Après sang est biffé et
2. Le doyen était alors Jean Doujat, qui avait été reçu conseiller le 30 août 1647, et qui mourut le 18 janvier 1710, à quatre-vingt-neuf ans et demi.
3. Dangeau {Journal, tome V, p. 2) annonce ce désistement et les nouvelles prétentions de MM. de Vendôme à la date du 2 mai 1694. Dès le jour suivant (p. 5), il a connaissance du projet de déclaration préparé pour le duc du Maine. Comparez la Gazette d'Amsterdam, année 4694, p. 133 et 139.
et sa maligi formation de ce rang
lement et partout tous autres pairs plus anciens qu'eux, de l'étendre beaucoup plus que celle d'Henri IV, et de les mettre au niveau des princes du sang. Harlay, qui avoit cent mille écus de brevet de retenue * sur sa charge de premier président, venoit d'en obtenir cinquante mille d'augmentation^. Il étoit trop bon courtisan pour ne pas saisir une si sensible occasion de plaire, et trop habile pour n'en pas tirer tous ses avantages, et pour soi, et pour les
1. Les brevets de retenue ou d'assurance, dont Saint-Simon parlera souvent, étaient une sorte de titre de propriété, avec la garantie du Roi, qui assurait au titulaire d'une charge non vénale et non héréditaire que, s'il venait à s'en démettre ou à mourir, aucun prétendant n'aurait l'agrément royal sans payer au démissionnaire ou aux ayants cause la somme fixée par le brevet. Cette matière venait d'être réglée par deux arrêts du Conseil du 17 novembre 1692 et du 25 janvier 1694.
2. Le premier brevet lui avait été donné le 2 octobre 1689; le second est daté du 2 mars 1694 (Arch. nat., 0' 38, fol. S2). Pontchartrain annonça celui-ci au premier président en ces termes, le 24 avril : « Les bontés du Roi, Monsieur, égalent vos services et votre mérite, et surpassent infiniment vos désirs : Sa Majesté augmente de cent cinquante mille livres votre brevet de retenue. Comme cette grâce n'est sue de personne, je vous conseille de n'en point parler que vous n'ayez remercié le Roi. Je compte que ce sera dimanche, et que j'aurai l'honneur de vous faire mon compliment. Je vous dirai cependant, et vous le croirez aisément, Monsieur, que je n'aurai point fait encore d'expédition qui me flatte plus que celle-là, et que, n'ayant d'autre part dans une chose de cette importance que d'être le simple instrument de son exécution, j'en sentirai vivement tout le plaisir.... » (Ribl. nationale, ms. Fr. 17 430, fol. 12.) Ce qui rendait cette grâce extraordinaire, c'est que le premier président n'avait eu à payer à son prédécesseur que trois cent mille livres de retenue (Dangeau, tome II, p. 475) ; aussi les faiseurs de lardons ne l'épargnèrent-ils point, d'autant que le brevet nouveau passait pour être une récompense des soins donnés par Harlay au commerce des blés, pendant la disette de 1693-94», et que sa conduite, en cette occasion, avait été vivement critiquée. (Chansonnier, ms. Fr. 12 691, p. 281.) — On sut dès le 26 avril la grâce faite au premier président; voyez le Joitmal de Dangeau, tome IV, p. 456, où les éditeurs ont imprimé par erreur « 500 000 francs, » au lieu de « 300 000 francs. •>
» Il est étonnant que Saint-Simon n'ait fait ici aucune allusion, ni à cette disette, qui fut fort longue et inquiétante, ni au rôle du premier président.
usurpations de sa compagnie sur les pairs, en leur donnant les bâtards pour protecteurs, par leur intérêt. Il pria donc le Roi de trouver bon qu'il pensât quelques jours à une solide exécution de ses ordres, et qu'il pût en conférer avec celui principalement qu'ils regardoient. C'est qu'il avoit grand intérêt de lui faire goûter, et par lui au Roi, l'adroit parti qu'il se proposoit d'en tirer pour les usurpations du Parlement, et de s'en faire à soi-même un protecteur à tirer sur le temps pour le conduire à son but personnel.
