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Le confesseur du Roi ; voyez tome I, p. 47 et noie

par le Roi, avoit' été cause d'une aventure si singulière et si indécente.

Pour n'en pas faire à deux fois, ajoutons ici le mot de M. d'Elbeuf. Tout courtisan qu'il étoit, le vol que les bâtards avoient pris lui tenoit fort au cœur, et le repentir peut-être de son adoration de la Croix après MM. de Vendôme^. Comme la campagne vint ^ à son déclin, et les princes sur leur départ, il pria M. du Maine, et devant tout le monde, de lui dire où il comptoit de servir la campagne suivante, parce que, où que ce fût, il j vouloit servir aussi; et après s'être fait presser pour savoir pourquoi, il répondit que c'est qu'avec lui on étoit assuré de sa vie. Ce trait accablant et sans détour fit un grand bruit. M. du Maine baissa les yeux et n'osa répondre une parole : sans doute qu'il la lui garda bonne ; mais M. d'Elbeuf, fort bien avec le Roi, et par lui et parles siens, étoit d'ailleurs en situation de ne s'en soucier guère ^

Plus le Roi fut outré de cette aventure, qui influa tout sur ses affaires, mais que le personnel ^ lui rendit infiniment plus sensible, plus il sut de gré au maréchal de Villeroj, et plus encore Mme de Maintenon augmenta d'amitié pour lui". Sa faveur devint depuis éclatante, la jalousie de tout ce qui étoit le mieux traité du Roi, et la crainte même des ministres.

1. Saint-Simon a écrit estoit; puis, sans remplacer cet auxiliaire par avoit, il a ajouté esté en interligne.

2. Ci-dessus, p. 259. — 3. Vint est substitué, par surcharge, à es[ioit].

4. A la suite de guère sont bifTés ces mots : « Ni l'un ni l'autre n'ont pas servi depuis. » — A la ligne suivante, il y a bien tout, après influa.

5. Le personnel, neutralement, ce que l'aventure avait de personnel pour le duc du Maine et, par suite, pour le Roi.

6. La Gazette d Amsterdam dit, dans son Extraordinaire xciii (de Paris, 14 novembre 1695) : « On voit un grand retour dans les esprits en faveur du maréchal de Villeroy, à quoi ne contribue pas peu le témoignage que lui rendent les ofBciers qui sont revenus de l'armée, parce que, encore que le Roi l'eût déjà justifié, et que son jugement soit décisif, l'autre n'en est pas moins persuasif. Ainsi l'on ne doute plus que

Reddition de la ville de

Le fruit amer de cet événement en Flandres fut la prise Namui\ de la ville de Namur, qui capitula le 4 août, après [vingtquatre'] jours de tranchée ouverte^. Le prince d'Orange, pour éviter les difficultés de ce que le Roi ne le reconnoissoit point^, ne parut en rien, ni par conséquent le maréchal de Bouftlers, et tout se passa sous leur direction, et à peu près comme ce dernier le demanda, entre l'électeur de Bavière etGuiscard, qui signèrent. Maulévrier*, fils aîné du lieutenant général mort chevalier de l'Ordre, Vieuxce générai ne commande la campagne prochaine.... » Comparez les Papiers du P. Léonard, MM 828, fol. 106 v». On fit beaucoup valoir l'impossibilité de forcer l'armée assiégeante, en nombre égal et dans une position redoutable : Villeroy avait ainsi épargné un carnage inutile, et, revirement bien facile à expliquer, cette considération lui valut l'amour des soldats ; mais, dans le public, on continua de blâmer son inaction, condamnée également, à ce qu'il semble, par certains hommes de guerre. Voyez le Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 530, et un pamphlet du temps intitulé le Conseil privé de Louis le Grand, p. 34. Saint-Simon reviendra plusieurs fois sur la faveur extraordinaire du maréchal de Villeroy (tome IX, p. 248 et 2o0, tome XI, p. 219, etc.).

1. Le chiffre est en blanc dans le manuscrit. La tranchée avait été ouverte dans la nuit du 11-12 juillet; c'est donc vingt-quatre jours.

