C'est-à-dire, appelé (à répondre), ayant (à répondre
4. Patru, élu en 1640, fut le premier académicien qui prononça le discours de réception devenu depuis lors obligatoire. Ce fut à partir du discours de la Bruyère (1693) que les textes durent être soumis à l'approbation du directeur et du chancelier. Il parut un premier recueil de ces harangues en 1698, en un volume in-4»; un autre en 1714, en plusieurs volumes in-12. On trouve dans ce dernier, tome II, p. 502 à 320, les deux harangues dont il est question ici, et qui ont été réimprimées, en 174S, dans le Recueil A-Z. L'édition in-4o de 1698 ne contient que le discours du récipiendaire, sans la réponse de Caumartin. — Nous empruntons quelques détails sur le cérémonial des réceptions de ce temps-là aux notes du P. Léonard sur les Académies (Arch. nat., M 763) : « Le jour qu'un académicien est reçu, la porte du lieu de l'Académie, qui est au Louvre, est ouverte à tous les honnêtes gens. Au mdieu, il y a un grand bureau, sur lequel, ce jour-là, on met un beau tapis. II y a des chaises d'un côté et d'autre, pour les académiciens seulement. Ceux de dehors sont aux second et troisième rangs. Celui qui doit être reçu est entré d'abord dans un petit cabinet, et, quand trois heures après midi sonnent, le libraire de l'Académie avertit le candidat et l'amène dans le lieu de l'assemblée et lui montre sa place, qui est à un des bouts du bureau, où il y a une chaise sans bras. A la tète du bureau, tout vis-à-vis, est le directeur de l'Académie, qui a une chaise à bras. Le candidat commence son discours, il salue l'assemblée et se couvre en même temps, et demeure couvert tant qu'il parle. Son discours fini, il se découvre. Le directeur alors prend la parole et répond à son discours. Ayant achevé, on lit quelques pièces de
iU MÉMOIRES [16941
style tout particulier à lui. Il avoit beaucoup d'esprit et de savoir. Il étoit jeune et frère de différent lit de Caumartin^ intendant des finances, fort à la mode en ce temps-là, et qui les'^ faisoit presque toutes sous Pontchartrain, contrôleur général, son parent proche et son ami intime. Cette liaison rendoit l'c.bbé plus hardi, et, se comptant sûr d'être approuvé du monde et soutenu du ministre, il se proposa de divertir le public aux dépens de l'évêque qu'il avoit à recevoir. Il composa donc un discours confus et imité au possible du style de Monsieur de Noyon, qui ne fut qu'un tissu des louanges les plus outrées et de comparaisons emphatiques, dont le pompeux galimatias fut une satire continuelle de la vanité du prélat, qui le tournoit pleinement en ridicule^.
la composition de quelques-uns des académiciens : après quoi, on finit l'assemblée. » Ajoutons que les réceptions n'étaient publiques que depuis la translation de l'Académie au Louvre (1672), que les dames furent admises pour la première fois le 7 septembre 1702, à la réception de M. Chamillart, évêque de Senlis, et qu'on ouvrit pour elles une tribune donnant sur la salle. Comparez les détails donnés par lesMémoires du duc de Luijnes, en 1743, tome V, p. 14-17.
1. Louis-Urbain Lefèvre de Caumartin, marquis de Saint-Ange, conseiller au Parlemeiît en 1674, maître des requêtes en 1682, intendant des finances de 1690 à 171o, conseiller d'État semestre en 1697, et ordinaire en 1702; mort le 2 décembre 1720, à soixante-huit ans.
2. C'est-à-dire qui faisait presque toutes les affaires de finances. Voyez le portrait de Caumartin, tome XVII, p. Io4-loo.
3. Le texte imprimé de ce discours n'est pas aussi confus et emphatique que le dit Saint-Simon, et peut-être a-t-il été corrigé ; cependant on y trouve quelques passages oi\ l'ironie se cache sous les flatteries officielles. Après avoir vanté les hautes dignités dont le prélat était revêtu, l'abbé de Caumartin ajoute : « C'est un pompeux cortège qui vous accompagne et qui ne vous mène pas; vous le prenez, vous le quittez, selon qu'il vous convient, et il est de l'intérêt de votre gloire de vous en détacher quelquefois, afin que ces honneurs qu'on vous rend ne soient attribués qu'à votre seul mérite. » Vient ensuite un éloge de l'éloquence de l'évêque de Noyon : « Cette éloquence, dont nous somn>es encore tout éblouis, et dont vous avez créé le modèle, vous accompagne partout. Ce n'est point dans vos harangues, ce n'est point dans vos sermons qu'elle se renferme ; on l'a trouvée dans vos lettres et dans
Cependant, après avoir relu son ouvrage, il en eut peur, tant il le trouva au delà de toute mesure ; pour se rassurer, il le porta à Monsieur de Noyon, comme un écolier à son maître et comme un jeune homme à un grand prélat, qui ne vouloit rien omettre des louanges qui lui étoient dues, ni rien dire aussi qui ne fût de son goût et qui ne méritât son approbation. Ce respect si attentif combla l'évêque : il lut et relut le discours ; il en fut charmé, mais il ne laissa pas d'y faire quelques corrections pour le style et d'y ajouter quelques traits de sa propre louange. L'abbé revit son ouvrage de retour entre ses mains avec grand plaisir ; mais, quand il y trouva* les additions de la main de Monsieur de Noyon et ses ratures, il fut comblé à son tour du succès du piège qu'il lui avoit tendu, et d'avoir en main un témoignage de son approbation qui le mettoit à couvert de toute plainte.
Le jour venu de la réception ^ le lieu fut plus que rempli de tout ce que la cour et la ville avoit de plus distingué : on s'y portoit dans le désir d'en faire sa cour au Roi, et dans l'espérance de s'y divertir. Monsieur de Noyon parut avec une nombreuse suite, saluant et remarquant l'illustre et nombreuse compagnie avec une satisfaction qu'il ne dissimula pas, et prononça sa harangue avec sa confiance ordinaire, dont la confusion et le langage remplirent l'attente de l'auditoire^. L'abbé de Caumartin répon-
vos conversations les plus familières : les figures les plus hardies et les mieux marquées, celles que les plus grands orateurs n'emploient qu'en tremblant, vous les répandez avec profusion, vous les faites passer dans des pays qui jusqu'ici leur étoient inconnus, etc. »