Il fit donc entendre à M. du Maine qu'il ne feroit jamais rien de solide qu'en mettant les princes du sang hors d'intérêt et en leur en donnant un de soutenir ce qui seroit fait en sa faveur; que, pour cela, il falloit toujours laisser une différence entière entre les distinctions que le Parlement faisoit aux princes du sang et celles qu'on lui accorderoit au-dessus des pairs, et former ainsi un rang intermédiaire qui ne blessât point les princes du sang, et qui, au contraire, les engageât à les maintenir dans tous les temps, par l'intérêt de se conserver un entre-deux entre eux et les pairs; que, pour cela, il falloit lui donner la préséance sur tous les pairs, et les forcer à se trouver à l'enregistrement de la déclaration projetée et à sa réception en conséquence, qui se devoit faire tout de suite, lui donner le bonnet' comme aux princes du sang, qui depuis longtemps ne l'est plus aux pairs, mais lui faire prêter le même serment des pairs, sans aucune différence de la forme et du cérémonial, pour en laisser une entière à l'avantage des princes du sang, qui n'en prêtent point; et pareillement le faire entrer et sortir de séance tout comme les pairs, au lieu que les princes du sang tra-
1 . L'usage s'était introduit dans les réunions solennelles, que le premier président ôtât son bonnet, ou mortier, en demandant l'avis des princes du sang, mais non plus en s'adressant aux ducs et pairs, et ce fut une cause de longues contestations, comme on le voit dans la suite des Mémoires, notamment tome X, p. 423-425.
versent le parquet ; l'appeler par son nom comme les autres pairs, en lui demandant son avis, mais avec le bonnet à la main un peu moins baissé que pour les princes du sang, qui ne sont que regardés sans être nommés ; enfin le faire recevoir et conduire au carrosse par un seul huissier à chaque fois qu'il viendra au Parlement, à la différence des princes du sang, qui le sont par deux, et des pairs, dont aucun n'est reçu par un huissier au carrosse que le jour de sa réception, et qui, sortant de séance deux à deux, sont conduits par un huissier jusqu'à la sortie de la grand'salle seulement ^
M. du Maine fut extrêmement satisfait de tant de distinctions au-dessus des pairs, et d'être si approché de celles des princes du sang, sans courir le risque de les blesser, et fut surtout fort touché de l'adresse avec laquelle ce rang intermédiaire étoit imaginé par le premier président pour lui assurer en tous les temps la protection de tous ces avantages, par celui qu'on '^ y faisoit trouver aux princes du sang pour eux-mêmes. M. du Maine content, le Roi le fut aussi. Il ne fut donc plus question que de dresser la déclaration, que le premier président avoit déjà minutée, et qu'il ne fit qu'envoyer au net pour être scellée^.
Ce fut alors qu'il sut se servir de M. du Maine pour faire proposer au Roi sa récompense. Il avoit déjà eu quelque sorte de parole ambiguë, mais qui n'étoit pourtant qu'une espérance, d'être fait chancelier, lorsque le Roi, voulant légitimer les enfants qu'il avoit de Mme de
Déclaration du Roi pour le
rang intermédiaire.
Harlay obtient
parole du Uoi
d'être
chancelier.
1. Voyez les procès-verbaux que nous reproduisons dans l'appendice no II; comparez deux autres passades des Mémoires, tome X, p. 224-226 et 422-430, où Saint-Simon discute et commente toutes ces distinctions.
2. Après qu'on, est biffé leur. Plus loin, « aux princes du sang » est en interligne.
3. Comparez tome X, p. 223 et 224. Un exemplaire imprimé de cette déclaration, qui porte la date du 5 mai 1694, se trouve dans le ms. Clairambault 1160, fol. 13.
Princes du sanj,'
priés de la bouche du Roi de se trouver à l'enregistrement et à l'exécution de sa déclaration, et les pairs, de sa part, par une lettre
Montespan, sans nommer la mère, dont 11 n'y avoit point d'exemple, Harlay, consulté, lors procureur général, suggéra l'expédient d'embarquer le Parlement par celle* du chevalier de Longueville, qui réussit si bien^. En cette occasion-ci, il se fit donner formellement parole par le Roi qu'il succéderoit à Boucherat, chose qui le flatta d'autant plus que ce chancelier étoit alors fort vieux ^ et ne pouvoit le faire attendre longtemps^.
Pour l'exécution de la déclaration, le Roi en parla aux princes du sang, qui ne crurent avoir que des remerciements à faire. Le Roi les pria de se trouver au Parlement, et Monsieur le Duc et M. le prince de Conti de lui faire le plaisir de conduire M. du Maine en ses sollicitations. On peut juger s'ils le refusèrent. De là, le Roi fit appeler l'archevêque de Reims ^: il lui fit part de ce qu'il avoit résolu, lui dit qu'il croyoit que les pairs seroient
1. Par la légitimation, idée contenue, sans que le mot le soit, dans ce qui précède.