Séjour de la cour de Jacques II
5. Selon le Mercure, ce fut le lundi 11 qu'on rendit les visites et qu'on alla à Saint-Germain; le mardi 12, on retourna à Paris, et le mercredi seulement fut donné le souper, qui fut <■ des plus somptueux. -
276 MÉMOIRES [I69dJ
grand repas chez moi à toute la noce, et ie lendemain un souper particulier à ce qui restoit d'anciens amis de mon père, à qui j'avois eu soin d'apprendre mon mariage avant qu'il fût public, et lesquels j'ai tous cultivés avec grand soin jusqu'à leur mort.
Mariage de Mlle de Quintin ne tarda pas longtemps à avoir son
'avecLdûc'dr ^^ur. M. de Lauzun la vit sur le lit de sa sœur, avec plu- Lauzun. sieurs autres filles à marier. Elle avoit quinze ans, et lui
[Add.S-S. 118] plus de soixante-trois ans' : c'étoit une étrange disproportion d'âge ; mais sa vie jusqu'alors avoit été un roman, il ne le croyoit pas achevé, et il avoit encore l'ambition et les espérances d'un jeune homme "^ Depuis son retour à la cour et son rétablissement dans les distinctions qu'il y avoit eues, depuis même que le roi et la reine d'Angleterre, qui le lui avoient valu, lui avoient encore procuré la dignité de duc vérifié^, il n'étoit rien qu'il n'eût tenté par leurs affaires pour se remettre en quelque confiance avec le Roi, sans avoir pu y réussir. 11 se flatta qu'en épousant une fille d'un général d'armée, il pourroit faire en sorte de se mettre entre le Roi et lui, et, par les
i. Le chiffre 61 a été corrigé en 63. — Sur Lauzun, voyez le tome 1, p. 31, note 3. Mlle de Quintin n'avait pas encore quinze ans.
2. Nous pouvons placer ici un portrait inédit de Lauzun qui se rapporte précisément à ses prétentions galantes et à son mariage. II est tiré du recueil du Musée Britannique déjà cité page 140, note 2 : « Le duc de Lauzun est un petit bout d'homme, dont la mine n'a rien d'avantageux, quoiqu'il ait eu toujours beaucoup de présomption, surtout depuis l'honneur que Mademoiselle de Montpensierlui fit de le demander au Roi pour son époux. Le vif de sa jeunesse est dégénéré en une sotte vanité de croire qu'à l'âge de soixante et quinze (?) ans, il peut encore plaire à quelques dames. Sa principale occupation est de donner à des grisettes des rendez-vous aux TuiIeri.9S. C'est dommage qu'un jaloux de soixante et dix (?) ans ait épousé une demoiselle de dix-huit (?) ans, d'un mérite et d'une vertu extraordinaire, qu'il rend malheureuse. Son voyage infructueux en Irlande lui a fait avoir du défunt roi Jacques le titre de duc et le cordon bleu, dont il étoit indigne. » (Portraits.... de la cour de France, 1703, ms. Additionnel 29 307, fol. 23 v.)