Depuis est en interligne. — o. Tome I, p. 134 et
6. Voyez tome X, p. 313. — Les ministres d'État étaient les membres du conseil d'État proprement dit, appelé aussi conseil secret, du cabinet ou d'en haut, dans lequel le Roi traitait les affaires de politique générale quatre fois par semaine. En 1693, ce conseil se composait de : M. de Beauvillier, nommé le 24 juillet 1691; M. le Peletier, ancien contrôleur général ; M. de Pontchartrain, contrôleur général et secrétaire d'État de la marine et de la maison du Roi ; M. de Pomponne , rappelé depuis 1691, et M. de Croissy, secrétaire d'État des affaires étrangères. Les ministres d'État avaient un traitement de vingt mille livres ; nommés par un simple avis du Roi, ils gardaient le titre alors même qu'on ne les appelait plus au consc'û.Yoyezle Journal de Dangeau, tome VII, p. 148 et 431, et les Mémoires du duc de Lmjnes, tome V, p. 456.
leroy dans la place de chef du conseil des finances^ et il avoit eu de son père la charge de premier gentilhomme de la chambre ^ La réputation de la duchesse de Beauvillier ^ me touchoit encore, et l'union intime dans laquelle ils avoient toujours vécu. L'embarras étoit le bien : j'en avois grand besoin pour nettoyer le mien, qui étoit fort en désordre , et M. de Beauvillier avoit deux fils ^ et huit filles. Malgré tout cela, mon goût l'emporta, et ma mère l'approuva.
Le parti pris, je crus qu'aller droit à mon but, sans détour et sans tiers, auroit plus de grâce. Ma mère me remit un état bien vrai et bien exact de mon bien et de mes dettes, des charges et des procès que j 'avois. Je le portai à Versailles, et je fis demander à M. de Beauvillier un temps où je pusse lui parler secrètement, à loisir et tout à mon aise. Louville^ fut celui qui le lui demanda.
1. Ce conseil avait été constitué en 1661, après la chute de Foucquet, pour aider le Roi à faire les fonctions de surintendant et à régler par lui-même toutes les affaires de finances ; voyez les Mémoires, tome VIII, p. 439, et tome X, p. 280. Y assistaient : le Roi, le chancelier, le chef du conseil (le maréchal de Villeroy, ancien gouverneur de Louis XIV, avait occupé cette place de 1661 à 1685), deux conseillers d'État et le contrôleur général. Les appointements du chef du conseil étaient de près de cinquante mille livres.
2. Nous supprimons après chambre les mots : de son père, répétés à la fin de la phrase, dans le manuscrit.
3. Henriette-Louise Colbert, seconde fille du grand ministre, avait épousé le duc de Beauvillier le 21 janvier 1671 , et avait été nommée dame du palais le 26 avril 1680. Elle mourut le 19 septembre 1733, âgée de soixante-seize ans et neuf mois.
4. Il faut encore signaler ici une de ces inexactitudes d'autant plus étonnantes qu'elles portent sur des choses familières à Saint-Simon : M. et Mme de Beauvillier avaient quatre fils , dont le dernier venait de naître le 9 aoîit 1692. Ces fils moururent tous jeunes. Saint-Simon ne pense qu'aux deux derniers survivants, dont il racontera la mort en 1703 (tome IV, p. 328).
5. Charles-Auguste d'Allonville, marquis de Louville, né en 1664, avait été placé, le 23 août 1690, auprès du duc d'Anjou, qu'il accompagna plus tard en Espagne, où il devint premier gentilhomme de sa
Louviiic. C'étoit un gentilhomme de bon lieu, dont la mère l'étoit [Add. S'-S. 65] aussi, la famille de laquelle avoit toujours été fort attachée à mon père, et qu'il avoit fort protégée dans sa faveur\et longtemps depuis par M. de Seignelay"^ Louville, élevé dans ce même attachement, avoit été pris, de capitaine au régiment du Roi-infanterie, pour être gentilhomme de la manche^ de M. le duc d'Anjou*, par M. de Beauvillier, à la recommandation de mon père ; et M. de Beauvillier, qui l'avoit fort goûté depuis, ne l'avoit connu, quoique son parent, que par mon père. Louville étoit d'ailleurs homme d'infiniment d'esprit, et qui, avec une
chambre, chef de sa maison française, etc. Forcé de revenir en France, il remplit les mêmes fonctions de premier gentilhomme auprès des ducs de Bourgogne et de Berry, et mourut le 20 août 1731. I^était fils de Jacques d'Allonville, seigneur de Louville , marié le 17 juillet 1663 à Marie-Charlotte, fdle de Philippe Vaultier, seigneur de Moyencourt et de Guérard, maître d'hôtel du Roi, qui était, en 1689, auprès de Claude de Saint-Simon, à Blaye {Revue nobiliaire, 1871, p. SOO).
