‹ Mémoires (volume 5)Chapitre 53 sur 427 · Mlle d'Outrelaize mourut avant Mme de Frontenac · texte numérisé non relu

Mlle d'Outrelaize mourut avant Mme de Frontenac

3. Mlle de Montpensier appelait Mmes do. Fiesque et de Frontenac ses maréchales de camp, parce qu'elles furent ses inséparables au milieu des aventures de la Fronde ; mais, plus tard, elle les accusa d'ingratitude et rompit avec elles. Saint-Simon parlera plus longuenionl de Mme de Frontenac à l'époque de sa mort.

loit que les Divines. Pour en revenir donc à YOrondat, Mme de Choisy*, autre personne du grand monde, alla voir la comtesse de Fiesque et y trouva grande compagnie; l'envie de pisser' la prit : elle dit qu'elle alloit monter en haut chez ^ la Divine, qui étoit Mlle d'Outrelaize. Elle monte brusquement, y trouve Mlle de Bellefonds \ tante paternelle du maréchal, jeune et extrêmement jolie, et voit un homme qui se sauve, et qu'elle ne put connoître. La figure de cet homme parfaitement bien fait la frappa tant que, de retour à la compagnie et contant son aventure, elle dit que ce ne pouvoit être quOrondat. La plupart de la compagnie savoit que Villars étoit en haut, où il étoit allé voir Mlle de Bellefonds, dont il étoit fort amoureux, qui n'avoit rien, et qu'il épousa fort peu

1. Jeanne-Olympe Hurault de Belesbat, fille d'un maître des requêtes, épousa, le 8 février 1628, Jean de Choisy, aussi maître des requêtes et chancelier du duc d'Orléans : d'oi^i le surnom de chaticelière, par lequel on avait coutume de la désigner. On connaît ses liaisons avec toute la cour, et même avec Louis XIV. Son portrait par Mme de Brégy, sa proche parente, se trouve dans le recueil de Mlle de Montpensier, et son historiette dans Tallemant des Réaux. Elle perdit son mari le 20 février 1660 (c'était le fils d'un receveur général des finances, le frère de Mmes de Miramion et de Caumartin), et mourut six ans plus tard, laissant deux fils, l'intendant de Choisy et le fameux abbé.

2. Il suffit de lire, non pas seulement les historiettes de Tallemant des Réaux ou les lettres de Madame, mais d'autres mémoires plus sérieux du temps et les lettres de Mme de Sévigné (notamment tome X, p. 443), pour constater que le mot et la chose étaient couramment admis au dix-septième siècle. D'ailleurs, nous avons déjà eu, dans notre tome II, p. 36.5 et 418, l'historiette du bon Langres, et nous en aurons plus d'une autre de même goût dans la suite des Mémoires (voyez ci-après, appendice VIII, l'anecdote de la marquise de Castelnau). Il se trouve précisément que Tallemant des Réaux (tome V, p. 410, note 1) cite ce mot familier de iMme de Choisy à M. de Candalle : « Allez faire un tour dans l'antichambre; croyez-vous qu'on n'ait point envie de pisser? »

3. Cliez corrige voir, et, à la ligne suivante, trouve corrige trouva.

4. Marie Gigault de Bellefonds, qui devint marquise de Villars au commencement de 1651 : voyez notre tome I, p. 80-81. Quoique ce mariage se fût fait sous les auspices d'un amour réciproque, l'union ne fut pas toujours parfaite entre les époux.

après*. Ils rirent fort de l'aventure et de YOrondat. Maintenant qu'on s'est heureusement défait de la lecture des romans, il faut dire qu'Orondat est un personnage de Cyi^us^, célèbre pour sa taille et sa bonne mine', qui charmoit toutes les héroïnes de ce roman, alors fort à la mode.

