‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 387 sur 393 · MORESSE RELIGIEUSE À MORET · texte numérisé non relu

MORESSE RELIGIEUSE À MORET

barbier du Roi, puis premier valet de garde-robe. Celui-c étoit un bon homme, qui se tenoit obscurément dans sor état, et qu'on ne voyoit jamais qu'en fonction auprès dil Roi.

A propos de confiance du Roi et de ses domestiques in-j times, il faut réparer un autre oubli. On fut étonné & Fontainebleau cette année qu'à peine la princesse (car elle ne fut mariée qu'au retour) y fut arrivée, que Mme de Maintenon la fit aller à un petit couvent borgne de MoretJ où le lieu ne pouvoit l'amuser, ni aucune des religieuses, dont il n'y en avoit pas une de connue. Elle y retourna plusieurs fois pendant le voyage, et cela réveilla la curiosité et les bruits. Mme de Maintenon y alloit souvent de Fontainebleau, et à la fin on s'y étoit accoutumé. Dans ce couvent étoit professe une Moresse, inconnue à tout le monde et qu'on ne montroit à personne. Bontemps, premier valet de chambre et gouverneur de Versailles, dont j'ai parlé, par qui les choses du secret domestique du Roi passoient de tout temps, l'y avoit mise toute jeune, avoit payé une dot qui ne se disoit point, et de plus continuoit; une grosse pension tous les ans. Il prenoit exactement soin qu'elle eût son nécessaire et tout ce qui peut passer pour abondance à une religieuse, et que tout ce qu'elle pouvoit désirer de toute espèce de douceurs lui fût fourni. La feue Reine y alloit souvent de Fontainebleau, et prenoit grand soin du bien-être du couvent, et Muie de Maintenon après elle. Ni l'une ni l'autre ne prenoient pas un soin direct de cette Moresse qui pût se remarquer, j mais elles n'y étoient pas moins attentives. Elles ne la; voyoient pas toutes les fois qu'elles y alloient, mais souvent pourtant, et avec une grande attention à sa santé, à sa conduite, et à celle de la supérieure à son égard. Monseigneur y a été quelquefois, et les princes ses enfants une ou deux fois, et tous ont demandé et vu la Moresse avec bonté. Elle étoit là avec plus de considération que la personne la plus connue et la plus distinguée, et se prévaloit fort des soins qu'on prenoit d'elle et du mystère I

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qu'on en faisoit; et quoiqu'elle vécût régulièrement, on s'apercevoit bien que la vocation avoit été aidée. 11 lui échappa une fois, entendant Monseigneur chasser dans la forêt, de dire négligemment : « C'est mon frère qui chasse. » On prétendoit qu'elle étoit fille du Roi et de la Reine, que sa couleur l'avoit fait cacher et disparoître, et publier que la Reine avoit fait une fausse cwche ; et beaucoup de gens de la cour en étoient persuadés. Quoi qu'il en soit, la chose est demeurée une énigme.

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