‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 356 sur 393 · RETOUR DU PRINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

RETOUR DU PRINCE DE CONTI

dessus que l'abbé comptoit, et ceux qu'il avoit engagés par là vouloient voir des espèces à bon escient avant de se comporter de même : cela arrêta tout court le prince Sapieha et l'année de Lithuanie, qui devoit venir joindre le prince de Conti, qui demeuroit toujours en rade et à bord, bien résolu de ne mettre pied à terre que lorsqu'il verra 1 des troupes à portée et prêtes à le recevoir; mais au lieu d'armée, qui ne fit pas une seule marche vers lui, il ne vit que des Polonois avides, qui le pressoient d'acquitter les promesses immenses que l'abbé de Polignac leur avoit faites. Le désir de réussir dans cette grande affaire, dont il espéroit la pourpre, l'avoit aveuglé, et tiré de lui des engagements impossibles, de sorte que, trompé le premier en tout, il trompa le Roi et le prince de Conti. J Quoique le primat tînt bon avec un parti et des troupes, cantonné dans son château de Lowitz, le manque de vivres, les glaces très-prochaines sur ces mers, ni corps d'armée, ni corps de noblesse en aucun mouvement pour venir recevoir M. le prince de Conti, force déserteurs considérables, faute d'acquitter les promesses de 'abbé de Polignac : c'en étoit plus qu'il ne falloit pour persuader le retour à un candidat plus empressé que fi'étoit le prince de Conti, qui pour soi et pour la France ?aisoit un triste et humiliant personnage, accueilli de personne, aboyé de tous, et n'osant mettre pied à terre lans un parage ennemi, qui lui refusoit des vivres et ne /ouloit laisser approcher aucun de ses bâtiments. Il înanda donc au Roi sa résolution et ses raisons. Le Roi les loua tout haut à Monsieur le Prince, et envoya Torcy faire compliment de sa part à Mme la princesse de Conti piur sa douleur de ce qu'elle ne seroit point reine et sur le )laisir de revoir bientôt M. le prince de Conti (on a vu |)lus haut ce qu'il en falloit croire de cette joie du Roi); et |:n même temps il envoya ordre aux abbés de Polignac et tjle Chàteauneuf de revenir. Un détachement de trois mille Ihevaux saxons vint fort secrètement autour de l'abbaye [ 1. Saint-Simon a bien écrit verra^ et non verroit

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