i. Cette alliance avec le maréchal do Beliefonds fit fort mal venir M. de Villars du tout-puissant Louvois, mais pourtant (car Louis XIV ne partageait point l'animosité de son ministre) elle n'empêcha pas qu'il fît son chemin dans une autre voie, celle de la diplomatie. Une première fois, il alla en Espagne, comme envoyé extraordinaire, de septembre 1668 à octobre 1669 (ses lettres et celles de sa femme sont au Dépôt des affaires étrangères; une seconde fois, de décembre 1671 à décembre 1673 (lettres de créance exposées au musée des Archives nationales, n° 866; Gazette de 1672, p. 43 et 92, et de 1674, p. 18-19 ; Négociations, de Mignet, tome IV, p. 168 et suivantes), et une troisième fois, de juin 1679 à janvier 1682 {Mémoires de Madame d'Aulnoy, tome II, et Mémoires de la cour d'Espagne, qui y font suite et qu'on attribue au marquis). Dans l'intervalle de la première à la seconde mission, il alla en Savoie, remplacer Ennemond Servien (juillet 1676 à mars 1679 : Gazette de 1676, p. 526-327; Mémoires de Pomponne, tome II, p. 76-78; Gazette de 1679, p. 142). En dernier lieu, il eut l'ambassade de Danemark, de 1684 à 1686, et, en 1689, il faillit être nommé gouverneur du duc de Chartres {Relation de la cour de France en 1690, par Spanheim, p. 68, note).

2. Cij corrige Ci. — Victor Cousin a raconté, dans la Société française au dix-septième siècle d'après le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry, comment toutes les classes instruites s'arrachèrent et dévorèrent, au fur et à mesure de la publication (1649-1634), chacun des dix gros tomes de ce roman de Mlle de Scudéry, « chef-d'œuvre d'une des femmes les plus spirituelles et les plus célèbres du milieu du dix-septième siècle. » Saint- Simon les avait dans sa bibliothèque. Presque tous les personnages n'étaient que des portraits de gens marquants de la cour ou du temps; mais Orondat n'y figure pas. Voyez nos Additions et corrections.

3. Mme de Sévigné vante aussi la belle prestance du marquis, et Tallemant sa mine de héros, comme lui ayant valu le surnom d'Orondate (sic). De même, dans les Mémoires du maréchal de Villars (édition Vogué, tome I, p. 3-3) : « Son air de héros, soutenu de ses actions, lui avoit fait donner le nom A'Orondale. » L'Histoire véridique de la duchesse de Chàlillon, p. 19 et suivantes, s'exprime ainsi sur le marquis, qui était à la fois ami du duc de Nemours et amoureux de la duchesse : « Homme d'un grand mérite et d'un grand esprit, ot qui, avec ces deux belles qualités, étoit encore si bien fait et d'un air si

Mme la duchesse d'Orléans souhaita fort que M. de Cashies

Castries, mari de sa dame d'atour*, eût la place qu'avoit ahonneur'de

Villars auprès d'elle; Monsieur, qui a toujours fort aimé Mme la

Mme de Montespan-, y consentit, et M. du Maine acheva ''uçhesse

, , T^ . "e Chartres.

1 arraire auprès du Roi"*.

Quelque temps après* mourut M. de Brienne'% l'homme J'ort

de la plus grande espérance de son temps en son genre, r^^j^j s^T"^*! le plus savant, et qui possédoit à fond toutes les langues savantes et celles de l'Europe \ Il eut de très bonne heure la survivance de son père', qui avoit eu la charge de secrétaire d'État du département des affaires étrangères

noble, qu'on lui avoit donné à la cour le surnom à'Oroondate, que des faiseurs de romans nous représentent comme le personnage du monde de la meilleure raine et le plus capable de s'attirer l'estime de cbacun. » Ninon fit un jour, pour lui, le voyage de Paris à Lyon. Après le mariage, il n'en continua pas moins sa vie galante.

1. Tome III, p. 3"2o-333. — 2. Tante paternelle de Mme de Castries.

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