‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 288 sur 393 · MOUVEMENTS ET DISPOSITION · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS ET DISPOSITION

de la gauche, avec le bonhomme Lugny pour brigadier, trèsgalant homme, de qui je reçus mille honnêtetés, mais qui n'avoit ni l'esprit ni le monde qu'avoit Harlus, qui servoit cette ann< e sur les côtes, avec le maréchal de Joyeuse. Le chevali i r de Conflans étoit l'autre mestre de camp avec nous. C'é-oit un très-bon officier, gaillard et de bonne compagnie, plaisant en liberté, avec de l'esprit, qui savoii fort vivre, et dont je m'accommodai fort. Il étoit cadet du marquis de Conflans, mestre de camp général en Catalogne pour le roi d'Espagne, qui lui avoit donné la Toison d'or, et qu'il fit, l'année suivante, vice-roi de Navarre et grand d'Espagne de la troisième classe, dont la grandesse périt avec eux, comme nos ducs à brevet. Ils étoient ou petits-fils ou fort proches, et de même nom, de ce baron de Batteville ou Vatteville, qui, étant ambassadeur d'Espagne en Angleterre, fit cette insulte pour la préséance au maréchal d'Estrades, ambassadeur de France, qui fit tant de fracas, et qui fut suivie de la déclaration solennelle, que l'ambassadeur d'Espagne en France eut ordre de faire au Roi, de ne plus prétendre en nul lieu de compétence aveclui. Le prince Louis, supérieur au maréchal de Choiseul et au marquis d'Harcourt joints, de plus de vingt-deux mille hommes, campa, deux jours après notre arrivée, à une demi-lieue de nous, derrière le village de Musbach, à la vue de nos montagnes, et se mit à ouvrir des chemins dans les leurs. On les vit se donner de grands mouvements pendant plusieurs jours, sans qu'on en pût deviner la cause, lorsqu'après avoir longé notre front bien des fois, et s'en être approchés tant qu'ils purent pour reconnoître, et cherché inutilement par où pouvoir attaquer, on s'aperçut qu'ils avoient établi des batteries sur des montagnes qui sembloient inaccessibles, d'où ils firent grand bruit de canon. C'étoient trois batteries de gros canon à diverses hauteurs, dent une sur la crête tout au haut; et on distinguoit très-clairement les tentes de trois bataillons qui campoient auprès. Ils occupèrent diverses maisons éparses le long de la montagne, auprès de ce petit château de

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