Mil, dans le manuscrit. — S. Dans est écrit deux fois
3. Le manuscrit porte bien acenoit. Voyez notre tome III, p. 173.
eu le secret du testament, on s'en défit sur ce qu'étant chevalier de Malte, il étoit capable de bénéfices : on lui donna donc l'archevêché de Séville, où on le confina, et la nomination au card[inalat], qui, depuis sa promotion, ne le rapprocha point. Après des expéditions si fortes, la princesse demeura maîtresse du champ de bataille et mena l'abbé d'Estrées grand train, ainsi que toute l'Espagne; mais elle en fit aussi par trop. La guerre ouverte entr'elle et l'ambassadeur de France, après tant de victoires, lui fit croire tout permis. Elle interceptoit ses lettres à la poste de Madrid, et, par là pleinement avertie, elle dirigeoit' mieux sa conduite. Elle avoit, en qualité d'écuyer, depuis bien des années, le fils d'un procureur, qui s'appeloit d'Aubigny-, un grand homme fait à peindre, qu'on avoit prétendu, dès les voyages qu'elle avoit faits en France, qui lui servoit à plus d'un usage. Quoiqu'il ei'it de l'esprit, de la politesse et du sens, il sentoit trop son pouvoir sur sa maîtresse, et, pour en donner un léger crayon, un jour qu'elle entra dans le fond de son appartement, avec Louville et deux espagnols considérables à qui elle vouloit communiquer quelque chose en secret, d'Aubigny, qui écrivoit sur une table le dos tourné, et qui l'entendit, la crut seule; et le voilà à s'écrier, par les f et par les t, de quoi diable elle s'avisoit de venir l'importuner et l'interrompre, et ne le pas laisser un moment en repos, travailler; et, quittant brusquement sa table, avisa ceux qui suivoient la princesse sur ses pas. Il n'en fut pas trop embarrassé. Louville et les deux autres se regardèrent et sourirent. La princesse rougit, mais ne se déconcerta point. « Vous voyez, leur dit-elle, qu'il n'aime pas à être interrompu. » Il se retira, et eux parlèrent d'afi'aires comme s'il ne se fût rien passé. Or, Mme des Ursins, visitant toujours les lettres de l'abbé d'Estrées, en trouva une au Roi, par laquelle, entr'autres choses, il parloit fortement sur ce d'Aubigny, sur sa conduite, sur son ascendant, même en affaires, sur sa maîtresse, sur l'excès de leur privauté ; qu'il étoit le seul homme qui couchât au palais, et qu'on disoit même que lui et Mme des Ursins étoient mariés. Ce mot l'outra d'une telle colère, qu'elle mit à la marge, de sa main, ces trois mots seulement : Pour mariés, non! ferme la lettre et la renvoie. L'orgueil d'une telle négative et le mépris de l'aveu tacite de tout le reste divertit beaucoup ; mais cette preuve de l'ouverture des lettres de l'ambassadeur au Roi le piqua au vif, et tant, que Mme de Maintenon n'osa pas y contredire. Les jésuites n'étoient guère moins fâchés de ce qu'elle avoit chassé leur fameux P. Daubenton^, confesseur du roi d'Espagne, qui, à son gré, prenoit trop de crédit, et ne regardoient i)as comme un dédommagement qu'on l'eût remplacé d'un autre. Ils dédommagèrent l'expulsé en le faisant assistant de leur général, où il les servit bien plus solidement en composant, comme il fit, la trop célèbre constitution Lnigenitiis,
i. Dirigioit, dans le manuscrit.
2. Mémoires, tomes III de 18"o, p. iG'J, et IV, p. 81 ; .Vcldilion au Journal de Dangeaii, tome IX, p. 395-396.