‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 93 sur 393 · MORT DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

MORT DE LOUIS XIII

être entendus, et j'en ai encore beaucoup de lettre.^ avec un grand regret d'en ignorer le contenu.

Le goût du Roi ne put être émoussé par l'absence, et la confiance subsista telle qu'il ordonna à mon père d'aller trouver Monsieur le Prince en Catalogne, en 1639, et de lui rendre compte en leur langage de ce qui s'y passeroit. Il s'y distingua extrêmement par sa valeur, et il fut toujours considéré dans cette armée, non-seulement comme l'ami particulier de Monsieur le Prince, mais comme l'homme de confiance du Roi, bien qu'éloigné de lui. L'année d'auparavant il avoit commandé la cavalerie sous le même prince de Condé, au siège de Fontarabie, avec la même confiance du Roi et le même bonheur pour lui-même, en une occasion où le mauvais succès ne laissa d'honneur à partager qu'entre si peu de personnes. Mon père, toujours soutenu par ce commerce direct avec le Roi, et inintelligible à tous autres, et par deux expéditions de suite où il fut si honorablement employé, passa ainsi quatre ans à Blaye, et fut rappelé par une lettre du Roi, qu'il lui envoya [par] un courrier, lors de la dernière extrémité du cardinal de Richelieu. Mon père se rendit aussitôt à la cour, où il fut mieux que jamais, mais dont il ne put sentir la joie, par l'état où il trouva le Roi, qui ne vécut plus que quelques mois.

On sait avec quel courage, quelle solide piété, quel mépris du monde et de toutes ses grandeurs, dont il étoit au comble, quelle présence et quelle liberté d'esprit, il étonna tout ce qui fut témoin de ses derniers jours, et avec quelle prévoyance et quelle sagesse il donna ordre à l'administration de l'État après lui, dont il fit lire toutes les dispositions devant tous les princes du sang, les grands, les officiers de la couronne et les députés du Parlement, mandés exprès dans sa chambre, en présence de son conseil. Il connoissoit trop les esprits des personnes qui nécessairement après lui se trouveroient portées de droit au timon des affaires, pour ne leur laisser la disposition que de celles qu'il ne pouvoit pas faire avant de mourir. Il dicta donc un long

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