le même frère aîné et héritier, Bullion
3. Ce parlement avait été créé par Louis XIII, en -1633. Les charges s'y vendaient moins cher qu'ailleurs. Il fallait trois mois de résidence avant d'être reçu; mais le service n'était ensuite qu'une vraie sinécure. C'était, comme le dit Barbier (Journal, tome I, p. 251), « le pont aux ânes pour passer maître des requêtes, » et beaucoup de financiers se « décrassaient » ainsi. Trois Bullion y avaient figuré avant Charles- Denis. On trouve des listes du personnel dans les niss. Fr. 22 447 (Gaignières) et Nouv. acq. fr. 1917. D'ailleurs, l'histoire de cette cour et de ses membres a été faite par M. Emmanuel Michel, conseiller à la Cour d'appel moderne.
4. Noël de Bullion, seigneur de Bonnelles, marquis de Gallardon, seigneur d'Esclimont, Bullion, Rolincourt, Wideville, etc., reçu conseiller au parlement de Metz en 1633, et à celui de Paris en 1635, eut la survivance de président à mortier en 1637, passa conseiller d'honneur le 20 juin 1643, et devint, trois jours après, commandeur-secrétaire et greffier des ordres, dont il reçut le cordon le 6 juillet. Le 21 septembre 1651, la Régente lui donna un brevet pour jouir des privilèges et honneurs attribués à cette charge alors même qu'il s'en serait défait, et, sous promesse de le comprendre dans la première promotion à venir, elle lui permit de porter, comme les chevaliers et commandeurs, la croix pendante au col et attachée sur ses habits, et le grand collier. 11 fut encore pourvu de la charge d'intendant des mêmes ordres le 10 février 1653, obtint, en février 1655, l'érection de la terre de Gallardon en marquisat, se démit de la charge de greffier en 1657, et mourut le 3 août 1670, à cinquante-cinq ans. On a son portrait gravé par N. Poiliy.
finances et président à mortier*; il fut président à mortier en survivance^ et se laissa persuader d'en donner la démission pour une place de conseiller d'honneur^ et la charge de greffier de rOrdre\ Son fils, dont je parfois
1. Claude de Bullion, qui a déjà une note dans notre tomo I, p. 104, où Saint-Simon l'a nommé à propos de son fils Montlouet. Tallemant des Réaux lui a consacré une historiette, à laquelle feu Paulin Paris a joint un commentaire abondant (Historiettes, tome II, p. 14o-160). Selon Tallemant, c'était « un habile homme, et qui avoit plus d'ordre que tous ceux qui sont venus depuis (aux finances). » « Un des plus grands hommes d'État de son temps, » dit Monglat (Mémoires, p. 101- 102). Quoique doublé de Claude Bouthillier à la surintendance, il dirigea et administra tout lui-même pendant huit ans. Sa mort, en 1640, à soixante-douze ans, serait venue, dit-on, du chagrin d'avoir été soupçonné et malmené par le cardinal de Richelieu. On a son portrait gravé par Poilly, d'après Ph. de Champaigne. Sa fortune était énorme ; mais, à part la table, pour laquelle il avait des recherches toutes particulières, il ne menait pas un train comparable à celui qui devint ensuite proverbial chez les surintendants. De ses trois fils, il n'y eut que la descendance de l'aîné qui sut conserver une part de cette richesse ; les deux autres et leurs enfants devinrent « gueux comme des peintres » (Annales de la cour pour 1698, tome II, p. 118). D'IIozier, dans ses notes sur les membres du Parlement (ms. Clairambault 7o4, p. 316), dit que le premier auteur connu de cette famille était un batelier de Mâcon, dont le fils, bourgeois de la même ville, fit fortune en fournissant des tuiles pour recouvrir les toits des maisons enlevés par un ouragan. Le père du surintendant était déjà maître des requêtes et avait épousé la fille d'un Lamoignon, conseiller d'État. — Quoique Saint-Simon prononce encore plusieurs fois le nom du surintendant, il
[Add. S'-S.^5i] n'a pas reproduit dans les Mémoires la matière d'une importante Addition (Journal de Dangcau, tome XIII, p. 299), que nous sommes obligés de placer ici, et où se trouvent deux curieuses anecdotes.
2. Voyez les Mémoires d'Amelot de la Houssaye, tome II, p. 238-241.
3. Ces titres de conseiller d'honneur (aujourd'hui honoraire) donnaient l'entrée et la voixdélibérative, avec rang au-dessus des titulaires actifs, mais non pas le droit de rapporter, ni celui de participer aux épices. Il y avait des conseillers d'honneur de robe, et d'autres d'épée.
