‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 194 sur 334 · Lequel est en interligne, au-dessus de qui, biffé · texte numérisé non relu

Lequel est en interligne, au-dessus de qui, biffé

4. L'ordre fut donné de partir le 20 mai {Dangeau, tome V, p. 204). Le

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Maladie tarda pas à le passer ; mais à peine étions-nous sur le du niarechai^^ pHnce Louis de Bade et en état d'entreprendre, que

le Rhiu. M. le maréchal de Lorge tomba extrêmement malade, le Attachement J^ndi 20 ïuin*, au camp d'Unter-Neisheim^, sa droite appuyée àBruchsaP et les ennemis retranchés a Eppingen*.

de son armée pour lu

maréchal de Lorge se mit en route aussitôt après le mariage de sa seconde fille : le 28 mai, il arriva de Nancy à Strasbourg, et partit le 3t pour Landau, accompagné du marquis d'Huxelles, et, sans doute, du duc de Saint-Simon. Celui-ci, avant de quitter Paris, avait donné procuration à sa femme, le 25 mai 1695, « attendu, dit l'acte, son départ pour l'ai'mée. » (Minutier de M« Galin, notaire à Paris.) Quelque temps auparavant, Barbezieux lui avait adressé cette lettre de service, datée de Compiègne, le 8 mai 1695 : « Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 4 de ce mois, par laquelle le Roi ayant vu le témoignage avantageux que vous rendez, tant de la conduite de M. de Maisontiers, lieutenant-colonel de votre régiment, que du bon état auquel est sa compagnie, S. M. a trouvé bon de lui accorder le congé ci-joint pour aller aux eaux de Barèges. » (Dépôt de la guerre, vol. 1294, fol. 98.) — D'après les rapports envoyés au Roi, l'armée du Rhin, forte de vingt mille hommes de pied et de dix-huit mille chevaux, s'était considérablement améliorée. M. de Lorge écrivit que la gendarmerie était admirable, et la cavalerie parfaitement belle. (Damjeau, tome V, p. 164 et 222.)

1. Dès le 19, M. de Lorge sentit les attaques du mal, au retour d'une reconnaissance faite en vue de changer de camp. Le 20 et le 21, la fièvre fut très-forte. A cette dernière date, l'intendant de la Grange écrit, le soir, qu'on a dû arrêter le mouvement des troupes. (Dépôt de la guerre, vol. 1322, n» 80.)

2. Neisheim, comme l'écrit Saint-Simon, ou Nainsen, comme l'écrivent la Gazette et la carte du cours du Rhin dressée par de l'Isle (vers 1704), est une petite localité située à quelque distance N. N. E. de Bruchsal, sur le Kraich, barrant la sortie des défilés boisés qui s'étendent jusqu'à Eppingen. La Gazette, au lieu d'Unter-Nainsen, écrit : Nider- Nainsen, et M. de la Grange : Niederentzen. Le maréchal de Joyeuse date une lettre d' « Under-Ebisheim, » aujourd'hui Unter-Ôwisheim, localité située plus près de Bruchsal, au centre du campement.

3. Petite ville appartenant à l'évêque de Spire, à deux lieues environ S. E. de Philipsbourg, sur la rivière de Saltz.

4. Petite ville située sur l'Elsenz, à quatre lieues d'Heilbronn ei; sept lieues E. de Philipsbourg. Le prince de Bade s'y était établi depuis le 12 juin; des collines boisées la séparaient du camp français.

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On raanquoit de fourrage, parce que ce n'étoit pas un lieu à demeurer et qu'il n'y en avoit guère dans le voisinage. L'armée, qui toujours en est si avide, pensa moins à elle qu'à son général. Tous les majors de brigade^ eurent ordre de demander instamment que l'on ne décampât point, et jamais armée ne montra tant d'intérêt à la vie de son chef, ni d'amour pour sa personne ^. Il fut à la dernière extrémité, tellement que, les médecins qu'on avoit fait venir de Strasbourg désespérant entièrement de lui, je pris sur moi de lui faire prendre des gouttes d'Angleterre^. On lui en donna cent trente en trois prises: celles qu'on mit dans du bouillon n'eurent aucun effet; les autres, dans du vin d'Espagne, réussirent*. Il est surprenant qu'un remède aussi spiritueux, et qui n'a rien de purgatif, ait^ mis ceux qui avoient été donnés en si grand mouvement, et qui, depuis plus de vingt-quatre heures

1. « Il y a, dit le Dictionnaire militaire de 1743 (p. 2S7-2o9), major (jénéral d'une armée, major de chaque brigade,... major d'un régiment de cavalerie, major d'un régiment d'infanterie (voyez tome I, p. 227), major d'une place de guerre, et major des quatre compagnies des gardes du corps.... Le major de brigade fait, dans les régiments de sa brigade, le même détail que le major général fait dans toute l'armée.... »

2. Voyez plus loin, p. 296, note 1, la lettre de M. de Lorge, en date du 6 juillet.

3. Black-drop (goutte noire), médicament anglais dont l'opium était la base ; mais, selon le Dictionnaire de Trévoîix, on devait y faire entrer les plus étranges ingrédients, poudre de crâne de pendu, vipères sèches, etc.

