LE DUC DE LAUZUN
Le duc de Lauzun était un petit horiUJie blondasse, bien fait dans sa taille, de physionomie haute, pleine d'esprit, qui imposait, mais sans agrément dans le visage, à ce que j'ai ouï dire aux gens de son temps: plein d'ambition, de caprices, de fantaisies, jaloux de tout, voulant toujours passer le but, jamais content de rien, sans lettres, sans aucun ornement, ni agrément dans l'esprit, naturellement chagrin, solitaire, sauvage ; fort noble dans toutes se? façons, méchant et malin
par nature, encore i^lus par jalousie et par ambition, toutefois bon ami quand il l'était, ce qui était rare, et bon parent, volontiers ennemi même des indifférents, et cruel aux défauts et à trouver et donner des ridicules; extrêmement brave et aussi dangereusement hardi ; courtisan également insolent, moqueur, et bas jusqu'au valetage, et plein de recherches, d'industrie, d'intrigue, de bassesses pour arriver à ses fins, avec cela dangereux aux ministres, à la cour, redouté de tous, et plein de traits cruels et pleins de sel qui n'épargnaient personne. Il vint à la cour sans aucun bien, cadet de Gascogne, fort jeune, débarqué de sa province sous le nom de marquis do Puyguilhem. Le maréchal de Gramont, èousin germain de son père, le retira chez lui. Il était alors dans la première considération à la cour, dans la confidence de la Reine mère et du cardinal de Mazarin, et avait le régiment des gardes et la survivance pour le comte de Guiche son fils aîné, qui, de son côté, était la fleur des braves et des dames, et des plus avantdans les bonnes grâces du Roi et de la comtesse de Soissons, nièce du cardinal, de chez laquelle le Roi ne bougeait, et qui était la reine de la cour. Le comte de Guiche y introduisit le marquis de Puygiiilhem, qui en fort peu de temps devint le favori du Roi, q;ii lui donna son régiment de dragons en le créant, et bientôt après le fit maréchal de camp, et créa pour lui la charge de colonel général des dragons.
Le duc de Mazarin, déjà retiré de la cour, en 1669, voulut se défaire de sa charge de grand maître de l'artillerie ; Puyguilhem en eut le vent des premiers, il la demanda au roi, qui la lui promit, mais sous le secret pour quelques jours. Le jour venu que le Roi lui avait dit qu'il le déclarerait, Puyguilhem, qui avait les entrées des premiers gentilhomir.es delà chambre, qu'on nomme aussi les grandes entrées, alla attendre la sortie du Roi, du conseil des finances, dans une pièce où personne n'entrait pendant le conseil, entre celle où toute la conr attendait et celle où le conseil se tenait. Il y trouva Nyert, premier valet de chambre en quartier, qui lui demanda par quel hasard il y venait ; Puyguilhem, sûr de son affaire, crut se dévouer ce premier valet de chambre en lui faisant confidence de ce qui allait se déclarer en sa faveur ; Nyert lui en témoigna sa joie, puis tira sa montre, et vit qu'il aurait encore le temps
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