‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 224 sur 334 · Dans le manuscrit, leur pas · texte numérisé non relu

Dans le manuscrit, leur pas

4. Voyez ci-dessus, p. 348. L'abbé le Gendre (Mémoires, t^. 198-200) raconte en offet que cette assemblée fut fatale h son président, et que, se voyant abandonné, conspué de tous, il ne lui resta qu'à se retirer à Conflans. « L'État, dit son panégyriste, perdit en lui un bon citoyen, le Roi un serviteur zélé, le clergé son oracle et son principal ornement. C'étoit un homme rare : il faut des siècles entiers pour en former un de sa force. » — L'article suivant de la Gazette d'Amsterdam (Extraordinaire Lxvi) explique d'où venait le ressentiment de l'assemblée contre son président : « Quelques grandes qualités qu'eût le défunt archevêque de Paris, il a été peu regretté de la plupart des députés qui composoient la dernière assemblée, et encore moins des autres ecclésiastiques, qui ont connoissance que ce fut lui qui opina pour l'établissement de la capitation sur tous les ecclésiastiques du Royaume, sans aucune exception, de la manière qu'il a été résolu. Il y eut plusieurs députés qui s'y opposèrent, et, entre autres, l'évêque d'Orléans, qui étoit bien d'avis de l'établissement de cette capitation en faveur du Roi, mais qui vouloit qu'on la fît tomber principalement sur ceux qui possèdent les plus gros

Elle finit avec le mois de juillet ; aussitôt après, il s'alla reposer à Conflans. La duchesse de Lesdiguières n'y couchoit jamais, mais elle y alloit toutes les après-dînées, et toujours tous deux tous seuls. Le 6 août, il passa la matinée à son ordinaire jusqu'au dîner. Son maître d'hôtel vint l'avertir qu'il étoit servi. Il le trouva dans son Sa mort. cabinet, assis sur un canapé et renversé : il étoit mort'. Le P. Gaillard fit son oraison funèbre à Notre-Dame^. La matière étoit plus que délicate, et la fin terrible ; le célèbre jésuite prit son parti : il loua tout ce qui méritoit

bénéfices, dont il offroit de payer sa part et d'en décharger tous les ecclésiastiques qui ont de la peine à subsister de leurs bénéfices ou de ce qu'ils gagnent en servant l'Église.... » M. de Harlay avait fait fixer le chiffre de la contribution à quatre millions par an, et l'on prétendit ensuite que le Roi se serait contenté de deux. Selon la même gazette (Extraordinaire lxv), on fit remarquer que la mort de l'Archevêque suivit presque immédiatement cette délibération, et que celui qui avait fait faire tant de confessions et de communions forcées, mourait sans aucun sacrement. Voyez aussi le Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 505 et suivantes.

1. La Gazette (V Amsterdam (1695, p. 258) raconte ainsi cette mort : « M. l'archevêque de Paris mourut assez subitement dans sa belle maison de Conflans. Il lui prit une foiblesse en se promenant le matin dans son jardin, ce qui l'obligea de se faire apporter un peu de vin et de se retirer dans son cabinet, où il ordonna qu'on le laissât reposer, et qu'on le fit dîner entre midi et une heure. Lorsqu'on le vint avertir, il ne répondit point, ce qui fit craindre quelque accident ; après plusieurs coups redoublés, on força la porte, et on fut bien surpris de le trouver sans connoissance, étendu sur un lit de repos. On envoya d'abord chercher du secours, qui arriva trop tard, puisqu'il ne fut pas possible de le faire revenir de cette apoplexie, qui l'emporta sur les cinq heures du soir. Son corps a été apporté en cette ville, pour être exposé sur un lit de parade avec les ornements pontificaux. » Mme de Coulanges, dans une lettre à Mme de Sévigné (Lettres de Sévigné, tome X, p. 305), raconte que Mme de Lesdiguières a été présente à « ce spectacle, » et qu'elle est « médiocrement affligée ; » mais l'abbé le Gendre {Mémoires^ p. 200) dit, comme Saint-Simon , que l'Archevêque était absolument seul. Comparez un long article du Mercure, août 1695, p. 262-280.

2. Le service eut lieu le 11 août ; trente-neuf prélats y assistèrent» et l'évêque de Noyon figura en tête des amis du défunt.

de l'être, puis tourna court sur la morale. 11 fit un chefd'œuvre d'éloquence et de piété*.

Le Roi se trouva fort soulagé, Mme de Maintenon en- Sa dépouille. core davantage ^ Monsieur de Reims ^ eut sa place de proviseur de Sorbonne^, Monsieur de Meaux^ celle de supérieur de la maison de Navarre ''j et Monsieur de Noyon

1. La Gazette d'Amsterdam (Extraordinaire xcvi) est du même avis que Saint-Simon, sur le P. Gaillard : « On trouve, dit-elle, qu'il s'en est tiré d'autant plus habilement, que la matière qu'il a traitée n'est pas du nombre de celles qui ne laissent presque rien à faire à l'orateur. » Le mot de Mme de Coulanges est bien connu : « On prétend qu'il n'y a que deux petites bagatelles qui rendent cet ouvrage difficile : c'est la vie et la mort. » Dans une autre lettre, elle raconte comment le P. Gaillard ne se décida à parler que sur les instances du premier président et du P. de la Chaise, et comment aussi il imagina de « tourner tout en morale. » (Lettres de Sévigné, tome X, p. 30o, 312 et 336.) Seul, l'abbé le Gendre (Mémoires, p. 201) est indigné de l'oraison funèbre; il en qualifie l'auteur de « pitoyable rhéteur » et de « demi-jésuite. » Cet abbé se hâta de faire imprimer un éloge de l'Archevêque, dont on trouvera également le panégyrique dans les Éloges historiques des évêqiies et archevêques de Paris (par Etienne Algay de Martignac), publiés en 1698.

2. L'abbé le Gendre (Mémoires, p. 202) prétend qu'elle courut à Saint-Cyr, faire des prières pour que le futur archevêque n'eût rien du défunt.

3. Charles-Maurice le Tellier, archevêque de Reims ; tome I, p. 64.

4. La maison de Sorbonne, fondée au treizième siècle, là même où siègent aujourd'hui trois facultés de l'Université, était le centre le plus renommé des études théologiques. Ses bâtiments avaient été reconstruits de fond en comble par Richelieu. Elle était dirigée par un proviseur, qui avait sous ses ordres un prieur pour la police, quatre docteurs pour la conservation des statuts, et des procureurs pour l'administration financière. La Sorbonne conférait les grades de bachelier, de licencié et de docteur en théologie, après des préparations très-longues et des épreuves très-sérieuses. On peut voir dans les Mémoires de Chois]} (p. 658-659) comment M. de Harlay avait été nommé proviseur en 1671 ; l'archevêque de Reims fut élu à sa place, d'une voix unanime, le 20 août 1695, « tant par égard à sa science et à son goût pour les gens de lettres, qu'aux grandeurs de ses dignités. » (Gazette, p. 407.)

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