‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 78 sur 393 · ORIGINE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

ORIGINE PREMIÈRE

Louis XIII, où les gens des plus grands noms se mettaient alors.

Le Roi étoit passionné pour la chasse, qui étoit sans route et sans cette abondance de chiens, de piqueurs, de relais, de commodités que le Roi son fils y a apportées, et surtout sans routes dans les forêts. Mon perte, qui remarqua l'impatience du Roi à relayer, imagina de lui tourner le cheval qu'il lui présentait, la tête à la croupe de celui qu'il quittait. Par ce moyen, le Roi, qui étoit dispos, sautait de l'un sur l'autre sans mettre pied à terre, et cela étoit fait en un moment. Gela lui plut, il demanda toujours ce même page à son relais; il s'en informa, et peu à peu il le prit en affection. Raradas, premier écuyer, s'étant rendu insupportable au Roi par ses hauteurs et ses humeurs arrogantes avec lui, il le chassa, et donna sa charge à mon père. Il eut après celle de premier gentilhomme de la chambre du Roi, à la mort de Rlainville, qui étoit chevalier de l'ordre, et avoit été ambassadeur en Angleterre. Il étoit du nom de Warigniés, qui est bon, mais éteint en Normandie, n' avoit point été marié, et étoit frère aîné du père de la comtesse de Saint-Geran, qui a été dame du palais de la Reine, et qui a tant figuré dans le monde, femme de ce comte de Saint-Geran, chevalier de l'ordre, de qui l'état fut tant et si longtemps disputé par un procès également étrange et curieux.

Mon père devint tout à fait favori, sans autre protection que la bonté seule du Roi, et ne compta jamais avec aucun ministre, pas même avec le cardinal de Richelieu, et c'était un de ses mérites auprès de Louis XIII. Il m'a conté qu'avant de Félever, et en ayant envie, il s'était fait sourdement extrêmement informer de son personnel et de sa naissance, car il n' avoit pas été instruit à les connoître, pour voir si cette base étoit digne de porter une fortune, et de ne retomber pas une autre fois. Ce furent ses propres termes à mon père, à qui il le raconta depuis , attrapé comme il l'avoit été à M. de Luynes. il aimoit les gens de qualité, cherchoit à les connoître et à les distinguer;

Page 1