‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 3 sur 393 · NOTICE. H · texte numérisé non relu

NOTICE. H

met en corps de récit, en un corps unique et continu, se bornant à la distribuer par paragraphes distincts, avec des titres en marge1; et ce long texte immense, il le recopie tout de sa main, avec une netteté, une exactitude minutieuse, qualités authentiques qu'on n'a pas assez remarquées , sans quoi on eût plus religieusement respecté son ordre et sa marche, son style et sa phrase, qui peut bien être négligée et redondante, mais où rien (je parle des Mémoires et non des notes) n'est jeté au hasard.

Comment cette vocation historique si prononcée se forma-telle et se rencontra- t-elle ainsi toute née au sein de la cour et dans un si jeune âge? Et d'où sortait donc ce mousquetaire de dix-neuf ans, si résolu dès le premier jour à transmettre les choses de son temps dans toutes leurs complications et leurs circonstances?

Son père, sans un tel fils, serait resté un de ces favoris comblés, mais obscurs, que l'histoire nomme tout au plus en passant, mais dont elle ne s'occupe pas Jeune page, il avait su plaire à Louis XIII par quelques attentions et de l'adresse à la chasse, en lui présentant commodément son cheval de rechange ou en rendant le cor après s'en être proprement servi. Sans doute il avait bonne mine ; il avait certainement de la discrétion et de l'honneur. A la manière dont Saint-Simon nous parle de son pè;e, et même si l'on en rabat un peu, on voit en celui-ci un homme de qualité, fidèle, assez désintéressé, reconnaissant et, en tout, d une étoffe morale peu commune à la cour Son attitude envers Richelieu est digne en même temps que sensée • il n'est ni hostile ni servile. On découvre même dans le père , de Saint-Simon une qualité dont ne sera pas privé son fils, une | sorte d'humeur qui, au besoin, devient de l'aigreur: c'est pour j s être livré à un mouvement de cette nature qu'il tomba dans | une demi-disgrace à l'âge de trente et un ans, et quitta la cour pour se retirer en son gouvernement de Blaye, où il demeura jusqua la mort du cardinal. Si j'avais à définir en deux mots Inr™ d^Sa.int"Sim0n^e dirais ^ue c,étai* un favori, mais Sri'humeur ^ ^ C°UrtiSan : Car U avaifc de l'honneur et

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C'est, de ce père déjà vieux et remarié en secondes noces avec une personne jeune, mais non plus de la première jeunesse, nue naquit Saint Simon en janvier 1675. On a cité comme une singularité et un prodige, dans un livre imprimé du vivant mem« du père1 qu'il ait eu cet enfant à l'âge de soixante et douze ans; il n'en avait en réalité que soixante-huit. Il lui transmit ses propres qualités très-marquées avec je ne sais quoi de fixe et d'opiniâtre • la probité, la fierté, la hauteur de cœur et des instincts de race forte sous une brève stature. Le jeune Saint-Simon fut donc élevé auprès d'une mère, personne de mérite, et d'un père qui aimait à se souvenir du passé et à raconter mainte anecdote de la vieille cour : de bonne heure il dut lui sembler qu'il n'y avait rien de plus beau que de se ressouvenir. Sa vocation pour l'histoire se prononça dès l'enfance, en même temps qu'il restait indifférent et froid pour les belles-lettres proprement dites II lisait sans doute aussi avec Vidée d'imiter les grands exemples qu il voyait retracés, et de devenir quelque chose; mais au fond son plus cher désir et son ambition étaient plutôt «élre de que/que chose afin de savoir le mieux qu'il pourrait les affaires de son temps et de les écrire. Cette vocation d'écrivain , qui se dégage et s'affiche pour nous si manifestement aujourd'hui, était cependant d'abord secrète et comme masquée et affublée de toutes les prétentions de l'homme de cour, du grand seigneur, du duc et pair, et des autres ambitions accessoires qui convenaient alors a un personnage de son rang.

Saint-Simon, en entrant dans le monde à l'âge de dix-neuf ans dénote bien ses instincts et ses goûts. Dès le lendemain de la bataille de Nerwinde (juillet 1693), a laquelle il prend part comme capitaine dans le Royal-Roussillon, il en fait un bulletin détaillé pour sa mère et quelques amis. Ce récit a de la netteté de la fermeté ; le caractère en est simple ; on y sent l'amour du vrai Le style n'a rien de cette fougue et de ces irrégularités au'il aura quelquefois, mais qu'il n'a pas toujours et nécessairement chez Saint-Simon. A force de le vouloir définir dans toutes ses diversités et ses exubérances, il ne faut pas non plus se fairal ,1e ce style un monstre. Très-souvent il n'est que l'expression la H plus directe et la plus vive, telle qu'elle échappe à un espr.il plein de son objet. ,

L'année suivante (1694), dans les loisirs d'un camp en Allemagne, il commence décidément ses Mémoires, qu'il mettra soixante ans entiers à poursuivre et à parachever. Il y fut

\. Tableau de laamr considéré dans l'état du mariage (Amsterdam, !G87)| page 134.

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