‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 316 sur 334 · Dépôt de la guerre, vol. 1310, n" 156 et · texte numérisé non relu

Dépôt de la guerre, vol. 1310, n" 156 et

remets votre armée en ordre, et je vais suivre toute la nuit la marche des ennemis de plus près qu'il me sera possible, afin d'être en état, demain au matin, de profiter de ce qui restera de leur arrière-garde. Comme je ne sais encore s'ils prennent le chemin de Gand ou de passer la Lys, je ne puis répondre à Votre Majesté de ce qui arrivera; mais je puis l'assurer que je ne perdrai pas un moment pour profiter du désordre et de l'épouvante où il me paroît que sont les ennemis. J'aurai l'honneur d'écrire à Votre Majesté demain plus au long. Le courrier que Votre Majesté m'a renvoyé, est arrivé comme nous suivions les ennemis : je n'ai pu lire mes dépêches. Tout ceci se dispose de manière que j'espère que les ordres de Votre Majesté seront accomplis exactement. M. le duc du Maine, qui commandoit l'aile gauche, fort séparé de la droite, ayant été averti de la retraite des ennemis, s'est mis en marche aussitôt que la droite, et est entré dans le retranchement des ennemis pour nous venir joindre. Mgr le duc de Chartres, Messeigneurs les princes du sang sont tous en bonne santé, quoique les premiers à tout. J'apprends dans ce moment que M. d'Asfeld a pris quelques drapeaux des ennemis et quelques officiers. L'on dit qu'il y a une trentaine de leurs chariots que les ennemis pillent présentement. Si nous sommes assez heureux pour les joindre demain, ma relation sera plus ample. En attendant, j'espère que ce petit prélude ne déplaira pas à Votre Majesté.

" ViLLEROY. »

« Au camp de Gianimene, le 15 juillet lC9o.

« Nous avons suivi les ennemis jusques au delà de Nivelles, à une heure et demie de Gand, mais sans les pouvoir joindre. Ayant marché toute la nuit avec beaucoup de précipitation et de désordre, ils se sont retirés par trois endroits différents; leur colonne droite a passéàDeynze, et les deux autres à Gand. Il est assez singulier qu'une armée composée de cinquante-quatre ou cinquante-cinq bataillons et de soixante escadrons se retire dans une telle confusion sans avoir été battue. S'ils avoient demeuré encore vingt-quatre heures dans leur camp, présentement que je viens de voir leur poste, je puis répondre à Votre Majesté que c'étoit une armée absolument battue. Nous leur avons pris et tué plus de gens que je ne croyois. Avec ce qu'ils ont abandonné dans les châteaux le premier jour que je suis arrivé, je crois que nous avons plus de six cents prisonniers, et bien deux ou trois cents hommes de tués sur la place. Si Votre Majesté considère qu'en partant de Potte, sur l'Escaut, on oblige M. de Vaudémont de se retirer, le troisième jour, à quatre heures du matin, sous Gand, c'est ne lui avoir donné guère de repos. Nous en avons eu bien peu aussi ; mais nos peines ont été récompensées différemment. Je ne puis assez exagérer à Votre Majesté la bonne volonté et l'ardeur de toute l'armée. Si j'osois, je prendrois la liberté de lui dire que les troupes méritent que vous en témoigniez quelque satisfaction. En pour-

