‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 208 sur 334 · Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p · texte numérisé non relu

Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p

averti Guiscard, lieutenant général, qui en étoit gouverneur*, et qui étoit dedans avec Lomont'-, qui y commandoit sous lui; et ce maréchal cependant s'étoit mis à portée, et il se jeta dans Namur par la porte du Condroz^, le 2 juillet, la seule qui étoit encore libre, et qui, dès le soir du même jour, ne la fut plus^. Il mena avec lui Mesgrigny ^ gouverneur de la citadelle de Tournay, maréchal de camp et ingénieur de grande réputation, d'autres ingénieurs et sept régiments de dragons. II y en

1. Le comte de Guiscard avait été nommé gouverneur après la prise de cette place, en 1692 (tome I, p. S4, note 2).

2. Florent du Chàtelet, comte de Lomont, né le 8 février 1652, entra d'abord dans l'Église, et eut un canonicat à Besançon, qu'il quitta pour servir comme aide de camp (1673), puis comme capitaine d'infanterie (1674). Il était devenu grand bailli d'Auxois en 1684, colonel du régiment de Ponthieu en 1685, commandant de la place du Havre en 1689, brigadier en 1690. A la suite du siège de Namur, il eut le commandement de Dunkerque et le grade de maréchal de camp ; il passa lieutenant général en 1702, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis en 1704, et mourut dans son gouvernement de Semur-en-Auxois, le 27 janvier 1732.

3. On donnait et on donne encore ce nom de Condroz (les Condrusi étaient l'un des vingt-quatre peuples qui habitaient la Belgique au temps de Jules-César) au territoire compris entre la rive droite de la Meuse, l'Ourthe et la Lesse.

4. Saint-Simon se servira du Journal de Dangeau pour tout ce qui concerne le siège de Namur. Ici il copie ou résume l'article du 4 juillet (tome V, p. 232-233), qui d'ailleurs présente beaucoup de conformité avec la. Gazette, p. M3 et 334. Comparez le l/ercî/re, juillet 1695, p. 318.

5. Jean, comte de Mesgrigny, capitaine au régiment de Navarre en 1651, major en 1665, avait servi comme ingénieur dans la plupart des sièges d'Italie et de Flandre, et était surtout renommé pour la direction des travaux des mines. En 1668, Louvois l'avait fait nommer lieutenant de Roi à Salins et à Tournay et directeur des fortifications de Flandre. En juin 1674, il avait eu aussi le commandement de Besançon. En 1692, il avait dirigé, sous Vauban, les sièges de Mons, Namur et Furnes, qui lui avaient valu le grade de maréchal de camp. Après la défense de Namur, il fut créé lieutenant général et commandeur de Saint-Louis ; mais nous le verrons, en 1709, à quatre-vingts ans, passer au service des alliés, pour conserver sa citadelle de Tournay. II mourut en 1720.

avoit un huitième déjà dans la place, et vingt et un bataillons, qui, tous ensemble, firent plus de quinze mille hommes effectifs. Harcourt et Bartillat' avoit accompagné le maréchal , et ramenèrent la cavalerie qu'il avoit avec lui et les chevaux de six des sept régiments de dragons entrés avec lui ; le comte de Hornes -, colonel de cavalerie, et plusieurs autres l'y suivirent volontaires.

Cette grande entreprise parut d'abord téméraire à notre cour, d'où on m'écrivit qu'on s'en réjouissoit comme d'une expédition qui ruineroit leurs troupes et ne réussiroit pas. J'en eus une autre opinion, et je me persuadai qu'un homme de la profondeur du prince d'Orange ne se commettroit pas à un siège si important sans savoir bien comment en sortir, autant que toute prudence humaine en peut être capable.

Le comte d'Albert^, frère du duc de Chevreuse d'un

1. Nicolas Jehannot de Bartillat, capitaine d'infanterie en 1667, mestrc de camp de cavalerie en 1668, brigadier en 1676, inspecteur général en 1681, maréchal de camp en 1688, lieutenant général en 1693, gouverneur de Rocroy en 1697; mort le 28 septembre 1718.

