‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 265 sur 334 · Dauphiné et comté d'Auvergne · texte numérisé non relu

Dauphiné et comté d'Auvergne

(Page 202.)

10 février 169o. — Il y a en Auvergne deux terres très-ordinaires, mais de nom fort singulier. Elles sont le dauphiné d'Auvergne et le comté d'Auvergne, qui n'ont aucune distinction dans la province même, ni aucune étendue remarquable ; mais ces noms ont eu du prix pour MM. de Rouillon, qui ont rarement laissé sortir de chez eux le comté d'Auvergne depuis qu'il y est entré, et l'ont recouvré le plus tôt qu'il leur a été possible, par l'échange de Sedan. C'est de cette terre que le frère de M. le cardinal et de M. le duc de Bouillon a porté toute sa vie le nom de comte d'Auvergne, qui, faute d'en savoir le fait, a ébloui les gens.

Le dauphiné d'Auvergne a été longtemps dans la branche de Bourbon-Montpensier, dont l'héritière fut première femme de Gaston et mourut en couches de la grande Mademoiselle, laquelle fit Monsieur son légataire universel. C'est à ce titre que cette terre lui échut, et qu'il voulut après la vendre. Le cardinal de Bouillon n'ignoroit pas que plus d'un fils aîné de ces branches de Bourbon-Montpensier avoient, du vivant de leur père, porté le nom de prince-dauphin d'Auvergne, et avoient été souvent appelés par abréviation prince-dauphin. Aussi n'oublia-t-il rien pour avoir cette terre, et en offrit tout ce que Monsieur en voudroit; mais le Roi, qui connoissoit bien le Cardinal, s'y opposa jusqu'à le défendre à Monsieur, et lui dit que sûrement le Cardinal ne manqueroit pas d'en faire porter le nom à quelqu'un de ses neveux, et qu'il étoit plus court, en ne la lui vendant pas, de l'en mettre hors de portée.

9o. Mort du marquis d'Arcy.

7 juin 1694. — M. d'Arcy avoit eu affaire, en M. de Chartres, à un prince d'une vraie valeur, et, l'ayant bien tâté et reconnu, il lui en fit tirer tout l'avantage en prenant tout sur soi à Leuze contre M. de Luxembourg, qui le vouloit faire demeurer au mont Pagnotte, et à Nerwinde, où il fit merveille. M. de Chartres ne l'a jamais oublié, s'en est souvenu avec ce qui en est resté, et même jusqu'à ces (sic) domestiques, et en parloit toujours avec amitié et vénération. Il fit en lui une grande et trop prompte perte.

96 et 97. Bons mots et lâcheté du comte de Tonnerre. (Page 208.)

'2 janvier 1G94. — Tonnerre, homme de grande maison et à bons mots, mais d'ailleurs peu estimé, avoit souvent dit, parlant de la maison de Monsieur, comme font les laquais d'une mauvaise condition, qu'il ne savoit pas ce qu'il faisoit de demeurer dans cette boutique-là, parce que Monsieur étoit la plus sotte femme, et Madame le plus sot homme du monde.

31 octobre 1703. — Ce comte de Tonnerre, frère de l'évèque de Langres et neveu de l'évêque-comte de Noyon, étoit si déshonoré sur le courage qu'on l'auroitété d'avoir affaire à lui, quoi qu'il dît. 11 proposa un jour des coups de bâton, au jeu, à Barbançon-Nantouillet, premier maître d'hôtel de Monsieur, si connu par son esprit et ses chansons. Nantouillet, sans s'émouvoir, ne fit que lui répondre qu'il abusoit par trop du mépris qu'on avoit pour lui. La compagnie n'en fit que rire, et il n'en fut autre chose. Il en emboursoit ' souvent de semblables, et étoit menteur et tracassier; mais, avec cela, beaucoup d'esprit, et souvent des mots excellents. Il en dit un sur la cour oii il étoit, qui ne mourra jamais. « Je ne sais pas, dit-il, ce que je fais dans cette boutique, car Monsieur est la plus sotte femme de France, et Madame le plus sot homme que j'aie jamais vu. » Ils le surent, et pensèrent le chasser. Une autre fois qu'il s'agissoit de quelque affaire de finance au Palais-Royal, dont Boisfranc, qui les avoit administrées, avoit grand'peine à se tirer : « Le voilà bien empêché, dit Tonnerre ; il n'a qu'à donner cinquante mille écus au marquis d'Efifiat, cent mille écus au chevalier de Lorraine, et cent écus à Monsieur, et son affaire sera faite. Il aura encore un bon million qui lui en restera, pour boire. » La vérité étoit que les affaires s'y terminoient à peu près sur ce taux.

98. Mauvais service rendu par Genlis au maréchal de Noailles.

12 octobre 1694. — Ce Genlis étoit un homme sans bien et sans fortune, qui s'adonna à M. de Noailles, et qui gagna son amitié au point de donner jalousie à toute cette petite armée. Il lui procura régiment, argent et gouvernement, en deux ou trois campagnes. Il y avoit des difficultés pour le siège de Barcelone, parce que Barbezieux, brouillé avec Noailles, ne le vouloit point. Le Roi en mouroit d'envie ; et en effet, après le succès de la campagne, il étoit aisé et sur. Genlis avoit ordre d'arriver droit chez le Roi, et de ne voir point Barbezieux qu'il n'eût tout dit au Roi et discuté avec lui ; et cela eût perdu Barbezieux. Il sut l'envoi, fit guetter Genlis, et se le fit amener tout droit. Il le cajola tant, et lui fit tellement sentir la différence de l'amitié du secrétaire d'État

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