‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 52 sur 334 · Voyez l'appendice n" II du tome · texte numérisé non relu

Voyez l'appendice n" II du tome

5. Et est en interligne. — 6. Le meuble oi!i. étaient déposés ces papiers.

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exorciser ma mère. Je tenois déjà mes lettres d'État, comme on nous les annonça. Je les allai trouver avec les excuses de ma mère, qui n'étoit pas encore visible. Un contre-temps, qui nous arrêta un moment, donna courage à ma mère de se raviser : comme nous étions sur le degré, elle me manda que, réflexion faite, elle ne pouvoit consentir que je donnasse mes lettres d'État contre un homme tel qu'étoit lors M. de Luxembourg. J'envoyai promener le messager, et je me hâtai de monter en carrosse avec les deux ducs, qui ne se trouvèrent pas moins soulagés que moi de me voir mes lettres d'État à la main.

Ce contre-temps, le dirai-je à cause de sa singularité ? M. de Richelieu avoit pris un lavement le matin, et, sans le rendre, vint de la place Royale* chez Riparfonds, de là chez le premier président, avec nous, et avec nous revint chez Riparfonds, y demeura avec nous à toutes les discussions, enfin vint chez moi. Il est vrai qu'en y arrivant, il demanda ma garde-robe et y monta en grand'hâte ; il y laissa une opération telle que le bassin ne la put contenir, et ce fut ce temps-là qui donna à ma mère celui de faire ses réflexions et de m'envoyer redemander mes lettres d'État. S'exposer à toutes ces courses et garder un lavement un si long temps, il faut avoir vu cette confiance et ce succès pour le croire*.

En retournant chez Riparfonds, nous trouvâmes le duc de Rohan en chemin, que ces Messieurs, de plus en plus inquiets, envoyoient à notre secours. Je lui montrai mon papier à la main, et il rebroussa après nous. Je ne puis dire avec quelle satisfaction je rentrai à l'assemblée, ni avec combien de louanges et de caresses j'y fus reçu. La pique étoit grande, et n'avoit pas moins gagné tout notre conseil que nous-mêmes. Ce fut donc à qui de tous, ducs

1. Le duc de Richelieu habitait encore la place Royale; il ne se transporta au faubourg Saint-Germain qu'en 1700, après son mariage avec la marquise de Noailles.

et conseil, me recevroit avec plus d'applaudissement et de joie; et, à mon âge, j'en fus fort flatté. Il fut conclu que le lendemain jeudi, veille du jour que nous devions être jugés, mon intendant et mon procureur iroient, à dix heures du soir*, signifier mes lettres d'État au procureur de M. de Luxembourg et au suisse de son hôtel ^ et que, le même jour, je m'en irois au village de Longues^, à huit lieues de Paris, où étoit ma compagnie^, pour colorer au moins ces lettres d'État de quelque prétexte. Le soir, je m'avisai que j'avois oublié un grand bal que Monsieur donnoit à Monseigneur au Palais-Royal, le lendemain au soir jeudi ^, qui se devoit ouvrir par un branle, où je devois mener la fille de la duchesse de la Ferté'', qui ne me le pardonneroit point si j'y manquois, et qui étoit une ^ égueulée* sans aucun ménagement. J'allai conter cet em-

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