ORDRE DE LA COURONNE DE FER
Bonaparte ne s'en tint pas à la grande institution de la Légion-dllonneur ; s'étant fait décerner la couronne d'Italie, il créa l'ordre de la Couronne de fer^ dont il se déclara le grand-maître. Les insignes de l'ordre consistent dans la représentation de la couronne lombarde , autour de laquelle sont écrits ces mots : Dieu me l*a donnée ^ gare à qui la touche^. Cette décoration est suspendue à un ruban de couleur orange avec lisérés verts.
Deux cents places de chevaliers , vingt-cinq de
' Elle était d'or et non de fer. Cette cQuronne du roi lombard faisait partie des antiquités volées à la bibliothèque nationale , que je lui fi$ restituer lorsque j'exerçais les fonctions de consul général à Amsterdam. Mais les Yoleurd, que je fis arrêter, ayant fait fondre cette couronne, je ne pus en faire adresser au ministre que les lingots.
commandeurs et cinq de dignitaires furent affectées aux officiers et soldats français.
Les chevaliers la portent en argent, au. côté gauche; les commandeurs, en or, attachée de la même manière; les dignitaires, au cou et en sautoir.
Le serment des chevaliers est conçu en ces termes : « Je jure de me dévouer à la défense du » roi , de la couronne , de l'intégrité du royaume » d'Italie , et à la gloire de son fondateur. »
Quelle différence entre ce serment et le serment primitif de laLégion-d'Honneur !!!
Malgré le courage de ces chevaliers ainsi assermentés , malgré la devise fanfaronne de la couronne lombarde, Bonaparte a éprouvé qu'il n'y a vraiment de couronne solide que celle qui est appuyée sur le peuple et qu'il a intérêt de soutenir.
CRÉATION DE l'oRDRE DES TROIS TOISONS d'oR.
Toutes ces institutions gothiques n'avaient d'autre objet que de substituer des phalanges de séides aux braves uniquement voués à la défense de leur patrie. C'est ainsi que le 1 4 août 1 809 , voulant, dit-il, donner une preuve toute particwlièr^ à sa grande armée , Bonaparte créa , par un
décret du camp impérial de Schœnbrunn^l' ordre des trois toisons d*or, composé, au maximum, de cent grands chevaliers^ de quatre cents commandeurs, et desimpies chevaliers au nombre de mille; ces derniers, à quelc^ues grades, à quelques dignités qu'ils fussent élevés, devaient mourir sous leurs drapeaux et en faire le serment. En remplissant ainsi ses armées de chevaliers de toute espèce, de toutes coulfeurs, Bonaparte voulait porter jusqu'au dernier point l'exaltation de l'esprit militaire : il se trompa- cette fois. L'institution gigantesque des cent grands chevaliers îut mal accueillie des principaux membres de la Légion-dllonneur, et ces commandeurs, ces chevalieh; du second ordre attachés àleiirs régiments comme des serfs à la glèbe , devant mourir sous leurs drapeaux^ ne furent pas vus d'un oeil favorable par les braves légionnaires.
Bonaparte avait déjà oubUé que c'est à la gloire seule qu'il appartient d'enchaîner lemilitaire français à ses drapeaux , et <Jue l'honneur ne peut être dignement soutenu que par des hommes libres.
L'ordre dés trois toisons d'or, ainsi çaort-né , resta enseveli dans les archives des folies impériales.
gS MÉMOIRES
ORDRE DE LA RÉÇiriON.
Le roi de Hollande avait, aussi, luij^ créé un ordre de chevalerie, celui de V Union. Lorsque, après son abdication en faveur de son fils , Bonaparte s'empara de la Hollande, et, oubliant à la fois ce qu'il devait à l'héxitier de son* frère et au peuple qu'il lui avait soumis, dpnna si impolitiquement l'exemple du peu de .cas qu'obtiennent le$ abdications en faviur , les courtisans frailçais firent la conquête d'une nouvelle bandoulière chevaleresque. Le cordon bleu solenoisa cette nouvelle usurpation ; l'ordre de VUnion devint celui dç la Réunion. Napoléon ne lais3a.au fila de son frère que la devise, qui valait . seule tous les insignes de la royauté hollandaise» et qu'il aurait bien dû retenir pour lui : •
FAIS CE QUE nOïT, ADVI^Jf^E QTO POURRA'.