suivant les ennemis, l'infanterie alloit quasi aussi vite que la cavalerie. Ceux qui ont l'honneur de commander vos armées ne sauroient assez représenter à Votre Majesté ce mérite de ses troupes ; la fatigue et la peine extrême que les soldats ont eues depuis mardi à dix heures du soir, est une chose qui ne se peut comprendre. M. d'Artagnan, qui étoit de jour, se mit à la tête des dragons, qui joignit le premier les ennemis et qui les attaqua très-vigoureusement avec les régiments de la Reine et celui d'Asfeld. Les deux colonels s'y sont fort distingués. C'est le régiment d'Asfeld qui a pris les trois drapeaux. M. d'Hautefeuille, colonel du régiment de la Reine, a été blessé à la tête fort légèrement. Je suis assuré que Votre Majesté ne doute pas que Mgr le duc de Chartres, selon sa louable coutume, ne se soit trouvé le premier à la tête de vos gardes, qui arrivèrent comme des éclairs sur l'arrière-garde des ennemis. Monsieur le Duc, M. le prince de Conti et M. le comte de Toulouse ne se quittèrent pas, et furent tant que l'action dura, et le reste de la nuit, à la tète de vos gardes. J'ose dire à Votre Majesté qu'on [n']a jamais pressé une armée plus vivement, et qu'on vit avec plaisir les retranchements des ennemis, dans l'espérance que cela les engageroit à nous attendre; et cette opinion-là, Sire, dans l'esprit du soldat comme dans l'officier. M. le duc du Maine, de son côté, qui étoit à notre aile gauche, où il commandoit seul, entra dans les retranchements des ennemis avant l'aile droite, ayant été informé plus tôt que nous de la retraite des ennemis, qui marchèrent si diligemment qu'il ne put jamais les joindre. Enfin, Sire, depuis le mardi à dix heures du soir jusques au jeudi à minuit, nous avons obligé les ennemis de se retirer sous Gand de la manière que je viens de vous l'expliquer. Sans vouloir faire ma cour à Votre Majesté, je puis l'assurer qu'on ne peut avoir témoigné plus de bonne volonté et de hardiesse qu'en a témoigné M. le comte de Toulouse dans ce qui s'est passé à l'arrière-garde des ennemis. Il soutint une décharge de deux bataillons fort grosse, et de fort près, de la meilleure grâce du monde. Ne croyez point, Sire, que ce soit exagération; c'est vérité toute pure : tous nos princes en furent témoins. J'envoie à Votre Majesté trois drapeaux et la liste des officiers prisonniers. On vient de me donner avis que la garnison de Deynze doit sortir cette nuit. Je n'ai pas voulu qu'on envoie une garde du côté de la ville, de peur qu'on ne crût que j'eusse intention de la faire attaquer. Quoique la perte des ennemis soit peu considérable, ce petit avantage que l'armée vient de remporter ne laisse pas de devoir être compté pour beaucoup, par rapport à l'opinion. Je crois qu'il faut profiter du désordre où ils sont pour aller àNieuport, suivant l'intention et les ordres de Votre Majesté. C'est à quoi je me prépare quoique je n'aie eu encore aucun nouvel éclaircissement sur les choses que j'ai eu l'honneur de lui mander. Mais je crois qu'on peut compter sur beaucoup d'ignorance de la part des ennemis, et peu de courage dans leurs troupes. D'ailleurs j'espère qu'on trouvera plus de facilités sur les lieux que les gens du pays et les ingénieurs n'en font espérer. Comme tous mes préparatifs étoient faits, j'espère que la place sera

investie le 20'^e; je ne puis répondre encore précisément du jour à Votre Majesté.

« ViLLEROY. >•

Lettres du Roi au maréchal de Yilleroy'

«A Marly, le 16 mal ^ 169S.

a Mon cousin, j"ai reçu, par un courrier que le sieur de Bagnols m'a dépêché, votre lettre du camp de Marckeghem du 13 de ce mois, et depuis, par un de vos courriers, celle du 14, de Grammene. Je ne suis point étonné qu'étant occupé à pousser les ennemis, vous n'ayez pas fait réponse aux lettres et mémoires que je vous ai envoyés; mais je suis persuadé qu'aussitôt que vous en aurez le temps, vous n'y manquerez pas.

« Nous avons été hier fort inquiets sur ce que le sieur de Bagnols mandoit au marquis de Barbezieux, par sa lettre datée du 14, à six heures du matin, qu'il venoit d'entendre distinctement, sur un cavalier de la fortification de Courtray, le canon, la mousqueterie et les tambours qui battoient la charge. Votre lettre nous a tirés d'inquiétude. J'aurois fort désiré que vous eussiez pu joindre le prince de Vaudémont, et je ne doute point que, si cela vous avoit été praticable, vous n'en auriez pas perdu l'occasion. J'attends avec impatience de vos nouvelles, pour savoir si vous aurez pu charger l'arrière-garde des ennemis avant qu'ils aient gagné Gand ou passé la Lys.

« Je souhaite que vous trouviez l'entreprise de Nieuport praticable, étant de très-grande conséquence que mon armée ne soit pas inutile présentement. Mandez-moi au plus lot votre avis sur ce sujet, afin que je sache les ordres qu'il faudra donner. »

«A Marly, le 18 juillet 1695.

« Mon cousin, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite le IS de ce mois. Quoique j'eusse fort souhaité que vous eussiez battu le prince de Vaudémont, je ne laisse pas cependant d'être fort content de ce que vous avez fait, persuadé que vous n'avez rien oublié pour joindre les ennemis dans leur retraite.

« Je suis satisfait que vous aye pris la résolution de marcher à Nieuport, pour en faire le siège — »

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