Devant exposer, s' a été substitué à
ne sert plus.
Forte picoterie
des
Princesses.
parler lui-même au maréchal, et chargea M. de la Rochefoucauld, son ami le plus intime de tous les temps, de le lui faire entendre, et détacher surtout qu'il ne s'opiniâtrât point là-dessus à vouloir lui parler ni lui écrire. M. de la Rochefoucauld vint donc dîner chez lui à Paris, et, après le diner, le prit en particulier avec la maréchale. Ce compliment leur parut amer. M. le maréchal de Lorge se croyoit en état de commander l'armée : il voulut une audience du Roi, et il l'eut. Tout s'y passa avec toutes sortes d'égards et d'amitiés du Roi ; mais il ne put changer de pensée, et M. de Lorge s'y soumit de bonne grâce, quoique très-peiné de devenir inutile, surtout par rapport à moi et à ses neveux*. Nous en fûmes aussi fort affligés, par la différence infinie que cela faisoit pour nous à l'armée, et à la considération même partout ailleurs.
Peu de jours après ^ nous fûmes d'un voyage de Marly^, qui fut pour moi le premier*, où il arriva une singulière
1. Dangeau rapporte les choses ainsi : « Lundi, 2 janvier 1696, à Versailles. Le Roi a parlé à M. le maréchal de Lorge avec beaucoup de bonté : il lui a témoigné être fort content de lui, et lui a dit qu'il étoit bien fâché que sa mauvaise santé le mît hors d'état de commander cette année son armée d'Allemagne comme à l'ordinaire.... M. le maréchal de Lorge n'avoit point prié le Roi de le dispenser de cet honneur-là. » {Journal, tome V, p. 340.)
2. Ceci est une erreur de chronologie, car la scène dont va parler Saint-Simon, se place, selon Dangeau (tome V, p. 316), à la date du 2 décembre 1693, avant même le retour de M. et Mme de Lorge.
3. Saint-Simon dira ailleurs (tome XII, p. 83) quelles furent les origines des Marly, et (tome VII, p. 399) quelles réformes le Roi dut y apporter en 1710, en ce qui touchait les dames et les soupers.
4. Nous avons déjà dit, p. 273, note 2, que, selon Dangeau et la Gazette d'Amsterdam, Saint-Simon avait paru pour la première fois à Marly le 24 avril 1693, peu de temps après son mariage, avec d'autres courtisans qui, comme lui, « n'avoient pas accoutumé d'y être. » Il est vrai que le même Dangeau, à la date du 30 novembre 1693 (tome V, p. 315), dit de nouveau : « Le Roi a amené ici (à Marly) le duc de Saint-Simon et le duc d'Humières, qui n'avoient pas accoutumé d'y être. » C'est sans doute cette seconde mention du Journal qui a induit Saint-Simon en erreur sur son propre compte.
ri69ol DE SAINT-SIMON. 369
scène. Le Roi et Monseigneur y tenoient chacun une table à même heure et en même pièce, soir et matin; les clames s'y partageoient sans affectation, sinon que Mme la princesse de Conti étoit toujours à celle de Monseigneur, et ses deux autres sœurs toujours à celle du Roi. Il y avoit dans un coin de la même pièce cinq ou six couverts, où, sans affectation aussi, se mettoient tantôt les unes, tantôt les autres, mais qui n'étoit tenue' par personne. Celle du Roi étoit plus proche du grand salon, l'autre plus voisine des fenêtres et de la porte par où, en sortant de dîner, le Roi alloit chez Mme de Maintenon, qui alors dînoit souvent à la table du Roi, se mettoit vis-à-vis de lui (les tables étoient rondes), ne mangeoit jamais qu'à celle-là, et soupoit toujours seule chez elle. Pour expliquer le fait, il falloit mettre ce tableau au net^.
Les^ Princesses n'étoient que très-légèrement raccom- [Add. S'-S 130] modées, comme on l'a vu plus haut\ et Mme la princesse de Conti intérieurement de fort mauvaise humeur du goût de Monseigneur pour la Choin, qu'elle ne pouvoit ignorer, et dont elle n'osoit donner aucun signe^. A un dîner pendant lequel Monseigneur étoit à la chasse*^, et où sa table étoit tenue par Mme la princesse de Conti, le Roi s'amusa à badiner avec Madame la Duchesse et sortit de cette gravité qu'il ne quittoit jamais \ pour, à la surprise
1. Ce féminin est un accord avec l'idée de table rendue plus haut.
2. On peut se reporter au plan de l'intérieur de Marly gravé chez Mortin, quoiqu'il soit postérieur de plusieurs années à 1695. Saint- Simon donnera ailleurs d'autres détails, tozne V, p. 326-327.