' L£| pi^illeure 4es mères , et qui méritait d'être la plus heureuse des épouses, la reine Hortense, s'empara de cette devise et en fit la base de l'éducation de ses fils« Pour ia leur mieuif inculquer, elle la para des g^râces de la poésie .et des charmes d'une musique délicieuse.
Aimables enfants , songez aux jours heureux que you s ayez passés dans la charmante yallée qu'a remplie de si doux
Quoique l'ordre de la Réunion fut regardé comme inférieur à celui de la Légion-dllonneur, sa dénomination, combinée avec toutes les armoiries entassées dans sa ^ande décbratioii , donna lieu à de vastes conjectures. On y voyait non seulement le faisceau de flèches hollaiidaises et le lion belgique, les clefs de saint Pierre et les armoiries appartenant à drvei^es puissances, mais une case à remplir, prête à recevoir les insignes des états qu'il se proposait sans doute d'envahir.
soufenirs celle qui tous adonné le joiir!... Que ses s^es leçons dissipent à jamais tous les prestiges dont fut entouré rotre berceau 1 Ne regrettes point la couronne que l'abiKcalîon de Totre père toulut placer sur yo» jeunes têtes, et dont l'usnirpation de NapoléoB tous a préservés. Considérez cette longue série de monarques de tous les pays , de tous les temps , et comptez ceux qui ont fait le bonheur des peuples et qu'elle offre pour modèles!... Yojez toUs les dangers qui n'ont ces^é de menacer lé trône* les bomiiies qui le plus^ soiUrent l'entourent, les filattettfs qui l'assiègem^ tous les obstacles que les meilleurs , que les plus grands rois ont rencontrés lorsqu'ils ont voulu faire le )>ien , la facilité avec laquelle les plus célèbres ont fait le mal. En lisant la vie de tant de princes malheureux, de Napoléoii surtout, apprenez combien la puissance est fragile, et féli;: citez-Tous d'être à l'abri de tous les noiaUieurs qu'elle traîné* après elle ; de n'être pas exposés à apbeter afussi chèremeiUr quelques pages brillantes dans rbistoîre.
Ce fat pat la création successive de tous ces prdres de chevalerie, que Bonaparte, qui n'osa pas d'abord qualifier de ce nom la Légipn-d'Honnèur , qtii à l'époque de sa création n'osa parler ni de grands cordons ni d'inisignes, remplit la France d'hommes à cordons de toute espèce, cordons rouges, cordons bleus, cordons' oranges , avec autant Je plaques diverses , à quoi il faut ajouter les petites et grandes croix , les petits et grands cordons que donnaient les puissances alliées, ou de la famille, sur la provocation de son chef, et dont ses courtisans furent accablés.
Du moment que l'écharpe républicaine fut abandonnée , que ce simple et modeste costume militaire fut remplacé par tant de nobles quolifichets; du moment que Bonaparte eut fait placarder sur Thçibit de ses grands dignitaires eljsùr leurs ihanteaux la devise sacrée Honneur et patrie, qui était gravée dans le cœur, de tous les citoyens , l'honneur, dont le cri ne cessa jamais d'être en-
tendu par le militaire français , anima seul nos guerriers : Bonaparte eut de grandes, de superbes armées qui firent trembler toute l'Europe; la patrie cessa d'avoir des défenseurs , ou plutôt il rfy. avait plus de patrie, lorsque tant dé braves versaient leur sang en croyant toujours la dér fendre.
