CHAPITRE IL
à la patrie, et il fut décidé qu'on partirait du champ de Mars pour porter cette oïfratide au Gouvernement de THôtel de ville, en même temps que le résultat de l'élection et les vœux du Peuple pour la fraternité nationale et la prospérité de la République.
Pendant, que les ouvriers étaient paisiblement à discuter leurs choix, les rumeurs les plus absurdes se répandirent tout à coup dans la ville, et mirent toute la population en émoi. On disait que les communistes (la bourgeoisie désignait ainsi les ouvriers réunis au champ de Mars) s'étaient emparés de rhùtel des Invalides et y avaient mis le feu; qu'ils pillaient le faubourg Saint-Germain; qu'on se battait au faubourg Saint-Antoine ; que l'Hôtel de ville était attaqué, etc.
Dans les faubourgs Montmartre et Saint-Denis, on propageait les versions les pluscontradictorres et les plus malveillantes. Les agents que j'envoyai sur les lieux me rapportèrent que les ouvriers paraissaient très-calmes, et que rien dans leurs propos ne dénotait des intentions hostiles.
Plus tard, on vint m'avertir qu'ils abandonnaient le champ de Mars et se dirigeaient, en une seule colonne, bannières en tête, vers Tllôtel de
ville. Leur nombre était évalué à quarante mille. Ils s'étaient fait précéder par une vingtaine de délégués, qui durent rassurer le Gouvernement, de la manière la plus complète.
Ce jour-là, j'avais été prévenu que les cuisiniers aussi devaient se réunir dans la cour du Louvre, et que quelques-uns avaient le projet de se porter chez certains restaurateurs du Palais-Royal. Je fis surveiller principalement ce quartier, où Ton n'eut aucune voie de fait à constater.
J'acquis la certitude que Blanqui n'était point au champ de Mars, comme on l'affirmait; et quand bien même ses meneurs eussent été parmi la foule, ils n'eussent point réussi à l'entraîner à des actes répréhensibles. Un comité de salut public n'y fut point mis en question, ainsi qu'on l'a prétendu.
Louis Blanc et Albert exerçaient alors sur le Peuple une grande influence. J'avais été à même de juger de leurs tendances toutes pacifiques ; je n'avais donc aucune crainte de ce côté.
A cette époque , les corporations ouvrières étaient complètement absorbées par l'étude de l'organisation du travail, et ne songeaient nullement à entrer en lutte avec le Pouvoir. Les ouvriers attendaient l'amélioration matérielle de leur sort.