2. Philippe-Maximilien. dit le comte de Hornes, d'une maison ancienne du Brabant, dont le nom avait été illustré, au seizième siècle, par plusieurs Montmorency de la branche de Nivelle, servait la France depuis une dizaine d'années. Après qu'il eut été lieutenant au régiment du Roi (168S), puis capitaine de cavalerie (1690), Bouftlers lui avait fait donner, le 6 mai 1692, un régiment. Il fut fait brigadier à la suite du siège de Namur, avec une pension de six mille livres, maréchal de camp eu 1702, lieutenant général en 1704, et mourut à Cambray en 1709, étant retenu comme prisonnier de guerre, depuis 170o, par les alliés.

3. Louis-Joseph d'Albert, fils du duc de Luynes et de sa seconde femme, Anne de Rohan-Montbazon, né le l<=r avril 1672 et connu d'abord sous le titre de chevalier, puis sous celui de comte d'Albert, servait depuis 1688 et commandait le régiment des dragons du Dauphin, en qualité de lieutenant-colonel, depuis l'année 1692. Il avait déjà reçu plusieurs blessures à Fleurus et à Steinkerque. Plus tard, en 1703, ayant été emprisonné pendant deux ans et dépouillé de son grade pour s'être battu en duel, il se retira à la cour de Bavière et fut nommé chambellan et ministre de l'Électeur. Quand ce prince devint l'empereur Charles YII, le comte d'Albert fut fait conseiller d'État, feld-

autre lit, étoit demeuré à Paris, avec congé du Roi, pour des affaires. Les dragons-Dauphin', dont il étoit colonel, étoient dans Namur ; il y courut, se déguisa à Dinant en batelier, traversa le camp des assiégeants, et entra dans Namur en passant la Meuse à la nage^

Cependant le maréchal de Villeroy serroit M. de Yaudémont le plus près qu'il pouvoit, et celui-ci, de beaucoup plus foible, mettoit toute son industrie à esquiver. L'un et l'autre sentoient que tout étoit entre leurs mains : Vaudémont, que de son salut dépendoit le succès du siège de Namur; et Villeroy, qu'à^sa victoire étoit attaché le sort des Pays-Bas, et très-vraisemblablement une paix glorieuse, et toutes les suites personnelles d'un pareil événement. Il prit donc si bien mesures^ qu'il se saisit de trois châteaux^ occupés, sur la MandeF, par cinq cents hommes des ennemis, et qu'il s'approcha tellement de M. de Vaudémont, le 13 au soir, qu'il étoit impossible qu'il lui échappât le 14, et le manda ainsi au Roi par un

maréchal des armées impériales, ambassadeur extraordinaire en France, conseiller intime, prince de Grimberghen et du Saint-Empire, etc. Il mourut le 2 novembre 1738.

i. Saint-Simon a écrit avec accord : « les dragons dauphins. » — Ce régiment, créé d'abord, en 1673, pour le marquis de Sauvebeuf, avait été pris par le Roi en 1673, et donné au Dauphin.

2. Ceci est tiré textuellement du Journal de Dangeau, tome V, p. 238 et 239. — Le comte d'Albert fut blessé pendant le siège, et on crut durant quelques jours que les chirurgiens l'avaient trépané {ibidem, p. 246 et 249).

3. La préposition à est en interligne , au-dessus de de, biffé ; un peu après, il y avait d'abord glorieuses, au pluriel.

4. Saint-Simon a bien écrit ainsi : « Il prit mesures », sans ses.

5. Ces trois châteaux, appelés Ingelmunster, Meulebeck et Marckeghem, furent pris le 13 juillet.

6. Le Mandel ou Mandelbeke, rivière venant de la Flandre occidentale pour se jeter dans la Lys, rive gauche. — Saint-Simon écrit ici d'après Dangeau (tome V, p. 240); il fait, comme lui, Mandel (on lirait plutôt Mundel) du féminin. Dans tout ce que nous avons vu de cartes et de dictionnaires, ce nom est masculin.

Il693j

courrier. Le 14, dès le petit jour, tout fut prêt. Monsieur le Duc commandoit la droite, M. du Maine la gauche, M. le* prince de Conti toute l'infanterie, M. le duc de Chartres la cavalerie ' ; c'étoit à la gauche à commencer, parce qu'elle étoit la plus proche. Vaudémont, pris à découvert, n'avoit osé entreprendre de se retirer la nuit devant des ennemis si proches, si supérieurs en nombre et en bonté de troupes^, toutes les meilleures étant au siège, et un ennemi dont rien ne le séparoit. Il n'osa encore l'attendre sans être couvert de quoi que ce soit, et il n'eut de parti à prendre que de marcher au jour, avec toutes les précautions d'un général qui compte bien qu'il sera attaqué dans sa marche, mais qui a un grand intérêt à s'allonger toujours pour se tirer d'une situation fâcheuse et gagner comme il pourra un pays plus couvert et coupé, à trois bonnes lieues d'où il se trouvoit*.