Mais y avec toutes ces anomalies , cette égalité si solennellement promise pourrait-elle du moins exister encore? Oui, sans doute; tous les Français^ plus que jamais, seront égaux! tous seront également dans les fers du despotisme : la seule différence , c'est que les chaînes des uns seront dorées , et que les chaînes des autres seront de fer; c'est que les uns baiseront leurs chaînes, et que les autres ne respireront qu'après l'instanjt de les briser !!!...
LE SIÉNAT.
Que devient la constitution de l'an 8 ellemême?... tFn sénat à vie, composé de quatrevingts sages chargés de maintenir l'ordre constitutionnel, devait le défendre contre toutes les attaques qu'on aurait osé lui porter. C'était , s'il fallait en croire les enthousiastes de l'organisation nouvelle, une borne de granité autour de laquelle le char consulaire pouvait circuler, mais qu'il ne pouvait franchir ; et cette borne , : si imposante en apparence, établie sur un sable mouvant, s'abaissa au moindre choc, apr moindre contact de la puissance exécutrice!...
Bonaparte sent toute la résistance ^que lui ife-
loa MÉMOIBES
rsdl indubitablement éprotiver un corps éminent en pouvoir dont le sort demeurerait aussi invariablement fixé ; il ne se dissimule point que des hommes placés dans l'indépendance absolue de sa puissance, n'ayant de sa part rien à craindre, rien à espérer , formeraient tôt ou tard im parti d'opposition dont il lui serait difficile de triompher; mais il voit eH même temps tout ce qu'il pourra faire avec ces mêmes sénat^irs , s'il parvenait à les enlever à cette stoïque apadoûe qui tenait à l'essence de leur institution ; s'il pouvait rendre le mouvement à' ces hommes^ qui étaient, pour parler le langage de Garât , placés, en quelque sorte, hors de renceirite de la vie; s'il pouvait ouvrir <levant eux une cairière nouvelle, les y lancer, en les enivrant d^ tous les prestiges de l'ambition. C'est ce que Bonaparte s'empressa de feire, et le sénat lui-même ne tarda pas à lui en feciliter les moyens. Suivant l'esprit et la lettre de l'acte constitutionnel, l'élection d'un sénateur devait iiTévocablement terminer sa carrière politique, le rendait à toute autre fonction publicpie à jamais inéligible '. Abrial, Crétet , Régnier et Rœderetj nommés sénateurs, se désistent du titre qui létif est conféré, et viennent déclarer qu^ils
' VUn sénateur est à jamais inéligible à toute fonction publique. » Art. 1 8.
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prdEerent le portefeuille de ministre ou de conseiller d'état
Le sénat ) s'il avait eu le sentiment^e sa dignité et de ses devoirs , devait leur répondre que les fonctions auxquelles Us avaient eu l'honneur d'être appelés ne levir en permettaient plus d'autres, et qu'il fallait qu'ils fussent sénateurs ou rien; mais un sénat composé sous l'influence de Bonaparte çtait incapable d'ui^e pareille énergie : il accepte leur démission , les remet à la disposition du premier consul , et nomme quatre autres sénateurs»
Ce premier acte de feiblesse est un trait de lumière pour Bonaparte ; il en conclut que ces sénateurs si terribles,, dont on menaçait l'agrandissement de sa puissance , seraient ceux qui lui aideraient à la fonder, s'il parvenait à leur persuader que leur inétigibilité né pouvait s'entendre des fonctions à sa nomination. L'empres^ sèment avec lequel ils répondirent à son premier appel ne tarda pas à lui prouver qu'il n'avait pas de g^rands ^orts à fisiire. Forme-t-il un grand conseil delarLégion-dlionneur, ru4li des iHembres de ce cbnseil est pris dans le sénat ; institue^t'-il Un comité de consult£ition composé de sept gràiftds officiers, quatre sénateurs s'honorent d'en faire partie.
