‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 2 sur 57 · A|ÉM01R£S · texte numérisé non relu

A|ÉM01R£S

nationales mises à la disposition des consuls provisoires.

— 14. Rapport de la loi des otages; mesures qui la remplacent.— i5. Usurpation du pouvoir constituant. — 16. Nouvelle formule de serments. — 17. Motif du plan de Sieyes.— Plan de Sieyes. — 18. Jury constitutionnaire ; grand électoral. — 19. Observations de fionaparte sur le projet de Sieyes. — 20. Soupçons de Bonaparte sur \t^ in. tentions de Sieyes. — 21. Bases de la constitution de l'an 8. — 22. Adresse de'Garat siu* la constitution de Tan 8.

— 23. Mise en activité de la constitution de l'an 8. — 24. Événements qui doivent en résulter. — 25. Lettres de Bonaparte au roi d'Angleterre et à Louis XVIII. — Gou^ VEBNEMENT CONSULAIRE. — 26. Création des préfectures. — 27. Motifs des encouragements donnés aux sciences et aux arts. ^- 28. Code civil. — 29 et 3o. Jury dénaturé par Bonaparte. — "h i . Institution des juges spéciaux pour crimes d'éut. — 32. Création de la Légion-d'Honneur. — 33. Ordre

' de la Couronne de fer. — ^34- Ordre des Trois Toisons d'or. — 35. Ordre de la Réunion. — 36. Sénat. — 37. Conseil d'état. — 38. Régime des séna tus-consul tes.

CONSULAT PROVISOIRK.

On a vu ce qu'a fait d^ns quelques mois le di«rectoire exécutif, renouvelé au 3o prairial an 7 , ce gouvernement si décrié par les hommes du 1 8 brumaire , §i dénué de moyens , si contrarié par le traître qu'il recelait dan^ son sein ; l'état où était la république , l'état où il l'a laissée au moment où il a été renversé.

Voyons maintenant ce que fera le gouvernement de Bonaparte, si vanté , si puissant, si riche en moyens de toute espèce, si bien secondé par tant d'habiles coopérateiu's ; quel sera le résultat des grands exploits de Napoléon , et ce que la France gagnera en passant sous sa domination absolue.

Avant tout, Bonaparte va nous apprendre ce que Sieyes a gagné ! Rien de plus piquant que le début de la première séance des triumvirs.

« Sieyes , nous dit le narrateur' de Sainte-Hé- »Iène, est fort intéressé. Dès la première réunion «des trois consuls en séance, et dès qu'ils furent » seuls, Sieyes fut mystérieusement regarder aux » portes du palais si personne ne pouvait enten- »dre; puis, revenant à Napoléon, il lui dit avec

» complaisance et à demi-voix , en lui montrant » une espèce de commode : Voyez-vous ce beau

• meuble ! vous ne vous doutez peut-être pas de sa 1» valeur? Napoléon crut qu'il lui faisait considé- » rer un meuble de la couronne , et peut-être .qui » aurait seryi à Louis XVI. Ce rCest pas du tout » cela , lui dit Sieyes voyant sa méprise ; je vais 9 vous mettre au fait. Il renferme huit cent mille 1» francs!... Et ses yeux s'ouvraient tout grands. » Dans notre magistrature directoriale^ nous avions

. 9 réfléchi qu'un directeur sortant de place pouvait If fort bien rentrer dans sa famille sans posséder 9CI7I denier y ce qui n'était pas convenable : nous 9 avions donc imaginé cette petite caisse^ de laquelle » nous tirions une somme pour chaque membre sor~ 9 tant... En cet instant plus de, directoire; nous 9 voilà donc possesseurs du reste: qu'en ferons^

• nous?...

» Napoléon , qui avait prêté une grande atten- » tion , et commençait enfin à comprendre , lui ré- » pondit : Si je lésais ^ la somme ira au trésor pu- » blic; mais si je V ignore j et je ne le sais point 9 encore ^ vous pouvez vous la partager vous et

• DucoSy qui êtes tous deux anciens directeurs, i Seulement dépêchez-vous ^ car denyiin il serait 9 peut-être trop tard. Les collègues ne se le firent 9 pas dire deux fois , observait f empereur. Sieyes

» se chargea hâtivement de l'opération , et fit le x partage, comme dans la fable, en Hon. Il fit » nombre de parts ; il en prit une comme plus » ancien directeur, une autre comme ayant dû » rester en charge plus long-temps que son col-

» lègue , une autre parcequ'il avait donné l'idée

»de cet heureux changement, etc., etc.: bref, » dit l'empereur, il s'adjugea six cent mille fi'ancs, 1 et n'en envoya que deux cent mille au pauvre »Ducos, qui, revenu des premières émotions, «voulait absolument réviser ce comptç et lui » chercher querelle \

» Tous les deux revenaient à chaque instant à • ce sujet à leur jeune collègue , pour qu'il les »mît d'accord; mais celui-ci répondait toujours : » ArrangeZ'VOu$ entre vous : soyez surtout tran- » quilles; car, si le bruit en remontait Jusqu'à moi^ » il vous faudrait abandonner le tout. »

On annonce que Sieyes va répondre à Bonaparte; et que répondra-t-il ? S'il nie, il sait qui peut le confondre !... S'il avoue , il s'accuse d'une

soustraction frauduleuse, de s'être emparé d'une

* Ducos m'a assuré qu>'il n'ayaif reçu que cenf mille ' francs : l'efreur de Bonttparte n^^est pas une de celles au redressement desquelles* Sieyes soit intéressé. S^il t^t deyoir en signaler d'autres, qu'il n^ublie pas .que 7e sias "■' i^âpour reievér cello» qi^ lui échapperaient à lui-mêm^c

DE

LOUIS- JÉRÔME GOHIER

PRESIDENT DU DIRECTOIRE

AU |8 BRTIMAIRE.

Le domaine de Crosne n'était pas un bien dont la nation pût disposer ; Sieyes ne l'ignorait pas ; mais , entre ses mains , son équivalent était une mine que personne mieux que lui ne pouvait exploiter. Le domaine de Crosne, de la valeur duquel le propriétaire actuel ne se doute certainement pas, s'est vu remplacé par le superbe hôtel de llnfantado , et la riche ferme de la Faisanderie à Versailles, qui seule vaut le don érigé en récompense nationale. En échange de ces belles propriétés , Sieyes a successivement été libéralement , magnifiquement indemnisé par le gouvernement qu'il avait si bien servi ; et , d'équivalent en équivalent ^ il est devenu un millionnaire qui, il y a peu de temps, cherchait à placer une somme considérable sûr nos meilleures maisons de banque '.

Mais laissons Sieyes dans l'embarras de ses richesses , et suivons les opérations du consulat ^ substitué provisoirement au gouvernement directorial. Ia France fut bientôt en état de pré-

» Dans la position où se trouve Sieyes , célibataire, entouré de Fr^çais déportés sans ressource, comment peut-il s'occuper de placement dé fonds? C'est en spéculant sur un plus noble intérêt^ en recouTf^nt.du yemis ^e la bienfaisance son immense fortune, qu'il devrait chercher à se la faire pardonner*

voir tout ce qu'elle avait lieu d'attendre du beau mandat dont Lucien Bonaparte avait d'avance présagé avec tant d'enthousiasmeii les grands résultats.

Page 1