4. « M. de Bullion étant mort,... et sa charge n'ayant pu être remplie par son fils, faute de l'âge, on lui fit trouver bon d'en prendre récompense, quoique la Reine, se souvenant des services du père, y résistât. Néanmoins, lui l'en priant, elle l'agréa.... » (Mémoires de Nicolas Goulas, tome I, p. 407-468.)
tout à l'heure', ne prit une charge de conseiller au parlement de Metz qu'en passant : il acheta la charge de prévôt de Paris-, à l'ombre de laquelle il reprit l'épée et parut ainsi dans le monde et à Versailles. Sa femme, qui étoit une Rouillé^, sœur de la marquise de Noailles puis duchesse de Richelieu', enrageoit de voir sa sœur femme de qualité. Elle et son mari, sous prétexte de rendre des devoirs à la maréchale de la Motte et à la duchesse de Ventadour, sa fdle, de chez qui ils ne bougeoient, se fourroient tant qu'ils pouvoient partout. Mme de Rullion étoit altière, glorieuse, impérieuse'', et ne supportoit
i. Charles-Denis : ci-dessus, p. 133 et note 4.
2. Ce prévôt était comme le juge seigneurial du Roi dans l'étendue de la circonscription appelée prévôté de Paris, de même que les baillis et sénéchaux dans les provinces où ces noms étaient usités. On faisait remonter l'origine de sa charge jusqu'au règne de Hugues-Capet, et le catalogue des titulaires avait été dressé par le Féron et Godefroy. Au temps de Louis XIV, le prévôt de Paris restait encore le chef nominal de la juridiction civile et criminelle du Chàtelet, dont tous les jugements, comme tous les actes des notaires, étaient rendus sous son nom; à vrai dire, et surtout depuis la création du lieutenant civil, son subordonné, mais le président réel de la juridiction, il ne lui était demeuré, de son ancienne puissance, que le titre, les appointements, le droit de présider le jour de son installation, et des privilèges purement honorifiques. C'est en octobre 1684 que la charge, remboursée par le Roi au duc de Coislin, fut vendue à Bullion pour cent cinquante mille livres; il fut pourvu le 14 février 1685, et reçu à serment le 22 mai. Après Bullion, la prévôté de Paris passa aux mains de son fils d'Escliniont, qui se fit rendre le droit de présider en tout temps, mais sans y gagner grand'chose.
3. Marie-Anne Rouillé de Meslay, fille d'un conseiller d'État, mariée le 21 décembre 1677, et morte le 29 septembre 1714, à cinquantecinq ans.
4. Marguerite-Thérèse Rouillé, mariée : 1° le 4 mai 1687, à Jean- François, marquis de Noailles, que nous avons vu mourir à l'armée en 1696 (tome III, p. 122); 2° le 20 mars 1702, à Armand-Jean de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu. Elle devint veuve une seconde fois le 10 mai 171o, et mourut le 27 octobre 1729, dans sa soixante-neuvième année.
5. On avait imprimé jusqu'ici : « impétueuse ". — Dangeau, en enregistrant la mort de Mme de Bullion [Journal, tome XV, p. 2o3), dit
qu'avec peine d'être à la cour, parce qu'elle y vouloit aller, sans parvenir à être de la cour. De bien meilleures qu'elle ne songeoient pas à manger ni à entrer dans les carrosses'. Enfin, après de longues douleurs, elle offrit si gros à Mme de Ventadour, dame d'honneur de Madame, pour entrer dans son carrosse, que, tentée de la somme, elle le dit franchement à Monsieur et à Madame, qui, par considération pour elle, y consentirent. Mme de Bullion entra donc ainsi dans le carrosse de Madame, et soupa une fois avec elle et Monsieur à Saint-Cloud, dont elle pensa mourir de joie ; mais elle en demeura là, et le Roi n'en voulut jamais ouïr parler pour manger, ni pour les carrosses de Mme la Dauphine^. Un gouvernement de province, quelque petit qu'il fût, étoit donc bien peu de convenance à Bullion, et, si son frère l'avoit eu, au moins avoit-il servi, été capitaine d'une des compagnies de gendarmerie de la Reine^, et n'avoit jamais été de robe'. Bullion et sa femme dévoient donc tout à la maréchale de la Motte et à Mme de Ventadour, chez lesquelles ils passoient leur vie; malgré cela, Mme de Bullion, aussi avare que riche et glorieuse, et c'est beaucoup dire, et
que c'était une femme très habile, gouvernant bien sa maison, etc. Saint- Simon, à propos de cette même mort (tome X, p. 320), dépeindra Mme de RiiUion ainsi : « Femme d'esprit, mais dominante dans sa famille, liabile, altière, ambitieuse, et qui ne se consoloit point d'être liouillé et femme de Bullion. » Un trait d'insolence d'elle est rapporté dans les Lettres de Mme de Sévùjné, tome III, p. 2-3.