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L'acte constitutionnel ainsi entendu pài* les sénateurs eux-mêmes , les missions les plus important^eur sont proposées, et ils les acceptent. ' On les vit bientôt , comblés de faveurs , revêtus des premiers emplois de la nouvelle république, se glorifier d'être les premiers serviteurs de celui auquel leur institution devait commander le respect à la loi ; présider à tous les cbangQ^lents que Bonaparte p^rut désirer, à ceu^t qu^il voulut faire subir à la constitution même dont la garde leur était confiée. Aussi dans la distrâ^ution des titres et des cordons de toute espèce, pas un membre du sénat ne fut oublié; on en vit même couverts de la livrée de l'étranger» ' Ge n'était pas encore assez de les. avoir aussi brillamment harnachés , d'avoir distribué à ces grands enfants tous lès hochets de l'ancien régime, de les avoir éblouis par l'éclat des honneurs , que le véritable honneur aujourd'hui sait apprécier; pour achever de les corrompre , pour mettre le sénat entièrement dans sa dépendance,
Bonaparte crée des sinécures , avec des revenus qui doublent les émoluments attachés au titre de sénateur; il divise la France en sénatoreries qu'il dote richement, et dont il gratifie ceux sur le zèle desquels il croit pouvoir compter, de qui il espère de plus éminents services.
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Et Ton s'étonnerait aujourd'hui 4e tout ce que Bonaparte a fait faire au séqat, de tout ce qu'il en a obtenu ! ! ! Que pouvait refuser ce sénat à celui qui l'entourait de tant de séductions?*., que pouyaît-il conserver , lorsqu'il n'avait pas su se /conserver lui-même' dans son institution originelle?... • *
Étonnons-nous plutôt que, dans ce premier corps de l'état, il se soit encore trouvé des citoyens qu'il n'ait pu sédiiire; étonnons-nous que, dans le' sein de ce sénat corrompu, il ait pu se former un parti d'opposition qui, quoique peu nombreux , ait été assez imposant pour donner de l'inquiétude %u gouvernement le plus fort.
Maître de l%niajorité du sénat , sûr de l'apjirobation de tout ce qu'il jugerait à propos de lui faire proposer, Bonaparte n'avait besoin que de trouver des hommes eritièrement' dévoués au système? de gouvernement qu'il avait résolu d'établir, disposés à servir aveuglément tous ses projets : la constitution de l'an 8 les plaça auprès de sa personne. '
GOlfSEIL 1X']ÉTA.T.
Un conaeil d'état éminemment instruit devait
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entourer le premier consul de ses lumières , l'éclairer ôp son expérience, déblayer devant lui .les sentiers difficiles qu'il avait à parcourir. La nomination lui en étant déférée j on dut pressentir, dès sa première organisation ; le but qu'il se proposait et la marche qu'il comptait suivre pour y arriver.
Placé entre la république qu'il voulait détruire, et la monarchie qu'il avait entrepris de reconstituer , son choix se bomposa d'un amalgame de quelques amis de la liberté, et d'un plus grand nombre d'hommes vendus au pouvoir , qui n'avaient marché dans les rangs des républicains que pour s'enrichir des dépqj^illes de la république. Les premiers étaient des^és à faire illusion , et en imposèrent en effet à tous ceux qui ne pouvaient se résoudre à désespérer des pro^ messes de Bonaparte. '
Telle fut constamment sa poUtique , cdle d'appeler avec affectation auprès de sa personne quelques noms imposants par leurs lumières et leur amour pour une sage liberté, qui eussent l'air d'avoir une certaine part au pouvoir , à la faveur, et qui n'étaient placés là que pour honorer l'un et faire supporter l'autre. Il s'attacha surtout les hommes ' doués d'un travail facile.
