‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 337 sur 427 · CONTRAT DE 1\IARIAGE DE M. DE MORTAGNE ET DE MADAME DE QUINTIN · texte numérisé non relu

CONTRAT DE 1\IARIAGE DE M. DE MORTAGNE ET DE MADAME DE QUINTIN

« Par-devant les conseillers du Roi notaires gardes-notes et gardesscels au Châtelet de Paris soussignés, furent présents : haut et puissant seigneur Messire Antoine-Gaspard de Colins, chevalier, cornte de Mor-

1. Copie dans le registre des Insinuations du Châtelet, Arch. nat., Y 270, fol. 281 y". Voyez ci-dessus, p. 35 et 414. — Depuis l'impression, M. A. Bocquillet, qui étudie particulièrement l'histoire de Mortagne et de ses seigneurs successifs, a bien voulu m'adresser quelques documents d'où il ressort que le personnage dont parle Saint-Simon avait certains droits héréditaires sur la ville de Mortagne et ses dépendances, comme petit-neveu par sa mère de dame Anne de Mol, et que, à ce titre, son père, le seigneur de Rochefontaine, se fit délivrer par les « hommes de fiefs » du Tournaisis, le 22 octobre 1670, des lettres de relief « pour jouir, user et possesser de ladite terre et baronnie de Mortagne comme de son propre bien, à la charge de soixante sols louisiens de relief à la mort de l'héritier, dixième denier à la vente, don, cession ou transport, et service en cour, quand requis en est. » Mais, comme Anne de Mol avait déshérité son petit-neveu et testé en faveur d'autres parents de Jeanne de Ligne, sa mère, un procès s'engagea. Au courant de l'instance, le père fit valoir les services militaires qu'à l'imitation de quatorze personnages de sa famille il avait rendus au gouvernement espagnol (avant la conquête), et qui lui avaient valu le grade de lieutenant-colonel de cavalerie. En effet, dans une généalogie de la famille Colins depuis Jean Bruynincx, dit Colins, qui vivait au quatorzième siècle, généalogie qu'ont publiée, en 1865, le Nobiliaire des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, et, en 1882, l'Annuaire de la noblesse de Belgique, on trouve les états de service de François Colins, seigneur de Rochefontaine et de Saint-Pierre-à-Ronnet, mort le 20 mai 1698. Il avait épousé à Mons, le 4 novembre 1658, Marguerite-Florence de Ilaudion, d'où vint notre Antoine- François-Gaspard, né à Namur le 17 janvier 1602 et baptisé à Bruxelles le 20 janvier 1663. D'un troisième mariage, il eut encore un fils, tige d'une branche de vicomtes de Ham. La famille de Haudion était, à ce qu'il semble, assez bien apparentée, et il faut que la^mère d'Antoine-François- Gaspard eût des droits valables sur Mortagne comme nièce d'Anne de Mol et petite-fille de Jeanne de Ligne, qui en avait hérité en 1616, puisque, au dix-huitième siècle, les procès aboutirent à un partage de la seigneurie entre les Montboissier, héritiers de la fille issue du second mariage de notre comte de Mortagne avec Mlle de Guémené. et les représentants des héritiers désignés par Anne de Mol. En tout cas, le titre de comte de Mortagne n'était que de pure courtoisie, sans valeur réelle, et la terre n'avait même pas droit à celui de baronnie. Voici d'ailleurs ce que notre personnage écrivait à son frère, de Marly, le 27 juillet 1715, sur un cas analogue : « Si vous pouviez acheter de .Mme de Bierghe la mouvance et faire mettre

tagne, seigneur de Jutin* et de Ham, capitaine des gens d'armes de Mgr le duc de Bourgogne, demeurant l'ue de Guénegaud, paroisse Saint-Audré-des-Arts, fils de haut et puissant seigneur Messire François de Colins, chevalier, seigneur de Rochefontaine, et de défunte haute et puissante dame Marguerite d'Hodion-, ses père et mère, pour lui et en son nom, d'une part; et haute et puissante dame Suzanne de Montgommery, veuve de haut et puissant seigneur Messire Henry Gouyon, chevalier, comte de Quintin, ladite dame fille et héritière de haut et puissant seigneur Messire Louis de Montgommery, chevalier, comte de Lucé'^, et de haute et puissante dame Marguerite Dumas, ses père et mère, demeurante rue de Grenelle, paroisse Saint-Sulpice, pour elle et en son nom, d'autre part. Lesquels, en la présence de leurs parents et amis ci-après nommés, savoir : de la part dudit seigneur comte de Mortagne, de haut et puissant seigneur Messire Joseph-François Ancezune, duc de Caderousse; de haut et puissant seigneur Messire Philippe-Emmanuel de Crouy, comte de Solre, chevalier des ordres du Roi, maréchal de ses camps et armées, gouverneur et lieutenant général de Péronne, Roye et Montdidier, et de haut et puissant seigneur Messire Alexis-Henri de Chàtillon, chevalier des ordres du Roi, premier gentilhomme de la chambre de Monsieur frère unique du Roi ; et, de la part de ladite dame, de haut et puissant seigneur Messire Jacques de Montgommery, chevalier, maréchal des camps et armées du Roi, son cousin germain ; de haut et puissant seigneur Messire Jacques

votre nom audit fief, vous feriez une chose bien bonne, et, pour lors, vous tâcheriez, par les suites, de le titrer. // sied toujours avoir des vues de s'élever par des moyens honnêtes et licites. Je crois que cette sorte d'ambition est nécessaire » Les services militaires du père étant bien authentiques, et la noblesse de l'aïeul et du bisaïeul paraissant aussi prouvée, il faudrait tout au moins faire remonter plus haut ce que Saint-Simon dit du père : homme d'affaires, riche maître de forges», ou intendant. Mais ce qui est certain, c'est qu'il n'y avait plus depuis longtemps de maison de Mortagne proprement dite et que, le dernier seigneur de ce nom (ses auteurs avaient souvent joué un rôle considérable dans l'histoire de la Flandre) ayant cédé la ville à Philippe le Bel en 1313, la seigneurie, ou du moins le fief, en dehors des grands personnages qui eurent tour à tour la chàtellenie-pairie en apanage, appartenait depuis Louis XI aux représentants d'un bourgeois tournaisien du nom de Guillaume Touwart, dit de Thouars, qui, étant échanson de ce roi, l'eut en don après la mort de Charles le Téméraire, en 1478 (Arch. nat., Trésor des chartes, JJ 205, n" 91). C'étaient des gens de peu d'importance, et qui ne rappelaient en rien les seigneurs primitifs. Les seules terres dont notre Mortagne et son père jouissent bien réellement étaient de petites seigneuries situées dans le Hainaut et venant d'Anne de Mol.

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