1. Sous Louis XIII, Claude de Saint-Simon avait eu un Moyencourt pour lieutenant de sa capitainerie de Saint-Germain. Nous le voyons aussi, en novembre 1691, faire sortir de Saint-Lazare un M. de Moyencourt (Arch. nat., 0' 35, fol. 286). En 1711, Louis de Saint-Simon s'entremit pour un autre personnage du même nom {Mémoires, tome XIX, p. 2o9). Eniin le dernier des Saint-Simon Grumesnil avait épousé en 4629 une Marguerite de Moyencourt.
2. Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay, fils aîné du grand Colbert, baptisé à l'église Saint-Eustachele ler novembre 1651 ; associé, dès le mois de février 1669, à son père, comme survivancier de la charge de secrétaire d'État de la marine, de la maison du Roi et du commerce maritime ; devenu seul titulaire de ce département le 6 septembre 1683 et fait ministre d'État en octobre 1689 ; commandeur et grand trésorier des ordres en 1675; mort à Versailles, le 3 novembre 1690.
3. Ces gentilshommes, attachés aux fils et petits-fils du Roi depuis l'âge de sept ans jusqu'à leur majorité, devaient « les suivre partout, veiller sur leurs pas, demeurer assidus auprès de leur personne, ne les point perdre de vue, etc. » {État de la France.)
4. Philippe de France, duc d'Anjou, second fils du Dauphin et de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, né le 19 décembre 1683. Il fut appelé en 1700 au trône d'Espagne, sous le nom de Philippe V, l'occupa pendant quarante-six ans, et mourut le 9 juillet 1746.
imagination qui le rendoit toujours neuf et de la plus excellente compagnie, avoit toute la lumière et le sens des grandes affaires, et des plus solides et des meilleurs conseils'.
J'eus donc mon rendez- vous, à huit heures du soir, dans le cabinet de Mme de Beauvillier, où le duc me vint trouver seul et sans elle'^. Là, je lui fis mon compliment, et sur ce qui m'amenoit, et sur ce que j'avois mieux aim^é m'adresser directement à lui que de lui faire parler, comme on fait d'ordinaire en ces sortes d'affaires ; et qu'après lui avoir témoigné tout mon désir, je lui apportois un^état, le plus vrai et le plus exact, de mon bien et de mes affaires, sur lequel je le suppliois de voir ce qu'il y pourroit ajouter pour rendre sa fiile heureuse avec moi ; que c'étoit^ là toutes les conditions que je voulois faire, sans vouloir ouïr parler d'aucune sorte de discussion sur pas une autre, ni sur le plus ou le moins ; et que toute la grâce que je lui demandois étoit de m'accorder sa fille et de faire faire le contrat de mariage tout comme il lui plairoit ; que ma mère et moi signerions sans aucun examen.
Le duc eut sans cesse les yeux collés sur moi pendant que je lui parlai. Il me répondit en homme pénétré de reconnoissance, et de mon désir, et de ma franchise, et de ma confiance. Il m'expliqua l'état de sa famille, après m'avoir demandé un peu de temps pour en parler à Mme de Beauvillier, et pour voir ensemlDle ce qu'ils pourroient faire. Il me dit donc que, de ses huit filles, l'ainée étoit entre quatorze et quinze ans, la seconde très-contrefaite et nullement mariable, la troisième entre douze et
i. Nou»3 parlerons ailleurs de la correspondance du marquis <le Louville, dont des extraits ont été publiés en 1818, sous le titre de Mémoires secrets sur rétablissement de la maison de Bourbon en Espagne.
2. Les mots : « et sans elle » ont été biffés, puis récrits au-dessus.