‹ Mémoires lus devant la Société royale du Canada 1882 & 1883 [microforme]Chapitre 1 sur 16 · MONSIEUR LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

On vient de lancer un in-quarto bien imprimé sur de beau et bon papier—paginé par sections au lieu de l’être consécutivement— qui dans un espace de 700 pages contient toutes sortes de matières abstruses, que pas plus d’un sur mille ne lira, plus 46 pages de comédies qui, tout intéressante et instructive qu’en soit la lecture, figurent un peu abondamraent dans un pareil ouvrage; pendant que deux articles seuls y apparaissent, —l’un de M. Deville de 1883, “Sur la mesure des distances terrestres par des observations astronomiques,” l’autre du professeur Johnston, de 1882, “Symmetrical investigation of the curvatures of surfaces,” tout an plus 18 pages sur 700, sur des sujets ayant trait à la section des mathématiques.

Or, quel est le but de la Socicié, comme de toute autre socitté de cette nature : publier le progrès et être la dévancière des autres dans l’enseignement de ce progrès, sa diffusion dans toutes les parties du monde civilisé.

PS ee

Je suis membre de la Socicté et je m'en félicite. Si le choix du noble Lord, son fondateur, son patron et son premier président honoraire a tombé sur moi comme membre fondateur de la section III des sciences mathématiques, physiques et chimiques; ce doit avoir été avec connaissance de cause. Le Marquis de Lorne connaissait mes œuvres, mes publications. Il les savait couronnées en France, .en Italie, en Belgique, en Russie, introduites au Japon et ailleurs ; mais à cause de leur but utilitaire, Il leur voulait, comme à d’autres œuvres méritoires un plus vaste champ d'action dans l’éducation du monde : l'Empire Britannique, les Etats-Unis d'Amérique, le Canada. Le moyen d'y arriver était précisément, entre autres, la création d’une société qui, sous le prestige de Sa Royale fondation, et avec l’aide d’un octroi annuel du gouvernement de la Puissance, serait mise en mesure de publier et de faire connaître au reste de l'Univers les richesses minérales, forestières et autres de notre vaste pays, comme nos progrès dans les arts, les sciences, la littérature.

L'on n’a pas compris ceci, et cependant les admirables discours d'inauguration, et du Noble Lord lui-même, et du Dr. Dawson, président de la société et du vice-président d'alors, l'honorable Mr. Chauveau étaient là, remplis d’allusions heureuses et pertinentes à cette manière, ce moyen pour la Sociét{ de prendre par la main, de faire connaître aux autres pays ceux de ses enfants qui auraient pu avoir fait quelque chose d’utile par le passé, comme ceux qui, sous la puissante influence d’une pareille société, le pourraient par la suite, et dont sans cela les œuvres seraient restées, resteraient inconnues, et le monde ainsi privé de certaines connaissances qu'il aurait pu, qu’il pourrait mettre à profit pour lusage de l'humanité.

L'on n’a pas compris toute l'importance de par le monde entier, de sauver à des milliers Ge personnes une heure, voire même une demiheure ou un quart tous les jours et plusieurs fois par jour peut-être, dans le calcul du contenu d’une cuve par exemple à laquelle l’on continue d'appliquer dans la pratique, d'enseigner dans les écoles la méthode de Legendre avec une surfase moyenne proportionnelle entre celles des bases opposées, tandis que la surface que l’on obtient en faisant le produit des facteurs moyens arithmitiques entre ceux des bases, simplifie

l'opération au point de sauver un temps précieux et la rendre en même temps beaucoup plus facile à suivre, à comprendre, et bien moins sujette à erreur.

M. le président, croyez-moi: cela seul connu par la voie de la Société Royale du Canada aurait suffi pour lui donner de suite un élan, un grand prestige d'utilité publique, avec l'honneur d’être la première dans l'inauguration d’un semblable progrès, puisque la cuve existe sous sa forme ordinaire de trone, de cône droit, débout ou renversé et dans toutes les proportions possibles, dans les arts, métiers et industries d2 toutes sortes : savonneries, potasseries, brasseries et distilleries dans tous les pays connus.

Voilà pour an seul alinéa de ma conférence de 1882 lie devant la Société, sous l'entête “ application de la formule prismoïdale au toisé de tous les corps. ” Que ne pourrais-je dire des autres.

En 1883 j'ai contribué, voir page LXVII des “ mémoires, ” trois articles dont l’une (IL) intitulé : “Simplified solutions of two of the “ more difficult cases in the parting off and dividing-up of land ; also <a case in hydrographical surveying. ”

On n’y a encore rien vu d’utile et cependant, ce sont des opérations que tous les arpenteurs du monde, tous les hydrographes ont tous les jours à faire et à répéter et tous ceux là, je le sais par moimême, auraient remercié la Société Royale du Canada de leur avoir fait connaître des procédés simplifiés pour la solution de ces problèmes si difficiles pour eux.

Puis (III) “ Le toisé des surfaces des triangles et polysones sphéri- “ ques sous un rayon ou diamètre quelconque. ”

Dira-t-on que c’est là un sujet non assez spécial, non assez scientifique et utilitaire pour figurer aux “ mémoires ” de la société.

