‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 303 sur 427 · Tome I, p · texte numérisé non relu

Tome I, p

fi. Œuvres de Louis XIV, tome I, p. 30-36 et 41 , et Mémoires de Louis XI f , tome II, p. 388. Les mots entre crochets sont ajoutés par Pellisson.

petit nombre de têtes est à désirer autant qu'autre chose], et qui seules demandoient plus de temps et plus d'application que toutes les autres ensemble, [ne voulant pas les confier à un seul ministre, les trois que je crus y pouvoir servir le plus utilement] furent le Tellier, Foucquet et Lionne*.... » Un courtisan bien connu, le maréchal de Gramont, après avoir raconté la mort du cardinal, ajoute- : « Le lendemain..., toutes les affaires changèrent de face à la cour : le Roi, quoiqu'à la fleur de son âge et au milieu de ses plaisirs, prit seul le timon de l'État et se livra entièrement aux affaires La Reine sa mère, qui avoit été régente si longtemps, n'eut plus de part aux affaires, non plus que les princes du sang et les plus grands seigneurs de France, qui, jusques alors, avoient été admis dans les Conseils et fait une figure distinguée. Tout le gouvernement de l'État fut renfermé en la personne du Roi et en trois ministres dont il forma son conseil étroit : M. le Tellier pour la guerre, M. de Lionne pour les affiiires étrangères, et M. Colbert pour les finances ^. Tout le reste fut congédié'. » Telle est l'origine du conseil que nous avons à étudier en ce moment, et dans lequel se concentra pendant plus d'un demi-siècle le gouvernement de Louis XIV, « le seul conseil suprême, dit quelque part Saint-Simon*, et à l'égard duquel tous les autres ne soient proprement que conseils consultatifs. »

Pour celui-ci comme pour les autres, j'exposerai d'abord les attributions, puis la composition, le fonctionnement et le travail particulier.

Spanheim dit ^ : « C'est dans ce conseil du Ministère que se traitent toutes les grandes affaires de l'État, tant de paix que guerre ; que les ministres qui y entrent y font rapport de celles de leur département particulier; qu'on lit les dépêches des ministres du Roi dans les cours étrangères, les réponses qu'on y fait, et les instructions qu'on leur donne :

1. « Tous créatures de Mazarin, qui, après les avoir comblés durant sa vie, avait vouhi les léguer au Roi, comme les sujets les plus habiles, les seuls capables de ne point travailler les uns contre les autres et de concourir cordialement au bien de l'État. Ils se partagèrent les emplois : à l'un, l'intérieur et les troupes; au second, les finances; au troisième, les affaires étrangères.... » (Rapport d'Alvise Grimani, dans la même série de llelaziotii, tome IH, p. 82.) M. -A. Giustiniani disait de même, quelques années plus tard, en 10C8 {ibidem, p. 179 et 189) : « C'est sur ces trois hommes que repose toute la masse du manège (la mole dcl »ia>teggio) et la charge des évolutions, non seulement de la France, mais je dirais volontiers de l'Europe entière. Grâce à la bonne intelligence, et plus encore à l'affinité d'intérêts qu'il y a entre eux, on peut croire qu'ils se perpétueront dans le ministère. Cette triade parfaite est unie indivisiblement pour le service du Roi : c'est une image sur terre de la céleste Trinité.... » Comparez la relation de J. Morosini (1671), p. "209-211.

2. Mémoires du maréchal de Gramont, p. 328. Comparez les îilémoires de Mme de MoUcville, tome IV, p. 236-237 et 213-245, et les Lettres de Pomponne publiées à la suite des Mémoires de Coulanges, p. 378-.381.

3. Colbert, en elfet, renversa et remplaça Foucquet au bout de quelques mois : voyez ci-après la note 2 de la page 453.

4. Projets de gouvernement duduc de Bourgogne,^. 61. — 5. Ticlatioii,\i.\")^.

qu'on y délibère sur les traités, les alliances et les intérêts de la couronne avec les puissances étrangères ; enfin qu'on y propose et qu'on y résout tout ce qui regarde le gouvernement et qui peut être de quelque importance pour le Roi, pour la cour, pour l'État, en un mot, pour le dedans et pour le dehors du Royaume. »

Jusqu'à quel point les membres de ce conseil étaient-ils tous associés à la pensée intime du souverain, et participaient-ils à ses décisions politiques ? Il faut citer à ce sujet quelques lignes d'une lettre anonyme au Roi (avril ITl'ii) qui est attribuée à Saint-Simon, et que M. Faugère a publiée en 1882 * : « Les afTaires étrangères sont les seules qui ont un peu plus d'assujettissement (que les autres départements) au conseil d'État. Les lettres y sont vues et résolues, et il n'y a point de travail à part tête à tête qui gouverne règlement ^ ces matières comme toutes les précédentes ; mais le ministre de ce département a des ressources contre

le conseil d'État Les ambassadeurs, envoyés et autres — ne peuvent

écrire qu'à lui tout seul, et, lui comme ses confrères, il a droit et usage d'ouvrir seul et sans Votre Majesté les dépêches qui lui sont adressées, et d'y faire les réponses.... Jamais les lettres du dehors ne sont portées au conseil d'État que par extraits tels qu'il plait au secrétaire d'État, et jamais les instructions ni les lettres et réponses pour les ambassadeurs et autres employés au dehors ne sont lues au conseil d'État. Elles y sont résolues en gros, et après rarement apportées à voir à Votre Majesté en particulier, et toujours expédiées au gré du ministre. »

« On peut assez juger, dit Spanheim"% quelle réflexion mérite, à l'égard de l'intérêt public et de la France et des étrangers, surtout des puissances voisines, le choix des personnes qui sont appelées à ce conseil, et chargées par là de tout le secret et de toute la direction des affaires de la nature et de l'importance de celles dont je viens de parler. » Fidèle à cette règle de gouvernement absolu, Louis XIV restreignit toujours son principal conseil. C'est à peine s'il y admettait son héritier : « Monseigneur.... avoit près de trente ans quand il entra au conseil d'État. Monsieur n'y est jamais entré, ni au conseil des finances*; à plus forte raison Monsieur son fils, ni pas un des princes du sang, pas même MM. du Maine et de Toulouse, et si distingués en faveur^! » Ce fut seulement le 2o juillet 1691 que le grand Dauphin prit séance, en même temps que MM. de Pomponne et de Beauvillier : <■ Le Roi dit à Monseigneur qu'il vouloit dorénavant qu'il fût de tous ses conseils, et, ces deux ministres étant venus pour la première fois au conseil d'État, il commença par instruire Monseigneur, en bon père et en monarque très juste et très habile, de tous ses devoirs et de la manière dont il devoit

i. Écrits inédits de Saint-Simon, tome IV, p. 35-36.

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