Regnaùlt de Saint-Jean-d'Angély fut un des
orateurs les vplus distingués du gouvernement impérial, un de ceux qui, en sachant mieux se •prévaloir du crédit que lui donnèrent ses talents extraordinaires, a fait le moins de mécontents. Personne n'était plus obligeant que lui ; mais, né avec des passions fortes , bien des femmes n'osaient approcher de sa personne qu'en tremblant. Ses amis ( car il en aVait beaucoup ) le ménageaient moins s;ur sa redoutable réputation que Bonaparte lui-méiiie *, qui , dans les moments où il se montrait lé plus sévère à son égard , le traitait toujours en homme dont il pouvait difficilement se passer. Et qui aurait pu le remplacer, à la tribune surtout?.,. Regnault était le Barrère du conseil d'état. Mais ses discours n'étaient pas des carmagnoles *. ïl (ut, dans les dernières années de l'empire surtout, un des conseillers d'état qui montrèrent lé plus de caractère, celui qui parla le phis courageusement dans
> Le jour de sa fête, ilreceT&it c^ez lui des gens de lettres et des artistes distingués^ Il yayait ordinairemeptspeetacle, et ht pièce qui était jauée> au lieu des basses flatteries qu'on prodigue aux gens en place , était remplie d'une satire aimable, oJETrait à Aeguault de malignes allusions^ qu'il n'était pas le dernier à applaudir.
' Expression dont oh se servait pour caractériser la trop facile éloquence de Fbrafeur du comité du salut publlb.
toutes les circonstances en faveur des droits imprescriptibles des peuples , et contre tous les genres d'oppression dans lesquels de misérables courtisans voulaient «engager le chef de l'empire. Lorsque Napoléon fiit sur le point de partir pour la folle campagne de Russie , Regnault se rendit 4£^is son cabinet, et ne lui cacha point combien les peuples étaient inquiets, r On attribue , lui dit-il, »à une ambition qui ne peut être satisfaite que * par la conquête du monde , la guerre que vous » allez recommencer. De grâce, dites-nous où il n vous plaira vous arrêter : depuis long-temps il » n'est plus question du Rhin et du Danube ; vous 9 arrêterez- vous sur la Vistule ^ la Dwina ou le » Tanaïs ? Quand on. saura les bornes que vous n VOUS imposez à vous-même , les inquiétudes se- » ront fixées. »
Napoléon , après un instant de silence , lui répond avec véhémence : t On veut savoiï: où nous » allons ! ! ! où je planterai de nouvelles colonnes » d'Hercule ! ! ! Nous .allons achever l'Europe , et » tomber ensuite comme des brigands sur des bri- » gapds moins courageux que nous qui se sont ren- » dus maîtres des Indes, et nous en emparer ! ! !... »
Regnault , sortant du cabinet de Napoléon les larmes aux yeux, dit au conseiller d'état qui m'a rapporté ce trait , et que je nommerai s'il le faut :
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« Le malheureux se perdra! !! rions perdra nous- • mémes!!! perdra tout!!! »
Personne ne parlait avec plus de liberté dés décisions du conseil d'état qui prêtaient à la Censure. 11 blâma hautement l'arrêté sorti de la section des finances qui anéantissait toutes les pièces comptables des fournisseurs lorsqu'il s'en trouvait quelques faiisse^^n sorte que, parmi les deux ou trois cents agents d'une administration, il suffisait d'un seul faussaire pour en ruiner tous les membres. On a attribué cet arrêté à Feripon, qui ne s'en est pas défendu.
Joseph Fermon ( aujourd'hui le comte de Fermon des Chapellières) fut un des grands fai^urs de Bonaparte : appelé au conseil d'état, il y fiit preuve d'adresse et d'esprit de calcul; l'ancien procureur de la maltôte bretonne , satiu*é des principes dont il S'était nourri dans sa clientèle, et* ne croyailt pas devoir témoigner moins de zèle poiu* les intérêts du trésor qu'il n'en avait eu pour l'accroissement des produits de la ferme, ne cessa, dans toutes les hautes fonctions aux-
quelles il fut porté, de se montrer le défensexir obligé du fisc.