4. Selon les lettres du camp, il y avait eu deux fois du mieux : le 21, après qu'on eut administré le quinquina, et le 28, par l'effet de l'émétique; mais, ce mieux ne se soutenant pas et le pourpre paraissant (voyez ci-après, p. 294, note 2), on administra, non pas cent trente gouttes, comme le dit Saint-Simon, mais soixante et dix ou soixante et quinze seulement. (Lettres de MM. de Joyeuse et de la Grange, et Journal de Dangeau, tome V, p. 234.) Dangeau dit que les médecins ne voulaient point que ce remède d'empirique fût employé; mais on ne voit nulle part que la proposition soit venue de Saint-Simon. La fièvre disparut en deux jours.

o. Dans le manuscrit, agent.

qu'on les donnoit, n'avoient eu aucun effet. L'opération ' fut douce, mais prodigieuse par bas; la connoissance revint, et peu à peu le pourpre^ parut partout. Cette éruption fut son salut, mais non la fin de la maladie.

Cependant l'armée souffroit beaucoup. Le maréchal de Joyeuse, qui en avoit pris le commandement^, nous exposa son état, à moi et aux neveux ^ de M. le maréchal de Lorge. 11 nous dit que, quoi qu'il pût arriver, il ne prendroit aucun parti que de notre consentement, et en usa en homme de sa naissance, avec toutes sortes de soins et d'égards. L'armée, informée qu'il s'agissoit de prendre un parti, déclara par la bouche de tous ses officiers, qui nuit et jour assiégeoient la maison du malade, qu'il n'y avoit point d'extrémité qu'elle ne préférât au moindre danger de son chef, et ne voulut jamais qu'on fît le moindre mouvement.

Le prince Louis de Bade offrit par des trompettes

i. Opération « se dit de l'action des remèdes. » (Furetière et Ri~ cJielet.)

2. On avait qualifié d'abord le mal de fièvre double et tierce, ou continue avec rémission. La Gazette cV Amsterdam (169o, p. 214) parle de « fièvre pourprée. » — Le pourpre, dont il est souvent question en ce temps-là, et qui se caractérisait par une hémorrhagie cutanée sousépidermique on forme de larges taches rouges, ne devait être autre chose qu'une rougeole ou scarlatine maligne.

3. M. de Joyeuse reçut le 30 juin ses pouvoirs, avec des instructions sur le plan arrêté entre le Roi et M. de Lorge. (Dépôt de la guerre, vol. 1322, n» 108.) Voyez, dans le Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 499 et suivantes, des couplets sur la manière dont il s'acquitta de ce commandement.

4. M. de Joyeuse écrit le 28 : « Sa parenté est fort embarrassée sur le parti qu'ils doivent prendre, ses médecins disant qu'il n'est pas en état de soutenir le transport sans courir risque de la vie. Il faut cependant que l'armée marche, manque de fourrages. » Le maréchal de Lorge avait auprès de lui {Daiujeau, tome V, p. 230) le duc de Duras (Jacques- Henri de Durfort, né en 1670, mort en 1697), fils de son frère aîné et mestre de camp de cavalerie, et (voyez plus loin, p. 33S-336) deux des ûh de Mme de la Rotliefoucauld-Roucy, sœur du maréchal, le comte de Roucy et le chevalier de Roye.

toutes sortes de secours de médecins et de remèdes, et sa parole de toute la sûreté et de tous les soulagements de vivres et de fourrages pour le général, pour* ce qui demeureroit auprès de lui et pour l'escorte qui lui seroit laissée, si l'armée s'éloignoit de lui, avec l'entière sûreté pour la rejoindre ou aller partout oii il voudroit, avec tous ces accompagnements, sitôt qu'il le voudroit. Il fut remercié comme il le méritoit de ces offres si honnêtes, dont on ne voulut point profiter^.

Peu à peu la santé se fit entièrement espérer, et l'armée, d'elle-même, en fit éclater sa joie par des feux de joie à la tête de tous les camps, des tables qui y furent établies, et des salves qu'on ne put jamais empêcher ^. On ne vit jamais un témoignage d'amour si universel ni si flatteur. Cependant Mme la maréchale de Lorge étoit arrivée à Strasbourg, puis à Landau, dans une chaise de M. de Barbezieux, des gens à lui outre les siens, pour la conduire plus diligemment*, et la Cour^, capitaine des gardes de M. le maréchal de Lorge, qui avoit été dépêché sur son extrémité. Le Roi l'avoit entretenu près d'une heure, à Marly, sur l'état de son général et de l'armée, avoit lui-même consulté Fagon, son premier

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