2. Le détail des opérations du siège se trouve dans le volume spécial publié par le Mercure, en octobre 1693. La Gazette d'Amsterdam fournit beaucoup de particularités intéressantes, le texte des capitulations, etc. Les Mémoires de Feuquière (tome lY, p. 249 et suivantes) sont très-défavorables à la défense, au maréchal de Boufflers, qui n'aurait point montré les connaissances nécessaires (plus tard, après sa glorieuse défense de Lille, on excusa celle de Namur par cette considération qu'il s'y était trouvé comme sous la tutelle de l'ingénieur Mesgrigny), et aux ingénieurs, qui auraient mal refait les fortifications, sous la direction de Vauban, en 1692. C'était la première place contre laquelle le prince d'Orange n'eût pas échoué. Par un retour curieux des choses, l'armée de secours du maréchal de Villeroy fut aussi inutile que l'avait été celle de Guillaume trois ans auparavant, avec cette différence que celui-ci se garda, en 1693, de courir lesrisques d'une bataille, tandis que Luxembourg l'avait offerte en 1692.

3. Comparez Dangeau, tome V, p. 233 et 237. L'année précédente {ibidem, p. 61), Guillaume n'avait pas trouvé mauvais qu'un colonel français, prisonnier dans son armée, lui refusât le traitement de roi. On sait qu'il ne lut reconnu qu'après la paix de Ryswyk.

4. Jean-Baptiste Colbert, fils aîné du comte de Maulé\'rier (tome I,

[1695] DE SAINT-SIMOlN. 325

bourg', gendre de Harlay^, conseiller d'État, qui l'étoit de Boucherat, chancelier de France, et Morstein^, tous^ trois colonels d'infanterie, et de grande espérance, y furent tués^ Ce dernier étoit fils du grand trésorier de Polo- [Add.S'-S. 1-231 gne, qui avoit autrefois été ambassadeur ici*"'. Il s'étoit fort enrichi et avoit excité l'envie de ses compatriotes : la peur qu'il eut d'être poussé^ le fit retirer en France avec sa femme, ce fils unique, et quantité de richesses. Elles séduisirent le duc de Chevreuse, qui n'avoit rien à donner à ses filles : il en donna une^ au jeune Morstein, dont

p. 420), avait débuté à la cour en février 1688, et avait été officier au régiment du Roi avant de commander celui de Navarre.

1. Louis de Vieuxbourg, marquis de Mienne, ancien capitaine de chevau-légers, colonel du régiment de Beauvaisis depuis 1685, avait épousé, le 7 mai 1693, sa cousine germaine Mlle de Harlay-Cély. Ils étaient l'un et l'autre petits-enfants du chancelier.

2. De Harlay corrige du coniseiller}. — 3. Voyez tome I, p. 268. 4. Tous a été substitué à un premier trois.

6. Comparez les Lettres de Sévigné, tome X, p. 300 : « Toutes les pensées sont du côté de Namur ; ces derniers tués ont jeté une consternation qui ne laisse plus de joie ici.... » Les trois colonels avaient péri dans la même sortie, le 18 juillet (Dangeau, tome V, p. 246).

6. Jean-André, comte de Morstein et de Chàteauvillain, marquis d'Arc-en-Barrois, seigneur de Montrouge près de Paris, sénateur et grand trésorier de la couronne de Pologne (sur cette charge, voyez les Mémoires de Lmjnes, tome VII, p. 70-71), ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en France, mourut à Paris, le 8 janvier 1693, âgé de quatre-vingts ans. Sa femme, Catherine-Geneviève de Gordon de Huntley, était morte aussi à Paris, le 12 mars 1691. Ils habitaient un bel hôtel du quai des Théatins, dont parlent les descriptions de Paris; mais M. de Morstein passait pour fort parcimonieux, ce qui l'a fait reconnaître dans les Caractères (tome I, p. 266 et 503-504) : « L'avare dépense plus, mort, en un seul jour, qu'il ne faisoit, vivant, en dix années ; et son héritier plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-même en toute sa vie. »

