‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 210 sur 334 · Dans le manuscrit, cru, sans accord · texte numérisé non relu

Dans le manuscrit, cru, sans accord

2. « Le Roi, dit Dangeau (tome V, p. 240), passa toute la journée (du 15 juillet) dans l'attente d'un grand événement. La plupart des dames qui sont ici (à Marly) sont dans une, inquiétude mortelle, ayant presque toutes leurs maris, leurs enfants ou leurs frères dans cette armée. Il n'y eut ni jeu ni divertissement toute la journée. Sur les dix heures du soir, arriva l'écuyer du maréchal de Villeroy, qui mande au Roi que les ennemis s'étoient retirés avant qu'il les pût attaquer. Il les suit : il a fait charger quelques troupes qu'ils avoient à leur arrièregarde, par trois régiments de dragons. On leur a pris trois ou quatre drapeaux, etc. » Par une autre lettre, qui arriva le 17, le maréchal

^ annonça qu'il avait poursuivi l'ennemi en désordre jusque sous Gand, et que, s'il y eût eu deux heures de jour, c'en était fait de l'armée de Vaudémont. Nous reproduisons à l'Appendice, n^ VII, les deux lettres de Villeroy et deux billets du Roi, les seules pièces relatives à la journée du 14 juillet que nous ayons relevées au Dépôt de la guerre.

3. II n'y avait point de Gazelle de Hollande proprement dite, mais bien cinq feuilles périodiques qui s'imprimaient en français à Amsterdam, Leyde, Utrecht, la Haye et Rotterdam, et paraissaient tous les trois ou quatre jours, sans compter les autres publications moins régulières, quoique de genre analogue à des journaux, et les pièces volantes connues sous le nom de lardons. Nous avons expliqué, dans l'Avertissement préliminaire, quel usage l'histoire doit tirer de ces documents.

que ses blessures avoient arrêté le succès et sauvé M. de Vaudémont, et que M. du Maine avoit été emporté sur un brancard. Cette raillerie fabuleuse piqua le Roi; mais il le fut bien davantage de la gazette suivante, qui se rétracta du combat qu'elle avoit raconté, et ajouta que M. du Maine n'avoit pas même été blessée Tout cela, joint au silence qui avoit régné depuis cette journée, et au compte si succinct que le maréchal de Villeroy lui en avoit rendu, et sans chercher aucune excuse, donna au Roi des soupçons qui l'agitèrent.

La Vienne, La Vienne^, baigneur^ à Paris fort à la mode, étoit de-

'de™hambre^* venu le sien du temps de ses amours. Il lui avoit plu par

Sa fortune. des drogues qui l'avoient mis en état plus d'une fois de se satisfaire davantage, et ce chemin l'avoit conduit à devenir un des quatre premiers valets de chambre *. G'étoit

1. L'extrême rareté des gazettes et lardons de Hollande ne nous a pas permis de retrouver les deux feuilles auxquelles Saint-Simon fait allusion. Il n'y a rien de semblable dans la Gazette cV Amsterdam, la seule dont nous ayons un exemplaire complet pour cette année 1693.

2. François Quentin, dit de la Vienne (on prétendait que c'était un paysan originaire des bords de cette rivière), après avoir été barbierbaigneur, avait eu, le 7 décembre 1670, une des huit charges de barbier valet de chambre du Roi, pui^ en avait acquis trois autres, pour être toujours de quartier, et était devenu, en 1679, l'un des quatre premiers valets de chambre. Quoique sa charge lui donnât le titre d'écuyer et de conseiller du Roi en ses conseils, il se fit anoblir et acheta le marquisat de Champcenetz, en Brie. Il mourut au Louvre, le 11 août 1710, âgé de près de quatre-vingts ans. Voyez le Dictionnaire critique de Jal, p. 1013-1015, et les Papiers du P. Léonard, MM 828, fol. 91.

3. On trouvera des détails intéressants sur les baigneurs et sur les ressources que leurs maisons offraient aux courtisans, dans les Mémoires sur Mme de Sévigné, par Walckenaer, tome II, p. 37 et suivantes. Comme coiffeur de dames, la Vienne avait eu la vogue au temps où il était entré à la cour; une lettre de Mme de la Troche, de l'année 1671, nous apprend que ce fut lui qui inventa la coiffure à laquelle on a attaché le nom de la marquise de Sévigné. {Lettres, tome II, p. 145-147 et 199.)

4. Voyez la suite des Mémoires, tome I (éd. 1873), p. 499, et l'Addition au Journal de Dangeau, tome IX, p. 307. La Vienne remplaçait Chamarande depuis le 20 décembre 1679.

un fort honnête homme, mais rustre, brutal et franc, et cette franchise, dans un homme d'ailleurs vrai, avoit accoutumé le Roi à lui demander ce qu'il n'espéroit pas pouvoir tirer d'ailleurs, quand c'étoient des choses qui ne passoient point sa portée. Tout cela conduisit jusqu'à un voyage de Marly, et ce fut là oii il questionna la Vienne. Celui-ci montra son embarras, parce que, dans la surprise, il n'eut pas la présence d'esprit de le cacher. Cet embarras redoubla la curiosité du Roi, et enfin ses commandements. La Vienne n'osa pousser plus loin la résistance : il apprit au Roi ce qu'il eût voulu pouvoir ignorer toute sa vie, et qui le mit au désespoir. Il n'avoit eu tant* d'embarras, tant d'envie, tant de joie de mettre M. de Vendôme à la tête d'une armée, que pour y porter M. du Maine ; toute son application étoit d'en abréger les moyens en se débarrassant des princes du sang par leur concurrence entre eux. Le comte de Toulouse, étant amiral, avoit sa destination toute faite ; c'étoit donc pour M. du Maine qu'étoient tous ses soins. En ce moment, il les vit échouer'^, et la douleur lui en fut insupportable. Il sentit pour ce cher fils tout le poids du spectacle de son armée, et des railleries que les gazettes lui apprenoient qu'en faisoient les étrangers, et son dépit en fut inconcevable.

Ce prince, si égala l'extérieur et si maître de ses moin- [Add.S'-S.i22] dres mouvements dans les événements les plus sensibles^, succomba sous cette unique occasion. Sortant de table, à Le Roi, outré Marly, avec toutes les dames et en présence de tous les '' aii'eurs

''. . J^ . rompt sa canne

courtisans, il aperçut un valet du serdeau* qui, en desser- à Marly, sur

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