De mauvais plaisants prétendent qu'en nommant Fermon liquidateur-général de la dette publique. Napoléon avait dit t « Fermons ca
» CA.ISSS 1... • Quoi qu'il en soit de ce méchant calembour, il faut convenir que, sous le régime finander de Fermon, ^ là caisse a été trop sévèrement fermée aux créanciers de Fétat, il ne se permit pas de la tenir ouverte peut lui. Toute la fortune de l'ancien procureur, satisfait d'avoir trouvé un client aussi généreux que puissant , a consisté dans les ho^raires qu'il en a reçus. De fatales circonstaiices lui en ont même enlevé une partie, et le conseil d'état, sur unedemande intempestive, n'a pas jugé qu'il en dût être ressaisi,
Quelque génie qu'on attribue à Bonaparte , il faut convenir que l'institution de son conseil d'état n'a pas peu contribué à lui acquérir cette supériorité que l'éminence du rang fortifie de son éclat , et qu'elle rend toujours difficile à apprécier. Doué d'une mémoire prodigieuse et d'un esprit peu commun, il put facilement s'approprier les connaissances des hommes qui l'^oftouraient , et suppléer à celles qui lui manquaient.
On a remarqué qu'il affectait le plus touvent de ne converser que par interrogation ; était-ce hauteur, et pour prévenir l'épanchement trop familier d'une conversation particulière? était-ce pour s'emparer du savoir des autres sans découvrir ce qu'il avait besoin d'apprendre Itû^méme? était-ce par les deux motifs tout à la fois?..*
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Un de no^ premiers littérateurs, à qui ce» genre 4e conversation paraissait fort inconvenant, le tribun Gîngiiené, riant avec moi des questions qui lui échappaient quelquefois dans le commenceipent de son élévation, t Fort bien , lui » dis-j^ ; mais, en continuai^t de a'enferetenir ainsi «avec des hommes plus savants que lui, ilpar- » viendca peut-être un jour à embarrasser ceux » qu'il a besoin de questionner aujourd'hui. »
Au reste, la conversation habituelle de Bonaparte était celle de presque tous les hommes e;^ place , de ceux surtout qui sont à la tête d'un gouvernement. A l'attention qu'ils ont de circonscrire les objets sur lesquels ils veulent obtenir quelque^ renseignements , on croirait volontiers qu'ils craignent d'apprendre ce qu'ils auraient le plus d'intérêt à savoir, la vérité !...
Si Bonaparte ne perdait aucune occasion de s'instruire, c'était à l'instar de ceux qui,ayaiat commencé par se créer .un système, mettent leur unique application à chercher les moyens de le soutenir. Tourmenté de l'insatiable désir du pouvoir absolu, il n'écoutait volontiws que les leçons, qui pouvaient en favoriser l'établissement. Ce n'est pas cependant que, dans les assemblées générales des sections de son conseil d'état, il ne fût permis que d'énoncer des opinions favorables
au despotisme : non seulement Bonaparte ne s'offensait point de. la désapprobation des projets soumis à la discussion de son conseil d'état, pourvu qu elle n'en dépassât pas l'enceinte, mais U provoquait la contradiction, que ne; pouvait se permettre le*tribunat,sans le mettre eh fuçeur. Intra parietes il tolérait tout , aucune objection ne pouvait l'indisposer; celle qui était soutenue avec esprit était toujours sûre de lui plaire , lorsmême qu'elle ne réussissait pas à le convaincre, et c'était presque toujours celui qui l'avait contrarié avec le plus de force qu'il appelait à dîner avec lui. Auçsi, dans plus d'une circonstance, des hommes dignes d'être appelés aux conseils de la puissance signalèrent leur attachement aux vcais principeSi
Si le jury n a pas été tout-à-fait rayé du code français sous l'empire de Bonaparte, s'il nous reste encore quelques traces de ce qu'il a été , de ce qu'il devrait être ,- nous le devons à la courageuse défense que les Berlier, les Merlin, les Thibodeau, les Réals, les Faùre,etc. , opposèrent aux ennemisde cette salutaire institution, dont les coupables efforts sont parvenus à la dénaturer, ne pouvant absolument l'anéantir.
Si tous les propriétaires de vignobles ont été affranchis du droit d'inventaire , droit odieux qui.
