‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 241 sur 334 · Dans le manuscrit, fait, sans accord · texte numérisé non relu

Dans le manuscrit, fait, sans accord

5. Voyez ci-dessus, p. 186, l'épisode Clermont-Chaste et Choin.

6. Nous devons rapprocher de ce récit celui qui se trouve dans les commentaires du Chansonnier de Gaignières (ms. Fr. 12 692, p. 1-3). On se demandera peut-être si Saint-Simon n'aurait pas eu communication soit du Chansonnier, soit des notes de Gaignières et de son secrétaire Barthélémy Remy, et s'il ne s'en serait pas inspiré, plutôt que de ses propres souvenirs, à moins toutefois qu'on ne suppose l'anecdote racontée par lui, spectateur et auditeur, à son ami Gaignières. Du reste, Dangeau fait des allusions à cette scène de Marly qui prouvent qu'elle

Madame la Duchesse, qui, avec bien de la grâce et de l'esprit, a l'art des chansons salées ^ en fit d'étranges sur ce même ton. Mme la princesse de Conti, au désespoir, et

fit du bruit à la cour et à la ville ; mais lui est d'autant plus discret dans ses notes, que sa femme, se trouvant alors à Meudon avec Monseigneur, dut tout savoir de première main. « La cour, dit Gaignières, étoit allée passer quelques jours au château de Marly ; là le Roi traitoit toutes les dames. Il y avoit quatre tables dans le salon. Le Roi en tenoit une, où étoit la duchesse de Bourbon ; Monseigneur, dauphin de France, en tenoit une autre, où étoit la princesse douairière de Conti. On fut assez gaillard à la table du Roi, chose rare, à cause d'un assez bon vin qu'on y avoit apporté. La table du Roi s'étant levée la première. Sa Majesté s'approcha de celle de Monseigneur, et demanda si l'on y avoit aussi bien fait son devoir qu'à la sienne. La princesse de Conti, qui étoit naturellement aigre, qui avoit peu d'esprit, et qui n'aimoit pas Madame la Duchesse, répondit qu'on avoit médiocrement bu, et qu'on ne l'appelleroit pas sac à vin. Cela fut rapporté à Madame la Duchesse, qui prit ce mot de sac a vin pour elle, et qui dit qu'elle n'étoit pas, pour elle, un sac à ordure. Autre délateur ou étourdi redit ceci à la princesse de Conti : tant et si bien que ces princesses s'aigrirent, et que Madame la Duchesse fit la chanson suivante :

.... Vous ai-je ôté la tendresse De quelque garde du Roi?

.... La princesse douairière de Conti avoit aimé le comte de Clermont de Chaste, enseigne des gendarmes du Roi, dès le temps qu'il étoit exempt des gardes du corps.... Ce gentilhomme aimoitMlle Choin, sa fille d'honneur, et jouoit la princesse de Conti. Madame la Duchesse rappelle cette aventure et lui dit que ce n'est pas elle qui lui a ôté la tendresse de Clermont, qu'elle appelle simplement j/a/de rfzt /?o?.,.. D'autres veulent que l'auteur veuille parler ici du comte de Sassenage, exempt des gardes du corps du Roi. » — Quant à l'épithète de sac à vin, appliquée à la duchesse de Chartres, elle ne s'accorde que trop avec ce que Madame écrit de sa belle-fille, le 7 mars 1696 : « La femme de mon fils est une dégoûtante créature ; elle s'enivre comme un sonneur trois ou quatre fois par semaine. » [Lettres nouvelles, traduites par M. Rolland, p. 157.) Voyez d'ailleurs l'autre épisode que Saint-Simon raconte immédiatement après celui-ci.

1. Voyez ci-dessus, p. 182, note 5. La Beaumelle a consacré quelques pages de ses Mémoires sur Mme de Maintenon, éd. 1756, tome IV, p. 217-220, au caractère insolent de la duchesse et à son goût pour le plaisir.

qui n'avoit pas les mêmes armes', ne sut que devenir. Monsieur, le roi des tracasseries, entra dans celle-ci*, qu'il trouva de part et d'autre trop forte. Monseigneur s'en mêla aussi ^ : il leur donna un dîner à Meudon, oii Mme la princesse de Conti alla seule, et y arriva la première; les deux autres y furent menées par Monsieur. Elles se parlèrent peu, tout fut aride, et elles revinrent de tous points comme elles étoient allées.

La fin de cette année fut orageuse à Marly. Mme la duchesse de Chartres et Madame la Duchesse , plus ralliées par l'aversion de Mme la princesse de Conti, se mirent, au voyage suivant \ à un repas rompu % après le coucher du Roi, dans la chambre de Mme de Chartres" au châ-

1. L'aigreur de la fille de Mlle de la Vallière contre Madame la Duchesse semblait s'augmenter à mesure que, perdant ses appas, elle voyait toute la gaieté aller à sa rivale. Si son esprit ne lui fournissait pas les « mêmes armes » pour riposter aux chansons, elle sut cependant trouver des défenseurs pour faire courir cette réponse :

Vous mettez donc votre vertu.

Votre esprit et votre sagesse A qui s'enivrera le plus; Mais, croyez-moi. Duchesse, La femme qui se prend de vin Ne peut être modeste; Elle est des laquais le butin Et des soldats le reste.

2. Saint-Simon a écrit par mégarde cellij; cinq lignes plus loin, il a corrigé ard en arid[e].

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