FRANÇOISE DE ROHAN, DUCHESSE DE LOUDUN
assez pour faire connoître Mlle de la Garhache, tante paternelle du i^rand duc de Rohan et cousine germaine de la reine Jeanne d'Albret, héritière de Navarre, mère de notre roi Henri IV. Elle avoit perdu son père, tué près de Metz en Ioo2, et perdit apparemment sa mère d'assez bonne heure pour être de bonne heure sur sa bonne foi. Elle plut à Jacques de Savoie, duc de Nemours, et M. de Nemours lui plut. Il étoit lors la fleur de la galanterie, de la cour et de la chevalerie (voir titre de Nemours, p. 8'). Il lui donna une promesse de mariage, et prit, en attendant, un pain sur la fournée, d'où vint un fils. Pressé par cette aventure d'effectuer sa promesse, l'aventure même l'en dégoûta, et il s'en alla en Piémont, oîi étoient lors les plus beaux faits d'armes; mais, de retour, la demoiselle, désespérant de l'épouser de gré, lui intenta un procès. Il le tira en longueur, se défendit par[ce]- qu'elle étoit huguenote et lui catholique, et fit si bien qu'il ne fut point jugé de tout le règne d'Henri II. Les Guises, après, devenus les maîtres de plus en plus, et qui, par les intérêts de leurs vastes vues, supportoient tort M. de Nemours à cause de M. de Savoie et qu'il étoit gendre d'Espagne, tirèrent encore l'affaire en longueur, parce qu'elle ne valoit rien et que le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, protégeoit sa cousine germaine. Mais, après sa mort devant Rouen, 1562, M. de Nemours voulut se dépêtrer^ de cette fâcheuse affaire. M. de Guise ayant été assassiné par Poltrot devant Orléans, 18 février io63*, M. de Nemours eut encore plus d'empressement d'en sortir pour se trouver libre dans ses amours avec Mme de Guise, et elle avec lui, afin de se marier ensemble avec tant de grandeur, de si proches alliances royales pour M. de Nemours, et d'accomplissement de désirs de tous les deux, comme il se voit au titre de Guise, p. IP. La reine de Navarre étoit revenue de Guyenne, accompagnant la cour, pour appuyer puissamment sa cousine, où il y alloit de l'estime, de son crédit et de l'honneur de tout le parti huguenot; mais ses efforts furent inutiles contre la passion de la petite-fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Le Médiquiu Pie IV, tout à la fin de son pontificat, avoit déclaré la promesse nulle, et, peu de mois [après], en 1566, le Parlement, ainsi que le Pape, cassa ce mariage, ou plutôt ce lien par la promesse, et déclara bâtard le fils qui en étoit venu, La reine de Navarre s'en retourna fort irritée en Béarn. Cependant Mme de Guise, remariée en même temps*', pour apaiser un peu la parenté et faire taire Mlle de la Garnache, lui fit, longtemps