MORT DE LA HILLIÈRE
gnant. Monsieur de Metz ne fut pas alors en termes de la refuser, comme avoit fait son oncle, à qui elle avoit été offerte. Monsieur d'Orléans, qui alloit être cardinal, et qui par là s'alloit trouver hors d'intérêt pour sa personne, et dans la joie de ce retour du Roi qui plaçoit si grandement à Metz son neveu, pour lequel il n'espéroit presque plus rien, se prêta et à y consentir et à se réconcilier avec M. de la Rochefoucauld. Le Roi en fut ravi, et tout se passa de part et d'autre de si bonne grâce , que tout fut sincèrement oublié et qu'ils redevinrent amis comme auparavant.
Je perdis environ dans ce temps-là le chevalier de la Hillière, gouverneur de Rocroy. G'étoit un ancien ami intime de mon père, et un des braves et des galants hommes de France , qui avoit été dans la confiance de M. le Tellier et de beaucoup de gens très-distingués de son temps, et dans toute celle de Mademoiselle du temps de M. de Lauzun et d'elle. Le Roi le considéroit, et il y avoit toujours des choses curieuses à apprendre de lui de l'ancienne cour; avec cela de fort bonne et sûre compagnie.
Le Roi chassa fort précipitamment toute la troupe des comédiens italiens, et n'en voulut plus d'autre. Tant qu'ils n'avoient fait que se déborder en ordures sur leur théâtre, et quelquefois en impiétés, on n'avoit fait qu'en rire; mais ils s'avisèrent de jouer une pièce qui s'appeloit la Fausse prude, où Mme de Maintenon fut aisément reconnue. Tout le monde y courut; mais après trois ou quatre représentations, qu'ils donnèrent de suite, parce que le gain les y engagea, ils eurent ordre de fermer leur théâtre et de vider le royaume en un mois. Gela fit grand bruit, et si ces comédiens y perdirent leur établissement par leur hardiesse et leur folie, celle qui les fit chasser n'y gagna pas, par la licence avec laquelle ce ridicule événement donna lieu d'en parler.