7. Pour cekemploi de pousser, voyez, dans le Dictionnaire de M. Littré, l'article de ce verbe, 20", et un exemple dans les Mémoires de Gourville (p. 530) : « Au cas que M. le Cardinal le voulut pousser. »

8. Marie-Thérèse d'Albert de Luynes, née le 11 janvier 1673, épousa : 1° le 2 avril 1693, Michel-Albert de Morstein ; 2° le 4 août 1698, le comte de Sassenage (ci-dessus, p. 208). Elle mourut le 5 février 1743.

le monde fut assez surpris. Par l'événement, il avoit bien fait : ce jeune homme, s'il eût vécu, eût été un grand sujet en tous genres'. Je le regrettai fort, et Maulévrier, qui étoient fort de mes amis. Nous n'avons* guère perdu que douze cents hommes ; tout ce qui étoit sain se retira au château.

Deyuze et Montai cependant avoit pris Dixmude et Deynze^, et,

Dixmude pris. ordre du Roi, en avoit retenu les garnisons : c'est-

Bruxelles f ,, ' . ., ^ ,

fort bombardé, a-dire que, s étant rendues prisonnières de guerre, on n'avoit pas voulu les échanger. Le maréchal de Yilleroy bombarda aussi Bruxelles, qui fut fort maltraité, en représailles de nos côtes \ Ensuite il eut ordre de tenter tout pour le secours de Namur; mais l'occasion, qui estcJiauve, ne revient plus. Il trouva les ennemis si bien retranchés sur la Mehaigne^, qu'il ne put les attaquer. Il la longea, et, chemin faisant, il la fit passer aux brigades de cavalerie

1. Ce jeune homme, dit le Mercure (juillet 169o, p. 326j, allait à toutes les occasions, « pour faire un journal du siège. »

2. Ce présent « avons » trahit encore un emprunt fait au Journal de Dangeau, tome V, p. 257.

3. Saint-Simon a déjà annoncé en quelques mots, p. 311, la prise de ces deux places.

4. La cour de France eut soin d'insister sur ce caractère de représailles légitimes ; on prétendit cependant que le Roi n'avait pas osé communier le 13 août pendant que son armée bombardait Bruxelles. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 244 et 237-262; la Gazette, p. 392-393 et 396, et la Gazette d'Amsterdam, p. 269 et 274, Extraordinaires lxvii et lxix. En trois jours, du 13 au 13 août, Bruxelles reçut cinq mille bombes et douze cents boulets rouges ; plus de deux mille cinq cents maisons et douze ou treize édifices religieux furent brûlés, cinq ou six cents personnes tuées. « Jamais, dit Berwick, on ne vit un spectacle plus affreux, et rien ne ressembloit mieux à ce qu'on nous raconte de l'embrasement de Troie. » (Mémoires de Berwick, p. 342. )Le duc du Maine se montra beaucoup à la tranchée, à cause de ses fonctions de grand maître de l'artillerie, ou pour effacer la mauvaise impression de Deynze, et il fit jeter lui-même la première bombe. Voyez la relation du Mercure, août 1693, p. 307-327.

S. Rivière qui prend sa source dans la province de Namur et va se jeter dans la Meuse, après un cours de cinquante-neuf kilomètres.

de Praslin et de Sousternon', qu'il lâcha sur une quarantaine d'escadrons des ennemis dont ces brigades se trouvèrent le plus à portée, et qui les poussèrent fort vivement^. Praslin s'y distingua fort, et Villequier y eut une main estropiée : cette blessure lui fit moins d'honneur sur les lieux qu'à la cour. Mais tout cela ne fut qu'une échaufîourée : le secours demeura impossible, l'armée s'éloigna, et le château, après avoir pensé être emporté aux deux derniers assauts, capitula^, pour sortir le 5 septembre, n'y ayant pas trois mille hommes en santé de toute la garnison *.

