Pour i
G. Ainsi, dans le manuscrit, pour Mestrc, qui est une petite ville.
étoient les principaux, qui prirent grand soin d'elle. Accoutumée à ses amis et à la vie de Rome, et déshabituée de la France, où elle n'espéroit pas trouver grandes ressources, elle différa toujours son retour, passant cependant une vie agréable. Le duc de Bracciano, aîné de la maison des Ursins, et, comme tel, grand d'Espagne et prince du soglio à Rome, s'étoit attaché à la France. Il étoit le premier laïc de Rome, concurremment par âge avec le connétable Colonne, qui, comme aîné de cette maison, étoit aussi grand d'Espagne et le seul prince du soglio à Rome avec le duc de Bracciano, égaux en tout et les premiers partout. Les Colonnes étoient attachés à l'Espagne malgré le mariage de la nièce du cardinal Mazarin, qui avoit fait bien des échappées. On étoit donc bien aise de retenir le duc de Bracciano dans le genio francese, et le cardinal d'Estrées, qui en prit le prétexte de s'appuyer de la cour pour faire ce grand établissement à Mme de Chalais, et il' parvint à faire ce mariage en 1675; et, la même année, le duc de Bracciano reçut l'ordre du Saint- Esprit. La nouvelle épouse étoit belle et jeune, et elle ne l'ignoroit pas. C'éloit, en toutes ses manières, les grâces mêmes; une noblesse, une politesse, une mesure dans cette politesse, et un discernement qui charmoit encore davantage; une singularité de langage, mais naturelle et coulant de source; une éloquence involontaire, qui touchoit, et surtout une insinuation dont on ne se pouvoit défendre ; infiniment d'esprit, et d'esprit assez supérieur pour en donner aux autres et ne jamais faire montre du sien, et un talent rare de se proportionner aux autres. Tout étoit fleurs et parfums chez elle; tout attiroit naturellement à elle, avec plus de grâces encore dans l'esprit que dans le corps; et la personne du monde la plus appliquée à ses vues, qui connoissoit son monde avec le plus de discernement, pour en tirer parti, et qui savoit choisir les siens avec le plus de justesse. Tant de charmes enchanteurs'^ furent en elle d'un grand et continuel usage ; mais ils n'étoient pas sans revers : la galanterie ne la trouva pas toujours inflexible ; elle fut accusée de n'être pas toujours vraie, ni sans beaucoup d'artifices, quand elle croyoit en avoir besoin, et, quand elle fut sur un plus grand théâtre, elle montra une^ ambition sans aucunes bornes, pour laquelle il n'y eut rieu de sacré. Telle elle vécut, telle elle mourut, accompagnée et toujours soutenue du plus grand courage dans tous les états et les épreuves de sa vie, et par là même pleine de ressources ; cruelle ennemie ; très bonne, durable et utile amie, même par la seule amitié ; meilleure parente, et se piqua toujours d'un grand attachement pour son premier mari et pour toute sa famille : aussi, dans sa splendeur, fit-elle venir en Espagne le fils du frère de ce premier mari, qu'elle poussa et qu'elle fit grand d'Espagne, qui fut son plus grand et plus intime instrument et confident, et qui aussi s'est bien exposé pour elle, quoique resté en Espagne après