‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 82 sur 393 · GRANDEUR D'ÂME DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

GRANDEUR D'ÂME DE LOUIS XIII

mérite que le mépris et la compassion d'une envie et d'une colère impuissante jusqu'à pouvoir rien articuler que le mot injurieux et unique dans tout ce qui reste d'écrits de ces temps-là.

Je ne puis passer sous silence ce que mon père m'a raconté de la consternation qui saisit Paris et la cour lorsque les Espagnols prirent Corbie, après s'être rendus maîtres de toute la frontière jusque-là et de tout le pays jusqu'à Compiègne, et du conseil qui fut tenu. Le Roi vouloit qu'il y fût présent fort souvent, non pour y opiner à son âge, mais pour le former aux affaires, le questionner en particulier sur les partis importants à prendre, pour voir son sens et le louer ou le reprendre, et lui expliquer en quoi il avoit bien ou mal pensé et pourquoi, comme un père qui prend plaisir à former l'esprit de son fils.

Dans ce conseille cardinal de Richelieu parla le premier. Il opina à des partis foibles, et surtout de retraite pour le Roi au delà de la Seine, et compta d'emporter l'avis de tout ce qui étoitau conseil, comme il ne manqua pas d'arriver. Le Roi les laissa tout dire sans témoigner ni impatience ni répugnance, puis leur demanda s'ils n'avoient rien à ajouter. Gomme ils eurent répondu que non, il dit que c'étoit donc à lui à leur expliquer à son tour son avis. Il parla un bon quart d'heure, réfuta le leur par les plus fortes raisons, allégua que sa retraite ne feroit qu'achever le désordre, précipiter la fuite, resserrer toutes les bourses, perdre toute espérance, décourager ses troupes et ses généraux ; puis expliqua pendant un autre quart d'heure le plan qu'il estimoit devoir être suivi ; et tout de suite se tournant à mon père, sans plus prendre les avis, lui ordonna que tout ce qui pourroit être prêt de ses charges le fût aie suivre le lendemain matin vers Corbie, et que le reste le joindroit quand il pourroit. Gela dit d'un ton à n'admettre point de réplique, se lève, sort du conseil, et laisse le cardinal et tous les autres dans le dernier étonnement. On peut voir par l'histoire et les Mémoires de ces temps-là que ce hardi parti fut le salut de l'État, et les succès qu'il eut. Le cardi-

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