son mari et sa mère à Vincennes, dont le petit Bellefonds, son neveu, étoit gouverneur. Ils venoient peu à la cour, n'avoient pas de quoi être à Paris, et cependant M. du Châtelet vivoit fort noblement à l'armée. Ils ne pensoient à rien moins. Le Roi avoit toujours aimé le maréchal de Bellefonds, et Favoit pourtant laissé à peu près mourir de faim. Sa considération, quoique mort, la vertu et la douceur de sa fille la firent dame du palais dans Vincennes, où elle n'y avoit seulement pas songé, et ce choix fut fort applaudi.
Mme de Montgon n'y pensoit pas davantage, et se trouvoit alors chez son mari en Auvergne, et lui à l'armée ; mais elle avoit une mère qui y songeoit pour elle, et qui ne bougeoit de la cour et d'avec Mme de Main tenon : c'étoit Mnie d'Heudicourt, qu'il faut reprendre de plus loin. Le maréchal d'Albiet, des bâtards de cette grande maison, dès lors éteinte, avoit une grand'mère Pons, mère de son
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père, fille du chevalier du Saint-Esprit de la première promotion, sœur de la fameuse Mme de Guierche ville, dame d'honneur de Marie de Médicis, qui introduisit la première le cardinal de Richelieu auprès d'elle, et qui fut mère en secondes noces du duc de Liancourt. Le maréchal d'Àlbret, qui eut son bâton pour avoir conduit Monsieur le Prince, M. le prince de Conti et M. de Longueville à Vincennes avec les chevau-légers, fut toute sa vie dans une grande considération, et tenoit un grand état partout. Il étoit chevalier de l'ordre et gouverneur de Guyenne. Il avoit chez lui, à Paris, la meilleure compagnie, et Mllos de Pons n'en bougeoient, qui n'avoient rien, et qu'il regardoit comme ses nièces. Il fit épouser l'ainée à son frère, qui n'eut point d'enfants, et est morte en 1614 4 ; elle s'appeloit Mme de Miossens, et faisoit peur par la longueur de sa personne. La cadette, belle comme le jour, plaisoit extrêmement au maréchal et à bien d'autres.
Mme Scarron, belle, jeune, galante, veuve et dans la misère fut introduite par ses amis à l'hôtel d'Albret, où elle plut infiniment au maréchal et à tous ses commensaux par ses grâces, son esprit, ses manières douces et respectueuses, et son attention à plaire à tout le monde et surtout à faire sa cour à tout ce qui tenoit au maréchal. Ce fut là où elle fut connue de la duchesse de Richelieu, veuve en premières noces du frère aîné du maréchal d'Àlbret, qui de plus avoient marié ensemble leur fils et leur fille unique; et la duchesse, quoique remariée, étoit demeurée dans la plus intime liaison avec le maréchal. Lui et M. de Montespan étoient enfants du frère et de la sœur. M. et Mmc de Montespan ne bougeoient de chez lui, et ce fut où elle connut Mmc Scarron et qu'elle prit amitié pour elle. Devenue maîtresse du Roi, le maréchal n'en! 1 garde de se brouiller avec elle pour son cousin : en bon courtisan, il prit son parti, et devint son meilleur ami et son conseil. C'est ce qui fit la fortune de Mmc Scarron, qui fut mise gouvernante des enfants qu'elle eut du Roi, dès