Voyez plus haut la note 3 de la page
3. Dangeau (tome V, p. 119) dit : « L'abbé de Caumartin répondit à la harangue de M. l'évêque de Noyon. Il en fut content quand il l'entendit, et même il l'avoit vue et approuvée auparavant ; cependant on lui persuada depuis qu'il avoit sujet de s'en plaindre, et il s'en plaignit au Roi. Ce discours de l'abbé de Caumartin étoit fort éloquent et fort agréable, plein de louanges ; mais on prétend qu'elles étoient malignes. » La Gazette (p. 612) se montra très-réservée; elle dit que le discours du récipiendaire était « plein d'éloquence et d'érudition, » et que la réponse du chancelier avait été faite « avec beaucoup d'esprit et d'éloquence. » Le Mercure de décembre 1694 (p. 261 et suivantes) donna un compte rendu de la réception, avec des fragments du discours du ré-
être le personnage de Monsieur de Noyon, se louant dans les maisons et par les compagnies et de ce qu'il avoit dit et de ce qui lui avoit été répondu , et du nombre et de l'espèce des auditeurs, et de leur admiration unanime, et des bontés du Roi à cette occasion. Monsieur de Paris S chez lequel il voulut aller triompher, ne l'aimoit point : il y avoit longtemps qu'il avoit sur le cœur une humiliation qu'il en avoit essuyée. Il n'étoit point encore duc, et la cour étoit à Saint-Germain^, où il n'y avoit point de petites cours comme à Versailles. Monsieur de Noyon, y entrant dans son carrosse^, rencontra Monsieur de Paris à
cipiendaire et une très-courte analyse de la réponse. A ce sujet, une gazette hollandaise, celle d'Amsterdam, dit, dans sa feuille iide Nouvelles extraordinaires, qu'on lui a écrit de Paris, le 6 janvier I69o, que l'abbé de Caumartin a répondu à Monsieur de Noyon en place de la Fontaine, qui ne s'est pas trouvé en état de parler ce jour-là, et elle ajoute : « Comme cette réponse a été trouvée fort éloquente, aussi bien que le discours, on est surpris qu'elle n'ait pas été imprimée, et cela augmente d'autant plus la curiosité de la voir, que des gens ont voulu prendre ce prétexte pour faire croire, sans doute fort injustement, qu'il y a quelque chose d'équivoque dans l'éloge en faveur de ce prélat. » La réponse, nous l'avons dit, ne fut pas imprimée non plus dans la première édition des Harangues de l'Académie françoise qui parut en 1698, chez Coignard.
1. François de Harlay, de la branche de Champvallon, né à Paris en 1625, docteur de Sorbonne, abbé de Jumiéges en 1650, nommé archevêque de Rouen en 1651, à vingt-six ans, en remplacement de son oncle, fait commandeur des ordres en 1661, avait été transféré au siège de Paris en mars 1671, créé duc et pair en 1674, et désigné par le Roi pour avoir le chapeau de cardinal en mars 1690 ; mais il mourut avant la promotion, le 9 août 1695. Il était membre de l'Académie française, proviseur de la maison de Sorbonne, supérieur de celles de Navarre et de la Marche, etc.
2. Il s'agit, non pas de l'ancien château de François I"', mais de celui qu'Henri IV avait fait construire sur la croupe de la colline, et que Louis XIII, puis Louis XIV, qui y naquit en 1638, agrandirent et embellirent. De celui-ci, il ne reste plus qu'un pavillon.
3. Comme pair de France, l'évêque-comte de Noyon avait le droit d'entrer en carrosse dans la cour du Louvre ou de toute autre résidence habitée par le Roi ; voyez YÉtat de la France, 1698, tome I, p. 467-
pied. Il s'écrie; Monsieur de Paris va à lui, et croit qu'il va mettre pied à terre ; point du tout : il le prend de son carrosse par la main, et le conduit ainsi en laisse jusqu'au degré, toujours parlant et complimentant l'Archevêque, qui rageoit de tout son cœur. Monsieur de Noyon, toujours sur le même ton, monta avec lui, et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir rien fait de mal à propos, que Monsieur de Paris n'osa en faire une* affaire; mais il ne le sentit pas moins ^. Cet archevêque, à force d'être bien avec le Roi, de présider aux assemblées du clergé avec toute l'autorité et les grâces qu'on lui a connues^, et d'avoir part à la distribution des bénéfices, qu'il perdit en-
473, et les Mémoires de Sainctot, Bibl. nat., ms. Fr. 14 117, p. 661. Ce fut seulement au mois d'avril 1674 que François de Harlay obtint l'érection en duché-pairie de la seigneurie de Saint-Cloud, qui appartenait à l'archevêché, et, comme le fait observer son secrétaire l'abbé le Gendre {Mémoires, p. 126), cette nouvelle dignité ne lui procura autre chose que l'entrée dans la cour du Louvre, puisque l'archevêque de Paris avait déjà séance, comme les pairs, au Parlement, en qualité de conseiller-né.
1. Dans le manuscrit, un affaire, par mégarde sans doute, bien qu'au seizième siècle encore plusieurs éciùvains fassent affaire du masculin toujours, ou tantôt masculin et tantôt féminin.
