PAIX SIGNÉE [ 1697 J
Tordre d'accorder la conférence et d'écouter ce qu'on lui voudroit dire. Elle se tint presqu'à la tête des gardes avancées de l'armée du maréchal de Boufflers. Il y mena peu de suite, Portland encore moins, qui ne s'approchèrent point et demeurèrent à cheval chacune de son côté. Le maréchal et Portland s'avancèrent seuls avec quatre ou cinq personnes, et après les premiers compliments, mirent pied à terre seuls et à distance de n'être point entendus. Ils conférèrent ainsi debout ou se promenant quelques pas. Il y en eut trois de la sorte dans le mois de juillet, après la première de la fin de juin. La dernière de ces quatre fut plus nombreuse en accompagnements, et les suites se mêlèrent et se parlèrent avec force civilités, comme ne doutant plus de la paix. Les ministres de l'Empereur en firent des plaintes à ceux d'Angleterre à la Haye, qui furent froidement reçues. A chaque conférence le maréchal de Boufflers en rendoit compte par un courrier. La cinquième se tint le 1er août, au moulin' de Zenich, entre les deux armées. Portland y fit présent de trois beaux chevaux anglois au maréchal" de Boufflers, d'un au duc de Guiche, beau-frère du maréchal, et d'un autre à Pracontal, lieutenant général, gendre de Morichevreuil, et extrêmement bien avec le maréchal de Boufflers, qu'ils avoient suivi à cette conférence. La sixième fut extrêmement longue, et la dernière se ti-nt dans une maison de Notre-Dame de Hall, que Portland avoit fait meubler et où il avoit fait porter de quoi écrire. Lui et le maréchal furent enfermés longtemps dans une chambre, pendant que leur suite, pied à terre, nombreuse de part et d'autre et mêlée ensemble, fit la conversation d'une manière polie et fort amiable, comme ne doutant plus de la paix.
En effet, ces conférences la pressèrent. Les ministres des alliés eurent peur que le maréchal de Boufflers et Portland ne vinssent au point de conclusion pour l'Angleterre, et que la Hollande n'y fût entraînée; et la prise de Barce lone lut un nouvel aiguillon, qui rendit effectif et sérieux Kyswick ce qui jusqu'alors n'avoit été qu'un indécent pe
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lotage. Je ne m'embarquerai pas ici dans le récit de cette paix : elle aura vraisemblablement le sort de toutes les précédentes; des acteurs et des spectateurs curieux et instruits en écriront la forme et le fond : je me contenterai de dire que tout le monde convint après, que les alliés n'eurent Luxembourg que delà grâce de M. d'Harlay, qui, malgré ses deux collègues, trancha du premier, et quoique les deux autres aient beaucoup souffert de ses avis et de ses manières, et qu'ils aient eu la sagesse de n'en venir jamais à aucune brouillerie. J'ai ouï assurer ce fait souvent à Caillières, qui ne s'en pouvoit consoler. L'Empereur et l'Empire, à leur ordinaire, ne voulurent pas signer avec les autres, mais autant valut, et leur paix se fit ensuite telle qu'elle avoit été projetée à Ryswick.
La première nouvelle qu'on eut de sa signature fut par un aide de camp du maréchal de Boufflers, qui arriva le dimanche 22 septembre à Fontainebleau, dépêché par ce maréchal, sur ce que rélecteur de Bavière lui avoit mandé que la paix avoit été signée à Ryswick le vendredi précédent à minuit. Le lendemain matin il y arriva un autre courrier du même maréchal, accompagnant jusque-là celui que Télecteur envoyoit porter la même nouvelle en Espagne, et à quatre heures après midi du même lundi, un autre de don Bern. Fr. de Quiros, premier ambassadeur plénipotentiaire d'Espagne, pour y porter la même nouvelle. Monsieur de Bavière eut la petitesse de faire écrire pour prier qu'on amusât ce courrier de l'ambassadeur, pour donner moyen au sien d'arriver avant lui à Madrid; et le plaisant est qu'on avoit beau jeu à l'amuser : il n'avoit pas un sou pour payer sa poste ni pour vivre, et le Roi lui fit donner de l'argent. On sut par lui qu'il étoit six heures du matin du samedi quand la paix fut signée. Enfin, le jeudi 26 septembre, Geli, fils d'Harlay, arriva à cinq heures du matin à Fontainebleau, après s'être amusé en chemin avec une fille qu'il trouva à son gré et du vin qui lui parut bon. Il avoit fait toutes les sottises et toutes les impertinences dont un jeune fou et fort