Au contraire, que de travail ne donne point à tous ceux qui ont à s’en servir, les règles ordinaires pour arriver à la surface à double courbure d’une partie composante du sphéroïde terrestre, comme des formes sphériques plus où moins grandes dont it s’agit dans les arts et métiers :

nr — À ———

d’une chaudière ou bouilloire par exemple, un gazomètre, un dôme, ane boule de clocher, une boule de billard, un boulet, un obus.

Et l’article (1) donc, n’y voyait-on rien d’utile, de sugrestif “ Hints to Geometers for a new edition of Euelid. ?” N'y voyait-on point que dans les milliers d'écoles du vieux et dn nouveau monde où Pon tient encore à cet auteur de 2,000 ans, ces “ Hints ” ou sugsestions mettraient les professeurs en mesure de sauver à leurs élèves un temps précieux ; certainement pas moins que trois mois, dans leur étude des éléments de Ja géométrie, tout en conservant scrupuleusement la suite logique des diverses propositions et toutes les conclusions de l’auteur grec.

Non, on n’a rien vu de tout ceei, on s’est contenté d’emplir un livre de 700 pages, de force articles de mérite, certainement; et qui ont ou auront leur grande utilité, mais dans un champ plus restreint : la minéralogie, la botanique, la chimie, la physique et Pastronomie, ete, et lon n’a rien trouvé de pertinent dans des sujets qui s'adressent au monde entier et qui forment come la base de toute éducation préparatoire à l'étude des autres sciences.

Espérons, M. le président, qu’on ne fera plus ainsi fausse route, et que les recommandations du comité des impressions seront une autre fois soumises à une étude plus sérieuse, afin que si l’on se plait à donner l'hospitalité à celui qui à étudié, traité un sujet qui intéresse une partie seulement de ses semblables, l’on ne ferme point la porte à celui qui, au contraire, à fait un travail qui intéresse l'humanité tout entière.

Cependant je ne suis point insensible à la vérité du proverbe qui dit que “tout arrive pour le mieux.”

La Providence à peut être voulu se mettre de mon côté. Si mes faibles efforts dans la voie de l'instruction, de léducation, si mes écrits en ce sens avaient été mêlés aux autres dans ce vaste in-quarto, peutêtre ne les y aurait-on jamais trouvés et d’ailleurs la cireulation en étant restreinte, comme doit nécessairement l'être celle d’un ouvrage aussi coûteux, il vallait mieux peut-être à tout considérer qu’il en arrivât ainsi, afin de me fournir l’occasion, quoiqu'à mes propres frais, de faire tirer mes ouvrages à un nombre augmenté d'exemplaires, et d’en assurer ainsi

la connaissance de la part de qui de droit, par une circulation multipli-

able à volonté, sans faire des frais outre mesure pour y arriver.

Enfin de compte je dois done avouer que tont est arrivé pour le mieux et remercier peut être au lieu de blâmer les messieurs du comité des impressions, d’une omission qui va mieux faire connaître en tous lieux mes efforts dans la voie du progrès, qu’ils w'auraient pu l'être même sous l'égide puissante d’une société dont les œuvres, tirées à un moindre nombie d'épreuves, n'auraient fourni moins de chance de réussite auprès

de la nombreuse classe enseignante et enseignée des deux continents.

Cet enseignement plus facile, plus abrégé de la géométrie des lignes, comme du toisé des surfaces, des volumes a été pour ainsi dire Pobjet de toutes mes prédilections depuis un nombre d'années. Maintenant que j'ai réussi déjà en plusieurs pays et suis en voie je lespère de le faire ailleurs, laissez-moi M. le Président vous proposer, comme devant combler la première lacune dans les rangs de la section I[E de la Société : Mathématiques, Physique et Chimie, M. René Steckel, l’un de nos plus forts et habiles mathématiciens du Canada et qui déjà a fait de longues et sérieuses études, sur lacoustique, lhydraulique et plusieurs autres sciences, Si même cela se pouvait faire avant la réunion prochaine de la société, je ne doute point que M. Steckel serait alors prêt à enrichir les annales futures de la société d'articles qui auraient leur retentissement en Europe.

Avec mes vœux les plus sincères pour la Société dont pour faire place à M. Steckel je m'honorerais de demeurer membre titulaire, Veuillez agréer M. le Président, l'hommage de la parfaite considération avee laquelle

j'ai l’honneur de me souscrire votre dévoué serviteur,

CHS. BAILLAIRGÉ, M.S,,

Membre de la Société Foyaledu Canada et de plusieurs soci-tés savantes d'Europe. Membre de la société pour la vulgarisation de l'enseignement en France, Chevalier de l'Ordre de St. Sauveur, Italie, Archirecte, ingénieur, arpenteur, ete. ete. ete.

Récipiendaire de 13 médailles a'honneur et de 17 di. piômes et lettres de Franee, Russie, Belgique, Italie, du Japon, ete,

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