La capitulation fut honorable, traitée et signée comme celle de la ville ^. La difficulté fut pour la sortie du maréchal de Boufiflers : il en faisoit une grande, avec raison, de saluer l'électeur de Bavière de l'épée^, et n'en auroit

Reddition

du château de

Namur.

1. Antoine d'Aix de la Chaise, comte de Sousternon, neveu du confesseur du Roi, avait débuté aux mousquetaires en 1673. Devenu mestre de camp de cavalerie en 1691, brigadier et inspecteur en 1694, et capitaine des gardes du comte de Toulouse, dont il commandait le régiment, il passa maréchal de camp en 1702, lieutenant général en 1704, et mourut subitement le 26 juillet 1720.

2. On vanta beaucoup la conduite du duc du Maine dans cette occasion, où il eut un cheval tué sous lui, et Dangeau en parle avec éloges dans l'article que Saint-Simon suit en ce moment (tome V, p. 270) ; mais notre auteur s'est gardé de prononcer le nom du jeune prince. D'ailleurs, le comte de Toulouse, Monsieur le Duc et le prince de Conti s'y comportèrent fort bien aussi {Mercure, août 169S, p. 341).

3. Ici ont été biffés les mots : « le S septembre », récrits plus loin.

4. Le siège avait été fort meurtrier d'un bout à l'autre. Le l^r septembre, « le carnage fut si grand qu'il n'y en a point es de pareil en Europe depuis plus d'un siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, neuf mille hommes tués ou blessés, et les nôtres trois mille. » {Gazette, p. 433.) L'avant-veille, 30 août, les assiégeants avaient déjà perdu six mille hommes. Après soixante-sept jours de siège, la capitulation fut signée le 2 septembre, et le château remis le 3. Coehorn avait parié contre l'Électeur que la place tomberait le 31 août.

5. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 271 et 274, et la Gazette (V Amsterdam, p. 287, et Extraordinaires lxxiii à lxxvi.

6. Suivant le Journal du siège de Namur (p. 270-271) publié par le

pu faire au prince d'Orange, s'il avoit été reconnu. Enfin il fallut s'y résoudre, parce que ce dernier voulut au moins rendre le salut équivoque. Pour cela, l'Électeur se tint toujours à son côté, et n'ôtoit son chapeau qu'après que le prince d'Orange avoit ôté le sien, qui, par cette affectation, marquoit qu'il recevoit le salut et que l'Électeur ne se découvroit ensuite que parce que lui-même étoit découvert. Cela se passa donc de la sorte à l'égard du maréchal, puis de Guiscard, sans mettre pied à terre', et de tout ce qui les suivit^. Les compliments se passèrent entre l'Électeur et eux, et le prince d'Orange ne s'y mêla point, parce qu'il n'auroit point eu de Sire ni de Majesté; mais l'Électeur lui rapportoit tout, ne lui parloit jamais que le chapeau à la main^ ; le prince d'Orange se contentoit de se découvrir quelquefois seulement, et peu, pour lui parler ou pour lui répondre, et le plus souvent^ sans se découvrir.

Un quart d'heure^ après que le maréchal de Boufflers eut passé devant eux, et qu'il suivoit son chemin, entre-

Mercure, Boufflers refusait de saluer Monsieur de Bavière, « disant honnêtement qu'un homme de son caractère ne saluoit que le Roi. »

1. « Sans mettre pied à terre » est ajouté au-dessus de la ligne.

2. Dangeau dit (tome V, p. 274) : « M. de Boufflers et M. de Guiscard avoient signé tous deux la capitulation du château, Monsieur de Bavière l'avoit signée ; le prince d'Orange n'a pas signé, pour éviter les contestations qu'il y auroit eu sur le titre de roi. Il vouloit pourtant être salué par M. de Boufflers, qui n'a voulu saluer que Monsieur de Bavière, en passant à la tête de la garnison ; mais M. le prince d'Orange et Monsieur de Bavière étoient l'un auprès de l'autre, si bien qu'on a pu prendre le salut pour l'un comme pour l'autre. {En note : M. de Boufflers et M. de Guiscard saluèrent de l'épée, à cheval, sans mettre pied à terre.) »

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