Vaudémont el son armée

échappés

111 plus grand

danger.

i. Le corrige de.

2. Voyez un tableau de l'ordre de bataille de cette armée, dans le Mercure du mois de juin 1693.

3. Villeroy avait soixante-treize, ou même quatre-vingt-cinq bataillons, et cent cinquante-trois escadrons, tandis que le prince de Vaudémont ne pouvait mettre en ligne que soixante bataillons et cinquante escadrons.

4. « Les ennemis, dit la Gazette d'Amsterdam, marchèrent le 14 (juillet), et s'étendoient toujours vers leur gauche, qui étoit notre droite, l'endroit le plus facile à attaquer, ce qu'ils ne firent pas néanmoins; et leur mouvement fit juger au prince de Vaudémont qu'ils avoient dessein de nous envelopper et de nous couper la communication de Gand et de Deynze, ce qui leur étoit facile, parce que leur armée étoit plus forte du double que la nôtre; mais ce dessein, qui leur paroissoit le plus sûr pour ménager leurs troupes, prit du temps, et le prince, qui avoit observé leur marche et connu la raison pour laquelle ils ne se pressoient pas d'attaquer, résolut de faire sa retraite avant qu'ils pussent le couper....» [Gazette d'Amsterdam, 1693, p. 232, et Extraordinaire lvhi.) C'est sans doute à ce passage de la gazette de Hollande que Saint-Simon fait allusion dans l'Addition indiquée plus loin, ïi° 122, comme ayant provoqué un accès de colère de Louis XIV. Celui-ci avait jadis, en août 1672, campé à Deynze, et c'est de là qu'il avait écrit à Colbert ce billet si fier : « J'ai cru qu'il étoit bon de faire voir aux ennemis qu'ils

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Le maréchal de Villeroy manda, dès qu'il fut jour, à M. du Maine d'attaquer et d'engager l'action, comptant de le soutenir avec toute son armée, et qui, pour arriver à temps, avoit besoin que les ennemis fussent retardés, puis empêchés de marcher, par l'engagement dans lequel notre gauche les auroit mis. Impatient de ne point entendre l'effet de cet ordre, il dépêche de nouveau à M. du Maine, et redouble cinq ou six fois. M. du Maine voulut d'abord reconnoître, puis se confesser, après mettre son aile en ordre, qui y étoit depuis longtemps, et qui petilloit d'entrer en action. Pendant tous ces délais, Vaudémont marchoit le plus diligemment que la précaution le lui pouvoit permettre \ Les officiers généraux de notre gauche se récrioient. Montrevel-, lieutenant général le plus ancien d'eux, ne pouvant plus souffrir ce qu'il voyoit, pressa M. du Maine, lui remontra l'instance des ordres réitérés qu'il recevoit du maréchal de Villeroy, la victoire facile et sûre, l'importance pour sa gloire, pour le succès de Namur, pour le grand fruit qui s'en devoit attendre de l'effroi et de la nudité^ des Pays-Bas après la déroute de la seule armée qui les pouvoit défendre; il se jeta à ses mains, il ne put retenir ses larmes : rien ne fut refusé ni réfuté, mais tout fut inutile. M. du Maine balbutioit,

ne dévoient pas s'assembler devant moi. C'est pourquoi j'ai marché à eux, et les ai fait retirer tous séparés. Je ne sais s'ils feront quelque chose ; mais j'ai su, à n'en pouvoir douter, que l'épouvante est grande dans leur armée, et qu'ils fuyoient de dix lieues. »

1. Selon Gaignières (Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 475), M. de Vaudémont « amusa le maréchal duc de Villeroy avec des piques mises sur ses retranchements, des tambours et des trompettes qui battoient et sonnoient toujours, et quelques petites pièces de campagne qui tiroient, tandis qu'il se retira sous Gand. » Guillaume III lui écrivit : « Mon cousin, vous vous êtes montré plus grand maître dans votre art que si vous aviez gagné une bataille rangée, » (Macaulay, Histoire de Guillaume IH, tome III, p. 309.)

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