FORTUNE DE BERINGHEN
faire sa cour au Roi et plaisir à son domestique, le lui offrit, et après quelques compliments, le Roi lui avoua qu'il lui faisoit plaisir. Beringhen eut le même soin des armes du Roi, lui plut par là, et en eut à la fin une charge de premier valet de chambre, qu'il fit passer à son fils.
Ce fils avoit perdu cette charge par sa fuite. Chamarande, père de l'officier général, en étoit pourvu; il s'étoit si bien conduit que la Reine n'eut point envie de le chasser, et Beringhen lui-même en avoit encore moins. Il avoit affaire à une femme qu'il avoit complètement servie, et pour laquelle il avoit été perdu, et à un premier ministre qui ne connoissoit les états que pour en vouloir la confusion, et qui, dans la primeur de son règne, vouloit flatter celle par qui il régnoit, et s'acquérir des créatures importantes dans son plus intérieur. Beringhen en sut profiter, et de premier valet de chambre fugitif osa lever les yeux sur la charge de premier écuyer, et il l'osa avec succès. La Reine en fit son affaire, et l'obtint de mon père pour quatre cent mille livres et vingt mille livres de pension du Roi, dont il n'a de sa vie touché que la première année. Défait d'une charge qui ne faisoit plus que lui peser, et ayant perdu mon grand-père la même année que Louis XIII, il fut longtemps à se pouvoir résoudre de recommencer à vivre avec ses amis.
Il étoit fort attaché à son père et à sa mère, qu'il alloit voir toutes les semaines au Plessis, près de Senlis, tant que le Roi demeuroit à Paris et à Saint-Germain, et ils jouirent i pleinement de sa fortune. Revenu de Blaye, son frère aîné, qui avoit grand pouvoir sur son esprit, le pressa de se marier; lui-même l'étoit dès 1634 à la sœur du duc d'Uzès, dont il n'eut point d'enfants. Elle étoit veuve de M. de Portes, du nom de Budos, vice-amiral, chevalier de l'ordre, tué au siège de Privas, frère de la connétable de Montmorency, mère de Madame la Princesse et du dernier duc de Montmorency, comme je l'ai dit plus haut. Il avoit laissé deux filles extrêmement différentes, une Lia et une Rachel. L'aînée étoit également laide, méchante, glorieuse, artifi-