DE GOHIER. ii3
les assujettissait à ces visites domiciliaires que supportent si impatiemment ceux même qui s'y soumettent volontairement en prenant patentes, ils en sont redevables au conseiller d'état Français, qui eut plus d'un apôtre du fisc à combattre ; à ce directeur-général des droits réunis, qui a mérité le reproche d'avoir honoré son administration en s'entom^nt de gens de lettres , en trouvant les moyens d'enrichir la France des précieux tributs du génie.
Ce n'était pas avec ceux qui se montraient toujours prêts à servir ses desseins, quels qu'ils fussent , que Bonaparte était le plus aimable. Plus jalbux de l'opinion publique que de celle des honnne^ qui l'entouraient, l'opposition de la tribune, seule, lui était insupportable; et d'ailleurs s'il l'avait placée dans son conseil , c'est qu'il en était toujours le maître , c'est que les opinibns de ceux à qui il accordait le plus d'estime ne l'obligeaient pas à dévier des siennes, à abandonner le parti qu'il avait pris.
Par la manière dont il s'exprimait on peut juger de l'importance qu'il attachait aux discussions d'apparat, qu'il ^ plaisait à provoquer luimême , soit pour le plaisir d'entendre d'intéressants débats sur des questions majeures, soit pour sonder les esprits et connaître des opinions II. 8
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diverses qui ne pouvaient maîtriser la sienne. Son mot familier était , Lorsque j*ai la tête fati-
guie^je vais 9 pour me délasser^ entendre au conseil le bavardage des idéologues : c'est ainsi qu'il appelait les hommes dont les principes ne s'accordaient pas toujours avec les modifications que les circonstances lui paraissaient exiger»
La manière de procéder de Bonaparte, dans les discussions du conseil, était, le plus habituellement, d'énoncer de prime abord une opinion contraire à celle qu'il avait , et souvent d'un genre tout-à-fait libéral. Ceux qui étaient portés de bonne foi vers ces opinions les soutenaient avec franchise, et se faisaient ainsi connsdtre; nfliis ceux qui étaient mieux initiés aux principes du consul, et qui les partageaient, s'empressaient d'ouvrir dans la discussion de nouveaux avis, auxquels Bonaparte avait l'air de céder par une sorte de complaisance, et définitivement l'opinion qu'il avait d'abord manifestée ÙisaAt place à l'opinion contraire , qui était sa vâritabtie opinion.
Le conseil d'état, composé d'hommes d'un esprit délié, ne fut pas long-temps la dupe d'une tactique qu'il avait rapportée des camps.
Un jour, Bonaparte, voulant s'assurer s'il y avait des homme» fortement attachés aux institu-
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tionsrépuMfcaiaés parmi les conseillers qu'il avait choisis, arriva au conseil avec une colère étudiée, fit donner lecture de plusieurs procès-verbaux constatant qu'on avait coupé plusieurs arbres de la liberté , et demanda qu'il fut immédiatement statué sur le genre de peine qu'il convenait d'infliger à ceux qui se rendaient coupables d^un pareil délit, et qu'il qualifiait de contres-révolution^ naire^de libertieide.
Le conseil d'état, qui connaissait sa tactique, garda le silence. Un nouvel arrivé donna seul dans le piège , s'étendit en longues déclamations contre le système de contre-révolution qui se développait tous les jours, et conclut à la peine de mort. Alors plusieurs conseillers le réfutèrent avec beaucoup de vivacité, et classèrent ce grand attentat dans le genre des simples délits forestiers. Bonaparte mit aux voix la proposition de la peine capitale, qui fut rejetée par tous les membres, excepté par celui qui l'avait proposée.
Bonaparte leva brusquement la séance , en affectant un extrême mécontentement. La vérité est que le seul mécontentement qu'il éprouva fut dirigé contre l'auteur de la proposition, qui lui parut appartenir à d'autres mœurs et à d'autres époques : et, pour ne pas exposer les citoyens à commettre de pareils délits, des ordres furent
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donnés pour faire disparaître les arbres de la liberté que la malveillance avait respectés.