‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 382 sur 393 · MARIAGE DES DEUX FILLES )E TESSÉ · texte numérisé non relu

MARIAGE DES DEUX FILLES )E TESSÉ

M. de Vendôme, voyant la trêve en Catalogne et la paix assurée, avoit demandé et obtenu son congé de bonne heure ; mais il n'avoit fait que saluer le Roi, et s'en étoit allé à Anet se mettre, sans façons et sans mystère, entre les mains des chirurgiens. Il en avoit un pressant besoin, mais ils le manquèrent. Sa naissance, devenue si à la mode, et les succès de Catalogne lui avoient donné une audace qui ne fit depuis que croître. 11 reparut à la cour le jour du dernier bal, et fut très-bien reçu du Roi, et par conséquent de toute la cour.

Tessé avoit marié, Tannée précédente, sa fille aînée à la Varenne, moyennant la lieutenance générale d'Anjou, qui étoit dans sa famille depuis Henri IV, qui la donna avec la Flèche à ce la Varenne si connu dans tous les Mémoires de ces temps-là, pour avoir eu l'esprit et l'adresse de devenir une espèce de personnage, de marmiton, puis de cuisinier, enfin de porte-manteau d'Henri IV, qu'il servoit dans ses plaisirs, et qu'il servit depuis dans ses affaires. Ce fut lui qui eut la principale part au retour des jésuites en France, et à ce magnifique établissement qu'ils ont à la Flèche, dont il partagea la seigneurie avec eux. Il s'y retira, à la mort d'Henri IV, très-riche, et vieux, et y vécut fort à son aise. C'étoit beaucoup la mode des oiseaux en ce temps-là, et il s'amusoit fort à voler : une pie s'étant relaissée un jour dans un arbre, on ne pouvoit l'en faire sortir à coups de pierre et de bâtons ; le vieux la Varenne et tous les chasseurs étoient autour de l'arbre à tâcher de l'en faire partir, lorsque la pie, importunée de tout ce bruit, se mit à crier de toute sa force : « au maquereau! » et le répéta sans fin. La Varenne, qui devoit toute sa fortune à ce métier, se mit tout d'un coup dans la tête que, par un miracle comme le reproche que fit l'âne de Balaam à ce faux prophète, la pie lui reprochoit ses péchés. Il en fut si troublé qu'il ne put s'empêcher de Je montrer, puis, agité de plus en plus, de le dire à la compagnie; elle en rit d'abord, mais voyant ce bonhomme changer beaucoup, puis se trouver mal, on

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