2. Voyez l'Addition n" 57, tome I, p. 376-377. — Cette historiette est racontée comme il suit, par le président Berlin du Rocheret, dans les notes qui font aujourd'hui partie du dossier Harlay (fol. 48), au Cabinet des titres : « Les quintes de M. de Clermont-Tonnerre, évêque de Noyon, occasionnèrent l'érection de l'archevêché de Paris en duchépairie, parce qu'un petit évêque passoit les cours en carrosse, et l'archevêque de la cour à pied. Monsieur de Noyon lui offrit place dans son carrosse, qu'il avoit fait serrer contre le jambage de la porte. « Attends « donc, coquin ! Eh ! ne vois-tu pas que Mgr l'archevêque de Paris est à « pied ?» — L'archevêque s'en vengea quelque temps après : l'évêque faisant.... dans un buisson, il lui fit sangler un coup de fouet.... par son cocher ; dont l'évêque n'osa se vanter. » Sur cette dernière partie de l'historiette, que rend assez probable un fait raconté ailleurs par Saint-Simon (tome I, p. 378), voyez la version du Chansonnier, ms. Fr. 12 690, p. 265.
3. Il ne présida pas moins de neuf ou dix assemblées. Voyez ci-après, p. 347 et suivantes, où Saint-Simon dira ce qu'étaient ces assemblées.
fin% s'étoit mis peu à peu au-dessus de faire aucunes visites aux prélats, même les plus distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. Monsieur de Noyon s'en piqua, et lui en parla fort intelligiblement. C'étoient toujours des excuses. Voyant enfin que ces excuses dureroient toujours, il en parla si bien au Roi, qu'il l'engagea^ à ordonner à Monsieur de Paris de l'aller voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y manquer aux occasions et aux arrivées, et que cette exception l'embarrassa avec d'autres prélats considérables.
On peut donc imaginer quelle farce ce fut pour Monsieur de Paris que cette réception d'Académie, mais qu'il n'en pourroit être pleinement satisfait tant que Monsieur de Noyon continueroit de s'en applaudir : aussi ne manqua-t-il pas l'occasion de sa visite pour lui ouvrir les yeux et lui faire entendre, comme son serviteur et son confrère, ce qu'il n'osoit lui dire entièrement. 11 tourna longtemps sans pouvoir être entendu par un homme si rempli de soi-même et si loin d'imaginer qu'il fût possible de s'en moquer ; à la fin pourtant, il se fit écouter, et, pour l'honneur de l'épiscopat, insulté, disoit-il, par un jeune homme, il le pria de n'en pas augmenter la victoire par une plus longue duperie, et de consulter ses vrais
-1. « Il étoit à la tête d'un bureau composé de plusieurs conseillers d'État, qui se tenoit dans l'Archevêché, pour les affaires ecclésiastiques. Le Roi admettoit une fois la semaine l'archevêque de Paris à une audience particulière, dans son cabinet, à laquelle il s'étoit préparé par une mûre discussion des matières qu'il devoit rapporter. » [Moréri, tome V, p. 530, article Harlay, d'après l'abbé le Gendre.) C'est le vendredi que le Roi tenait ce « conseil de conscience » avec M. de Harlay et le P. de la Chaise; mais celui-ci, depuis qu'il était devenu confesseur du Roi, en i67o, avait remplacé l'Archevêque dans la direction des affaires importantes, et particulièrement dans la distribution des bénéfices.
2. Après engagea, Saint-Simon avait écrit d'abord il/'" de Par, qu'il a ensuite effacé et remplacé par la surcharge : à ordonner. — Deux lignes plus loin, y surcharge un m; il avait voulu mettre « n'osa plus manquer ».
amis. Monsieur deNoyon jargonna' longtemps avant de se rendre, mais à la fin il ne put se défendre des soupçons, et de remercier l'Archevêque, avec qui il convint d'en parler au P. de la Chaise, qui étoit de ses amis. Il y courut en effet au sortir de l'Archevêché. Il dit au P. de la Chaise l'inquiétude qu'il venoit de prendre, et le pria tant de lui parler de bonne foi, que le confesseur, qui de soi étoit bon, et qui balançoit entre laisser Monsieur de Noyon dans cet extrême ridicule et faire une affaire à l'abbé de Caumartin, ne put enfin se résoudre à tromper un homme qui se fioit à lui, et lui confirma, le plus doucement qu'il put, la vérité que l'archevêque de Paris lui avoit le premier apprise. L'excès de la colère et du dépit succéda à l'excès du ravissement. Dans cet état, il retourna chez lui, et alla le lendemain à Versailles, où il fit au Roi les plaintes les plus amères de l'abbé de Caumartin, dont il étoit devenu le jouet, et la risée de tout le monde. Le Roi, qui avoit bien voulu se divertir un peu, mais qui vouloit toujours partout un certain ordre et une certaine bienséance, avoit déjà su ce qui s'étoit passé, et l'avoit trouvé fort mauvais. Ces plaintes l'irritèrent d'autant plus qu'il se sentit la cause innocente d'une scène si ridicule et- si publique, et que, quoiqu'il aimât à s'amuser des folies de Monsieur de Noyon, il ne laissoit pas d'avoir pour lui de la bonté et de la considération. Il envoya chercher Pontchartrain, et lui commanda de laver rudement la tête à son parent et de lui expédier une lettre de cachet pour aller se mûrir la cervelle et apprendre à vivre et à parler dans son rbbaye de Buzay^, en Bretagne.